Seven swords (novembre 2005)

Seven swords (novembre 2005)

de Tsui Hark. Il y a quelques temps, je prenais acte de ma lassitude devant le genre du wu xia pan qui me semblait tourner en rond ou ne plus offrir grand-chose de neuf tant sur le plan thématique qu’esthétique. Après les déceptions Wu Ji, navet boursouflé au numérique, et La cité interdite qui sacrifiait l’épique aux intrigues d’alcôve, je me suis lancé dans Seven Swordsque j’avais depuis quelques temps en réserve et qui devait me permettre de me détendre à l’approche des résultats présidentiels. Et pour tout dire, ce long métrage de Tsui Hark m’a quelque peu réconcilié avec le genre!

Seven swords, une esthétique extraordinaire

L’histoire est assez simple et lorgne vers Les sept samouraïs de Kurosawa : soit un pouvoir inique qui ordonne à une bande criminelle de mettre au pas les villages qui continuent à enseigner et à pratiquer les arts martiaux (autrement dit qui continuent à incarner un risque possible). Un groupe de sept guerriers (un maître et ses disciples) viennent à la rescousse des villageois… Autant le dire tout de suite : la réussite du film ne réside pas dans un éventuel renouveau thématique mais au contraire dans l’extraordinaire objet esthétique qu’il constitue. La première scène donne le ton : le cadre est médiéval et féodal mais les bandits semblent tout droit sortir d’un manga ou de l’univers de Mad Max. Les combats se déroulent dans une tonalité où dominent le gris, le noir et le blanc, ne se détache que la couleur rouge, celle des drapeaux et du sang des villageois. Les armes sont exubérantes, toutes plus différentes les unes que les autres (tant dans leur forme que dans leur manière de mettre à mort). L’univers est celui d’une violence bestiale, instinctive, le tout indexé au simple désir d’assouvir la soif d’argent des bandits.

Seven Swords, vitalité des armes

Les sept héros (assez peu individualisés et caractérisés) sont tous porteurs d’armes, de lames spéciales, dotées d’une vie autonome, d’une puissance propre. La réalisation ne cesse de sursignifier cette vitalité des lames par l’usage du son par exemple, ou en montrant leurs effets sur l’environnement extérieur. En ce sens, l’épée n’est pas un outil, ne se pense pas dans sa seule fonction d’arme mais se présente au contraire comme le prolongement de l’esprit, comme l’annulation de l’opposition du corps et de l’âme (héritage zen sans doute) mais surtout elles sont les supports des valeurs de justice et d’équité (voir l’épée qui choisit de se retourner contre le chef des brigands) : par elles, c’est l’usage de la violence qui est questionnée. Or, le wu xia pan fonctionne justement sur l’effondrement des limites physiques et Tsui Hark travaille donc sur ce motif, mais la différence stylique avec Zhang Yimou est forte : il y un refus assez manifeste de privilégier le grand angle ou les plans larges de la même manière que les limites physiques ne sont pas totalement niées mais reconfigurées autour d’une capacité supérieure mais « réaliste » à maîtriser l’épée et à dépasser la limite que constitue le corps. Bien évidemment, les combats restent dans la lignée du genre avec prouesses techniques, sauts de géant et ballets aériens mais ils s’inscrivent dans un espace (diégétique, mais également dans l’espace du cadre) plus restreint. Seven swords semble ainsi explicitement se positionner face aux représentations du wu xia pan (HeroLe secret des poignards volants). La photographie est également magnifique avec une prépondérance des tonalités et couleurs chaudes. Le choix des décors est également à souligner : univers montagneux et désertique le plus souvent filmés dans des moments intermédiaires (couchers de soleil, aube).

Si le film est long (2h25, il devait initialement en faire 4…), il passe assez vite grâce notamment à un sens du rythme certain et à un bon équilibre entre l’épique (action, combats) et l’intime (histoires d’amour, relations entre les personnages). Si le contenu est assez identifiable (définition et représentation de l’héroïsme, questionnement politique sur un pouvoir barbare), la forme mérite le tour et justifie à elle seule qu’on s’attarde sur cette nouvelle mouture d’une référence du cinéma asiatique. Un spectacle prenant et grandiose !

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