The Killer (réalisé en 1989, sorti en France 1995)

The Killer (réalisé en 1989, sorti en France 1995)

John Woo n’a jamais caché sa profonde admiration pour l’œuvre de Melville (cinéaste très important pour quelques réalisateurs asiatiques au premier rang desquels Takeshi Kitano) et d’une certaine manière, The Killerest un peu son Samouraï à lui. La comparaison me semble d’autant plus intéressante qu’elle ne convoque pas seulement un précédent cinématographique mais une figure et un genre typiquement chinois, celui du wu xia pan. The killer pourrait alors se définir comme la transposition/réactualisation du modèle héroïque passé au XXème siècle et dans le Hong Kong moderne. L’histoire en quelques mots : Jeff (référence direct au samouraï de Melville) est un tueur professionnel qui, lors de l’exécution d’un contrat, blesse accidentellement une jeune femme et provoque sa cécité. Il accepte un nouveau contrat pour pouvoir lui payer une opération mais celui-ci tourne mal. Il est alors poursuivi par son employeur et par Danny, policier qui sera de plus en plus fasciné par Jeff.

The Killer, l’héroïsme

Le film travaille en profondeur la question de l’héroïsme par l’opposition de Jeff et de Danny. Danny incarne la justice étatique, celle qui se place du côté de la Loi et domine l’individu. Il en est le bras armé et répartit initialement le bon et le mauvais par rapport à la ligne rigide que constitue cette justice transcendante. Or, en rencontrant Jeff, il rencontre un autre type de justice : celle que l’individu s’impose à lui-même. Jeff est dans la continuité des samouraïs et des héros historiques : il obéit à un code d’honneur, semble vouloir faire le bien, du moins tel que lui-même l’a défini. Il est donc une liberté en mouvement qui, paradoxalement se heurtera à une forme de fatalité (Jeff dit obéir au « destin », les nombreux effets de rimes et de répétitions convoquent l’idée d’un temps fermé et cyclique). La dualité initiale cède par conséquent le pas à une porosité des univers des deux personnages : le film refuse tout manichéisme mais travaille plutôt sur le décalage des personnages (surtout celui de Jeff qui pourrait être un initiateur pour Danny) par rapport au monde moderne (rappelons-nous que le film s’ouvre sur un plan urbain, sur les buildings symboles de la modernité hongkongaise).

Le traitement de la violence dans The killer

The killer oppose la modernité à l’héroïsme et au code guerrier passés. Une phrase est d’ailleurs révélatrice de cette inadéquation, Jeff disant à son meilleur ami : « Nous sommes trop nostalgiques pour vivre dans ce monde ». C’est que les Triades, héritières des structures claniques passées, n’obéissent plus à aucun code d’honneur, n’assurent plus le contrat hiérarchique qui cimente l’organisation (voir le traitement réservé à l’ami de Jeff). Elle n’ont que l’apparence du passé là où Jeff incarne le passé. La nostalgie traduit alors cette désillusion de l’individu, ce regret d’un monde qui n’existe plus. Or, cette problématique explique en partie le traitement de la violence dans The killer. Les Gun Fights (quand bien même il pourrait rapprocher le film du western urbain) sont une réactualisation à l’âge moderne des combats de sabres et des fameux combats collectifs qui ponctuaient les wu xia pan : les revolvers sont encore le prolongement du corps du samouraï (d’où l’importance des gestes, des ralentis) et ont remplacé les sabres mais c’est encore par l’agilité, la prouesse technique que l’on juge la grandeur du samouraï. De la même manière, la distorsion du temps par les ralentis, le montage renvoie à la manière surnaturelle qu’il a d’habiter et d’animer l’espace.

The Killer a aujourd’hui le statut de film culte : il fixait en effet définitivement le genre action/policier hongkongais tout en définissant le style Woo. Le nombre impressionnant de cadavres, la violence filmée frontalement avec explosion et jets de sang ne sont sans doute pas pour rien dans cette soudaine promotion du cinéma hongkongais qui, de Tarantino à Matrix, allait être allègrement pillé ou revisité. Bref, kill me, bang bang !

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