Kiki la petite sorcière (1993, sorti en France en 2004)

Kiki la petite sorcière (1993, sorti en France en 2004)

Enfin vu hier ce Miyazaki qui me manquait, petite perle qui n’a pas la puissance graphique et narrative des grandes œuvres à venir mais qui reste néanmoins du Miyazaki pur jus, donc un excellent japanime. A l’âge de 13 ans, Kiki quitte ses parents pour aller faire son apprentissage dans une ville (européanisée, avec couleurs chatoyantes et accents méditerranéens, Porco Rosso n’est pas loin) et apprendre à gagner son indépendance.

Le passage à l’âge adulte

On reconnaît tout de suite le moteur narratif de l’oeuvre de Miyazaki : l’initiation, le passage à l’âge adulte (donc l’inscription dans le genre du conte) bref le récit de formation. Ici la magie va devoir se confronter au réel, au même titre que Kiki, personnage aérien va devoir mettre les pieds sur terre (verticalité contre horizontalité) pour y gagner son pain quotidien. Second élément topique de Miyazaki : la travail, son rôle social et philosophique. Kiki doit apprendre à s’intégrer à une communauté sociale, le travail participe de cet équilibre, le passage à l’âge adulte consiste aussi à trouver sa place au cœur même de cet équilibre.

Chaque nouvelle tâche est une nouvelle épreuve qualifiante, une étape dans l’initiation à l’âge adulte. D’une certaine manière, la magie représente l’enfance, ses fantasmes, son univers, autant d’éléments qui s’opposent à la réalité adulte du travail et du social. Car Kiki apprend aussi à vivre avec les autres et découvre par là même le sentiment amoureux (avec Tombo, personnage terrien –le vélo- et double de Kiki). En ce sens, différents personnages jouent ce rôle d’initiateur ou de médiateur et qui s’apparentent souvent à des mères symboliques : la boulangère, la grand-mère, la peintre. Autant de personnages qui enseignent les règles de ce monde et rassurent Kiki sur sa place et son existence.

Kiki la petite sorcière respire la sérénité et la tranquillité

Un autre aspect du film est l’opposition entre deux types de jeunesse : celle qu’incarne Kiki, qui suit la tradition et ses valeurs (travail, respect des aînés et liens filiaux) et celle, oisive qu’incarne les jeunes filles que Kiki croise tout au long du film (jeunesse gâtée, méprisante ou peu soucieuse du respect des aînés). Derrière le conte se cache ainsi un référent moral que la petite sorcière incarne et met en pratique par son labeur, ses qualités naturelles et son désir de faire le bien.

Kiki la petite sorcière respire la sérénité et la tranquillité, grâce notamment à des images qui privilégient le rond, l’assimilation du plein au vide et bien évidemment le mouvement aérien (que serait un Miyazaki sans machines volantes et sans cet élément ?). Un joli conte aussi agréable à regarder qu’à écouter (la musique d’Hisaishi).

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