El Aura (2006)

El Aura (2006)

De Fabián Bielinsky. Le film nous narre l’histoire d’un taxidermiste qui ne peut s’empêcher d’imaginer et de visualiser des vols et des coups parfaits, systématiquement couronnés de succès. Or, un concours de circonstances va le placer au coeur d’un coup bien réel cette fois, le braquage d’un fourgon porteur des fonds d’un casino. L’Intérêt du film repose avant tout sur l’inscription dans un code, le thriller, et sur la révélation progressive de l’arbitraire de ce code.

El Aura c’est une maîtrise des coups

Ainsi, ce qu’imagine le personnage, c’est une maîtrise parfaite sur le déroulement des événements à travers un plan où chaque détail est pensé et minuté. Le film justement montre ces coups parfaits mais imaginaires et, par une mise en abîme pertinente, signifie ses ressorts traditionnels: la maîtrise, c’est aussi celle du récit, d’une écriture bref d’un genre… Par opposition, au moment du coup réel, le personnage se heurte forcément au principe de réalité: il en connait tous les paramètres (ou presque!), imagine un déroulement une nouvelle fois sans anicroche et pourtant… Pourtant, le hasard vient tout annuler, la négligence, l’oubli d’un facteur renvoient le personnage à une réalité qui excède tous les plans et toutes les tentatives pour la controler. Le récit fait imploser l’idée du coup parfait par l’irruption de l’imprévu dans un genre justement où chaque acte se définit selon la nécessité par rapport au tout. Il faudra donc en passer par la violence, par le facteur humain bref par tous ses cailloux qui viennent gripper les rouages de la machine. Le film se rapproche en cela de L’Ultime razzia de Kubrick, autre film qui joue à démonter l’illusion générique. Le film s’ouvre et se referme ainsi sur le travail de taxidermiste, les séquences en filmant en détail les gestes minutieux et maitrisés: cette cloture renforce l’idée que la seule réalité que le personnage peut complétement controler est une réalité forcément morte et déjà achevée…

Le film est globalement intéressant, notamment par la création d’une forme de huis clos en extérieur (une forêt) renforcé par une palette chromatique terne, et vaut avant tout comme thriller mental. Pourtant, quelque chose manque: la piste annoncée par le titre (à vous de la découvrir) est assez peu exploitée, l’étrange finalement peu présent. Le film s’enfonce également dans un tempo sans doute trop lent et contemplatif par rapport au sujet traité. Bref, la démarche intellectuelle du film n’a malheureusement pas comme contre partie une incarnation forte et sensible capable de nous embarquer totalement dans son univers, maitrisé certes mais qui manque parfois cruellement de souffle et de vie…

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