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mekah
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Star wars : Episode III - La Revanche des...    (n°18846) | Le : 24/05/2005 à 21:53:34 Critique :
| STAR WARS : PEUR, POLITIQUE ET FILIATION
Voilà, la boucle est bouclée. Tonton Georges a raccroché les gants, posé ses pinceaux, rallumé les lumieres. Nous ne verrons plus de nouvelles lettres jaunes défiler sur le vide intergalactique au son du célèbre theme de John Williams.
Etant un fan de Star Wars, je n´ai pas vraiment de regard objectif sur “La Revanche des Sith” et donc, ce qui va suivre ne ressemble pas a une critique cinéma. Car “Star Wars” n´est pas un simple film, ni meme une simple série de films comme peuvent l´etre les Freddy, Rocky ou meme Star Trek. Plus qu´un vulgaire mélange de différentes légendes et autres récits bibliques, force est de constater qu´il s´agit là de la plus grande et la plus réussie des sagas cinematographiques. Meme si chacun des six films qui la compose peut etre vu et apprécié comme un honnête divertissement hollywoodien sans avoir forcément besoin de voir les autres, “Star Wars” comporte tellement de niveaux de lecture différents qu´il n´est pas étonnant de voir que nombreux sont ceux qui, comme moi, ne peuvent plus compter le nombre de fois où ils ont vu ces films. Chaque épisode apportant un regard nouveau sur les autres.
Je me rappelle avoir vu “Le Retour du Jedi”(donc le sixieme et dernier episode dans l´ordre chronologique du récit) a huit ans avec mon père au cinema de la Cité des sciences. C´etait le premier que je voyais et j´ai tout de suite adoré. Ce qui m´a plu,c´était d´abord l´action, l´aventure, le côté à la fois classique et futuriste,comme une rencontre entre le film de cape et d´épée et la science-fiction. Avec en prime les Ewoks, ces gentils nounours qui vivent dans la forêt, dansent à la fin et ne pouvaient que plaire à un gosse de mon âge. Aujourd´hui, quand je revois ce film, ce n´est plus la même chose que je vois. L´action est toujours la même mais, environ vingt ans après, elle parait moins impressionnante et, surtout, les autres épisodes m´ont orienté vers un autre degré de compréhension de ses enjeux. Le thême central de ces films n´étant pas un banal affrontement entre le bien et le mal mais plutôt une réflexion sur l´humain, l´amour, le bonheur et la filiation.
Luke Skywalker apparait en effet comme un double à peine plus réfléchi que son père, se retrouvant souvent dans le même type de situations et devant les mêmes dilemmes psychologiques. Ce qui fait la différence, c´est leur environnement. Anakin est devenu Dark Vador car il se sentait perdu, au milieu d´une guerre qu´il ne comprend pas, tiraillé entre son destin de jedi et son amour pour Padmé. Et surtout, il n´a jamais su accepter la mort de sa mère. Point important dans son basculement car un jedi accepte la mort et n´en a pas peur. Luke vit dans un monde plus simple à comprendre car il sait clairement qui sont les bons et qui sont les mauvais et, surtout, la politique ne vient pas interferer dans son apprentissage de jedi. Il est certes attaché à ses amis et à sa soeur Leïa mais il n´est pas si passionné que son père. Et dès le début de l´épisode IV, on voit qu´il sait accepter la mort de son oncle et de sa tante. Il est triste mais ne se met pas en colère.
“La Revanche des Sith” et “le Retour du Jedi” se ressemblent beaucoup. Ils racontent tous deux le combat d´un homme contre ses démons intérieurs et expliquent clairement que pour gagner, il faut savoir être patient et acquérir une certaine sagesse. Sagesse provenant, comme le dit la philosophie boudhiste, de la réflexion, de l´acceptation et de la transformation des pensées négatives en énergie positive.
La notion de “force” dans “Star Wars” serait en fait à rapprocher de ce que nous appellons parfois “force intérieure”, autrement dit la capacité à accepter, à gérer et à anticiper les évennements. Faculté plus ou moins dévelloppée chez tout être humain, elle est présentée dans ces films comme une sorte d´entité mystique. Mais si Lucas s´est inspiré de diverses religions pour écrire ses histories, c´est surtout pour raconter le monde dans lequel on vit et délivrer son message au plus grand nombre. “Star Wars”, bien que se passant il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine (très lointaine), parle de la Terre, de l´Humanité en general et des thêmes majeurs qui l´animent : Guerre et Paix, Haine et Amour.
Les deux trilogies sont en cela diferentes que la première (épisodes IV, V, VI) racontait une lutte pour rétablir la liberté dans un univers sombre peuplé de personnages archétypaux, simples à comprendre (le jeune fermier, le vieux sage, la princesse,le mercenaire cupide et le méchant seigneur du mal) tandis que la nouvelle (donc les épisodes I, II et III) explique comment la démocratie a pû disparaitre suite à des manipulations à long terme, des jeux de pouvoir, du bluff, etc. Donc, des personnages beaucoup plus complexes. Surtout, là où les épisodes I, II et III étaient simplement de grands fims d´aventure situés dans l´espace, les préquels se veulent plus ambitieux, car il s´agit à la fois d´une intrigue psychologique, d´un film de guerre à plusieurs niveaux, d´une histoire d´amour qui finit mal (comme en général), d´une comédie (que ce soit avec le personnage raté de Jar Jar Binks ou avec les duettistes R2D2 et C3PO) mais surtout d´un pamphlet dénoncant le système politique : démagogie, corruption, manipulations,promesses. Bref, on croirait presque que ces films ont été écrits par un jeune rebelle idéaliste. Ce côté politique cher à George Lucas a, semble-t-il, moins été compris par les spectateurs. Ce qui fait que les épisodes 1 et 2 ont été victimes de violentes critiques souvent infondées de la part de fans de la première heure reprochant, outre l´abus d´effets numériques, la complexité de l´intrigue et le manque de profondeur de certains personnages. Tout cela devrait prendre fin avec cet épisode 3, apportant en fin la dimension voulue à l´ensemble.
Maintenant que l´oeuvre est terminée, les références à l´histoire de notre planète semblent plus flagrantes. L´empereur Palpatine tirant évidemment son inspiration de nombreuses figures historiques, de Cesar à Hitler, en passant par Napoleon. Mais “La Revanche des Sith” nous renvoie également à l´acualité récente et la lutte anti-terroriste que mène l´Amerique de George W. Bush. Certains dialogues du film semblent même tout droit sortis de discours républicains récents. Lorsque Anakin dit au bon Obi-Wan tentant une dernière fois de le raisonner “Si tu n´es pas avec moi, alors tu es contre moi”, cela renvoie non seulement aux grandes heures du Stalinisme mais également au type de pensée basique qui a amené tant d´américains à cette haine anti-francais qui a sévi ces dernières années suite au refus de Jacques Chirac de soutenir la guerre en Irak.
C´est la peur du terrorisme qui conduit les Etats-Unis à partir en guerre, à restreindre les libertés individuelles et à se renfermer sur un modèle qu´elle croit être le meilleur et veut imposer à tous. De même que dans “Star Wars”, c´est la peur qui amène à la fin de la Republique, à l´avènement de l´Empire et qui conduit Anakin à céder au côté obscur de la Force. Sion voulait exagérer un peu les comparaisons,on pourrait aussi assimiler Anakin à Sarkozy, petit disciple prometteur de Maitre Chirac mais si ambitieux qu´il sombre dans le côté obscur du tout sécuritaire. Mais effectivement, ce serait exageré. La clé du film étant bien sûr prononcée par le sage d´entre tous les sages. le Dalaï Lama? Non mais presque : Maitre Yoda. Lorsqu´Anakin lui fait part de ses craintes, il lui dit que la peur et l´attachement mènent au côté obscur et il ajoute que la seule alternative est d´apprendre à lutter contre et à évacuer ces mauvaises pensées.
Mais le film montre bien qu´aucune idéologie est meilleure qu´une autre. Nul n´étant infaillible, chaque personage commetra des erreurs à un moment ou à un autre.
A la fin du film (et ce n´est pas gacher la surprise que de le dévoiler), il ne reste que deux jedi, Yoda et Obi-Wan, symboles du bien absolu, et deux seigneurs Sith, Dark Sidious et Dark Vador, symboles du mal absolu. Tel le Ying et le Yang, ils ont besoin les uns des autres pour trouver leur utilité. La prophétie annoncée dans l´épisode 1 comme quoi Anakin Skywalker serait l´élu capable de rétablir l´équilibre de la Force, pourrait donc être interprétée ainsi. Anakin/Vador serait donc un symbole anti-manichéen ultime, à la fois bon et plein d´amour et haineux et avide de pouvoir, prêt à tout pour son propre bonheur. Bonheur qui restera forcément inaccessible. Mais au vu de l´ensemble des six films, il semblerait que l´équilibre en question serait en fait simplement Luke et Leïa, sortes de Adam et Eve de l´un nouvel ordre Jedi. Eux parviendront enfin au bonheur en menant la rebellion à la victoire sur l´Empire. Leïa trouvera l´amour dans les bras de Han Solo et Luke parviendra à la sagesse et amènera son père à la rédemption. C´est parce qu´il ne connait pas la peur (comme il le dit à Yoda dans “L´Empire contre-attaque”) et qu´il est en paix avec lui-même que Luke résistera à la tentation du côté obscur.
Pour ce qui est de la critique purement cinématographique, les épisodes I, II et III souffrent évidemment de la comparaison avec leurs prédecesseurs. Evidemment, les fans de la trilogie originale ne peuvent pas accepter toutes les nouvelles idées apportés,le changement de style dans les effets spéciaux et surtout certains détails choquants, comme de voir Yoda ou l´empereur Palpatine le sabre à la main, d´entendre le futur seigneur du mal Vador se faire appeller par le ridicule diminutif d´Ani ou l´absence de personnages comme Han Solo apportant un certain second degré, au détriment de personnages numeriques souvent sans saveur. Mais ce qui a décu beaucoup de fans, c´est surtout de voir un univers qui n´avait été qu´évoqué jusque là, qu´ils avaient eu tout loisir d´imaginer, et souvent de manière plus magique et plus fantaisiste qu´il n´apparait finalement. Le monde décrit dans ces préquels, bien que fourni en décors extravagants, ressemble pas mal au nôtre.
Il y a également débat sur la teneur des dialogues, jugés souvent plats et même niais. Quand on regarde l´ensemble, il n´y a pas vraiment de différences à ce niveau entre les six films. On remarque d´ailleurs que les mêmes dialogues (ou à peu près) reviennent souvent d´un film à l´autre, tout comme les mêmes situations se reproduisent dune trilogie à l´autre. On peut même applaudir Lucas à ce niveau là car il a su, tel un compositeur, assembler toutes les pièces de son opéra avec maestria, faisant revenir régulièrement les mêmes thêmes, les mêmes notes avec différents degrés d´intensité.
Pour en finir avec ces comparaisons, avouons aussi que si cette nouvelle trilogie manque cruellement d´un Harrison Ford, elle nous offre quand même un très bon Ewan Mc Gregor (surtout dans cet épisode III), une magnifique Natalie Portman (que ceux qui osent dire que Carrie Fisher était plus belle aillent s´acheter une paire d´yeux) et nous fait découvrir Hayden Christansen, autrement plus intéressant que le légèrement fade Mark Hammil. Sans compter les seconds rôles attribués aux légendaires Samuel L. Jackson et Christopher Lee, certes peu dévelloppés mais interprétés avec suffisamment de charisme pour donner de l´intérêt aux personnages. Quoi d´autre? L´action? Chaque film comporte son (ou ses) morceau de bravoure : la courses de modules de l´épisode I, le combat contre les trois monstres dans l´arène de l´épisode II et pour ce qui est de l´épisode III,on pourrait dire que le film entier en est un, que ce soit grâce à une séquence d´ouverture incroyable de virtuosité graphique et d´humour, des jedïicides qui font froid dans le dos et surtout un double combat final au sabre laser qui fait passer ceux de l´ancienne trilogie pour des entrainements de Laura Flessel filmés pour Stade 2. Bref, il s´agit sans doute du meilleur film de George Lucas (je rappelle qu´il n´a pas réalisé "L´Empire contre-attaque"), étant donné qu´il en signe seul le scénario, ce qu´il n´avait pas fait depuis l´épisode IV en 1977. Enfin, seul le recul et de nouveaux visionnages nous permettront de confirmer cela. Il semblerait que certaines choses aient pû m´échapper par ci par là dans cette nouvelle trilogie, comme le rôle de Qui Gon Jinn (Liam Neeson dans l´épisode I) ou l´identité du père d´Anakin. Quoi qu´il en soit, cette nouvelle trilogie aura au moins servi à renforcé l´intérêt porté à la franchise Star Wars et aura pour la première fois dans l´histoire du cinema permis de changer le regard de millions de spectateurs sur des films sortis plus de vingt ans avant (vous comprendrez maintenant pourquoi Obi-Wan est considéré comme un vieux fou dans l´épisode IV : il raconte un peu n´importe quoi. C´est normal, il est resté seul pendant des années).
On a beaucoup reproché à George Lucas le mercantilisme de sa saga. “Star Wars” ayant touché plusieurs générations depuis le premier film, nous ne saurons que dans quelques années ce que le Mode en retiendra.
Les figurines, emballages de céréales et autres jeux à gratter? Les progrès techniques révolutionnaires au niveau du son et des effets speciaux? Les files d´attente de fans déguisés en storm troopers dissertant des éventuelles incohérences de scénario? Ou bien le message humaniste brillament délivré par de très bons films de divertissement?
Quoi qu´il en soit, comme disait Maitre Yoda, bordé d´incertitudes l´avenir est.
mekah
“Star Wars episode III : La Revanche des Sith” écrit et réalisé par George Lucas. Avec Ewan Mc Gregor, Hayden Christensen, Natalie Portman, Ian Mc Darmid, Samuel L. Jackson, Christopher Lee, Frank Oz, Anthony Daniels, Kenny Baker & Jimmy Smits.
La trilogie originale est disponible en DVD (mais en édition spéciale, donc avec des effets numériques rajoutés)
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