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Fiche de HellJohn


  HellJohn
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Ce membre a posté 247 critiques

Le Monde fabuleux de Gaya   (n°19306)
Le : 12/09/2005 à 01:14:39
Critique :
"Le monde fabuleux de Gaya" (y’en a bien qui vont confondre avec "Le monde de Narma") est un film d’animation pour le moins raté, malgré un gros potentiel.
Le jeune inventeur farfelu Boo et l’héroïque et frimeur Zino, les deux héros animés qui vivent dans le monde fantastique de Gaya, ont toujours réussi à triompher des horribles Snurks, les trois méchants habituels de cette série animée qui cartonne à la télévision. Mais leur succès ne plait pas beaucoup au professeur N. Icely, qui veut se venger que son émission à lui ai été annulée au profil des aventures de Boo et Zino. Il décide alors d’utiliser sa machine pour faire en sorte que le cristal magique, source de l'énergie du monde de Gaya, atterrisse dans notre dimension. Mais en rammassant la boule de Gaya dans le monde animé, le maléfique docteur ramène involontairement les trois Snurks, Boo et Zino et la princesse Alanta dans son monde, le monde des humains. Les 6 personnages du dessin animé atterrissent à des endroits différents de la ville, et les Snurks sont en possession de la boule de Gaya. Alors que tous vont tenter de s’en sortir dans ce monde inconnu, N.Icely se lance à leur poursuite pour récupérer la boule de Gaya…

Le sujet aurait pu donner lieu à une multitude d’idée et de clins d’œil, surtout lorsque les personnages sont dans le monde humain. Et pourtant, ce qui pêche dans "Le monde fabuleux de Gaya" ("Back to Gaya"), c’est un flagrant manque d’idée, d’originalité et d’inventivité, même dans les séquences d’action, même pas crédibles et déjà vues en mieux chez Pixar et même ailleurs. De plus, tout est prévisible à l’avance, même les gags. Ces derniers ont le plus souvent une chute décevante, quand ils en ont une. Les dialogues sont plats, donc pas drôles, et la narration peu captivante. On ne ri pas beaucoup dans ce film. On est bien loin de "1001 pattes" et de "Hercule", les deux excellents films d’animation que cite l’affiche (« par les scénaristes de… »), car le scénario, par ailleurs truffé d’incohérences, est ici franchement fade et les idées mal exploitées. Même la très bonne idée de confronter le créateur à ses personnages tombe à plat. On nous assène même une morale en trop sur le libre arbitre, la liberté, alors que les gens de chez Pixar n’auraient même pas eu besoin de ça pour convaincre et toucher. D’autant plus que le concept risque d’être un peu trop confus pour les enfants. Les personnages sont peu attachants car laids, pas très intéressants et pas charismatiques (si ce n’est le rigolo leader des Snurks). Pour tout cela, les créateurs échouent à faire entrer le spectateur dans un monde construit de toute pièce. D’autant plus que le rythme et la technique ne suivent pas.

En effet, et c’est assez déstabilisant au début, les personnages sont moches et l’animation très moyenne, ce qui est flagrant lors des scènes d’action (dont la première, la molle course de bolides, dans laquelle la sensation de vitesse manque vraiment). Le graphisme est trop figé, trop artificiel pour donner vie aux personnages et à l’action. L’outil informatique est encore trop visible, y compris dans les plans (des plans séquences trop voyants et inutiles). Aucune sensation, aucun effet percutant, aucun punch, "Le monde fabuleux de Gaya" est bien mou et peu intense (un comble, pour un film qui se veut épique et magique), et avouons que c’est quand même assez courant dans le cinéma allemand (car oui, et c’est une première, "Le monde fabuleux de Gaya" est une production d’animation allemande). Il y a beaucoup d’ambitions, mais le résultat est loin d’être à la hauteur. Manque de moyens ? De temps ? Ou de talent ? On aurait aimé rêver et s’immerger dans cette aventure qui peut rappeler celles des Borrowers (de tous petits êtres perdus dans le monde humain), mais rien n’y fait, on reste passif et on s’ennuie assez. C’est toujours assez difficile de descendre un film d’animation, car on sait qu’il y a un énorme boulot derrière. Mais là, ça ne passe pas, ni pour moi, ni pour la majorité des spectateurs ni pour la presse. Le film fut très critiqué et risque bien de tomber dans l’oubli dans peu de temps, à raison, pour son ratage tant dans le fond que dans la forme.
Saluons quand même la dernière note de Michael Kamen, décédé avant d’avoir pu terminer la musique de ce "Monde fabuleux de Gaya" (c’est son fidèle collaborateur qui a terminé le score). Le seul véritable intérêt de ce film d’animation raté et peu intéressant, malgré le concept. Les américains restent maîtres à bord dans ce domaine…

La moustache   (n°19305)
Le : 12/09/2005 à 00:49:15
Critique :
C’est un gars banal qui décide de se raser la moustache. Mais personne dans son entourage ne se rend compte qu’il l’a fait. Pire, personne ne se souvient qu’il avait une moustache ! Mais en avait-il une, en fait ? Où est-ce une mauvaise blague ? En tout cas, cette moustache rasée est le début d’un pétage de plombs mémorable d’un personnage complètement perdu, autant que le spectateur. C’est bien simple, on ne comprend rien, même quand on croit comprendre, et pourtant c’est jubilatoire. David Lynch n’aurait pas renié cette réflexion tordue et kafkaïenne sur…une réflexion sur quoi, en fait ? On ne sait même pas ! Souligné par la superbe partition mélancolique et désincarné (comme le personnage) de Philipe Glass et porté du début à la fin par la prestation hallucinée de Vincent Lindon, ce "La moustache" n’est pas le film qu’il semble être. Comme quoi, le cinéma d’auteur français (ou le « cinéma intello ») peut parfois nous offrir des merveilles, comme celle-ci, réalisée par Emmanuel Carrière, auteur du roman qu’il adapte (lui seul doit détenir les réponses de ce qu’il illustre).
Ballistic   (n°19231)
Le : 08/08/2005 à 16:42:12
Critique :
Les raisons de cet énorme bide ? Heu…à peu près tout ce qu’on voit à l’écran. Réalisé par un type qui se fait appeler Kaos (mais qui se nomme en fait Wych Kaosayananda, il ferait mieux de rester anonyme), encore un de ces réalisateurs importés d’Asie (il est thaïlandais, et pas d’autre titre de gloire à son actif), ce "Ballistic" (ou "Ecks vs Sever", bien fun, comme titre) narre la confrontation, puis l’alliance entre deux super agents déchus, Ecks et Sever (Banderas et Liu) contre le méchant Gant (Gregg Henry), qui leur a prit leur famille (en tuant celle de Sever et en volant celle de Ecks), et qui se sert de son pseudo fils pour transporter un nouveau gadget électronique infaillible. C’est pour ça que lorsque son fils se fait kidnapper par Sever, il veut à tout prix le récupérer. Ecks quand a lui, est à la poursuite de celle qui a kidnappé l’enfant. Et qui pourrait savoir ou se trouve sa femme, qu’il croyait morte il y a 7 ans.

A peine digne d’un vieux Hollywood Night, "Ballistic" enchaîne les courses poursuites, les fusillades, les explosions, les bastons, et ce avec une mollesse anesthésiante. Oui, il y a beaucoup d’action, et pourtant on s’ennuie vite, parce que c’est mal foutu, parce que la musique techno electro juste digne d’un épisode de "Le flic de Shanghai" alourdit encore plus des scènes d’action bien peu inventives et dont tous les effets de style tombent à plat. En plus, le réalisateur abuse des ralentis et des poses à la "Matrix", les cascades sont surfaites et font très artificielles (on dirait du Remy Julienne), et les acteurs ont l’air bien peu convaincus. Les deux monolithiques et pourtant charismatiques stars ont l’air de se faire chier (ils font la gueule tout au long du film) dans des rôles bien peu crédibles (La d’habitude fatale Lucy Liu était bien plus convaincante en espionne dans "Cypher"), pourtant les plus soignés du film (c’est dire les autres). C’est rare qu’un carnage ou ça pète de partout ou qu’une course poursuite en moto ennuie tant. Si l’action est bien peu captivante, l’intrigue est aussi inintéressante. Kaos (porte bien son pseudo, lui) se permet même quelques moments de poésie de pacotille qui font plus rire qu’ils ne touchent tellement ils semblent artificiels. Les scènes sentimentales, ridicules, sont donc aussi ratées. Ne reste plus grand-chose de valable. On ne sauvera pas non plus les décors laids et le score d’un Don Davis (Les "Matrix", comme par hasard) peu inspiré (sauf en de rares instants), ni le piètre scénario (par l’auteur de "Détour mortel", certes, mais aussi de "Spawn, le film"…ha) incohérent autant dans l’action que dans l’intrigue. "Ballistic" est un blockbuster US de plus estampillé arts martiaux, mais là « l’inspiration » asiatique opportuniste ne prend plus. Tout juste peut on sauver le combat de fin entre Lucy Liu et Ray Park (moins foiré que le reste, mais bon…). On était aussi bien content de retrouver les rares Greg Henry (le mémorable salaud de "Payback" aussi avec Lucy Liu, et tout aussi salaud ici), Ray Park (Dark Maul dans "Star Wars épisode 1" et le Crapaud dans "X-Men") dans un rôle bien transparent, Miguel Sadoval (qui a débuté dans deux films de Spike Lee, mais qui s’est depuis surtout consacré aux séries…sa présence ici ne lui changera donc pas trop), et Talisa Soto, encore une James Bond Girl déchue (ici celle de "Permis de tuer") mais toujours aussi belle.
Un beau foirage. Le pire c’est que le film se prend terriblement au sérieux. Ce n’est même pas un nanar, juste un mauvais film.

Girl next door   (n°19230)
Le : 08/08/2005 à 16:41:07
Critique :
J’étais comme un fou devant ce film ! Une pure comédie de fantasmes qui, malgré son sujet, ne verse jamais dans la vulgarité, prouvant ainsi qu’un film pour les jeunes et avec des jeunes peut aborder le sexe sans verser dans la débilité immature. Ne se foutant jamais du sujet, le réalisateur Luke Greenfield (le bien moins réussi "Animal, l’animal !" était son premier film) et les scénaristes (au nombre de trois) jouent avec les clichés (du monde du porno) tout en les contournant habilement, évitant ainsi de transformer le film en une énième teen comedy débile, entre vulgarité et pseudo romantisme. "The girl next door" est gentiment caricatural, un peu insolent et très bien vu. Pourtant, "The girl next door" en est bien une, de teen comedy. Mais ici, il n’y a pas qu’un pitch de base et des gags qui tâchent, il y a une vraie histoire et un fond.

Matthew (Emile Hirsch), 18 ans, est un étudiant modèle et sérieux, qui n'a jamais vraiment vécu sa vie, jusqu'au jour où il tombe sur sa nouvelle voisine, la magnifique et apparemment innocente Danielle (Elisha Cuthbert). Comme dans un rêve, ils deviennent très proches. Sa paisible existence devient passionnante et mouvementée grâce à Danielle. Mais quand Matthew découvre que cet amour idéal est une ex-star de films X, ça va se compliquer.

Autant le dire, "The girl next door" est la meilleure teen comedy de ces dernières années (pas loin de "Eurotrip", pourtant très différent). Le film se rapprocherait même des teen comedy nostalgiques des années 80. C’est un peu un mélange des deux générations, entre subtilité et absurdité, entre jolie chronique drôle (portrait de la jeunesse) et grosse comédie potache et sexy (car "The girl next door" est aussi une comédie sexy, mais plus dans le fond que dans la forme, en fait). "The girl next door" surprend aussi par le portrait juste de deux personnages bien loin des caricatures qu’ils risquaient d’être. Matthew et Elisha sont deux personnages attachants, voir parfois touchants, tant ils semblent vrais et complexes, loin de la fadeur de tout ce que nous a apporté le genre ces dernières années. Ils hésitent, jouent leur avenir, et le film est d’ailleurs une belle représentation de la jeunesse et des choix cruciaux qui définissent l’avenir. C’est aussi un film sur les premiers amours, un film sur l’amour, donc un film qui peut toucher n’importe qui ayant déjà aimé. Les deux comédiens, Emile Hirsch (le tricheur dans "le club des empereurs", actuellement dans "Les seigneurs de Dogtown") et Elisha Cuthbert (la fille de Jack Bauer, actuellement dans "La maison de cire"), sont excellents et forment le plus beau couple, étonnant, qu’on ai vu depuis longtemps dans le genre. Elisha Cuthbert semble sortir d’un de nos rêves, et l’histoire est une sorte de fantasme pour chaque homme qui sommeille en nous (mais le film intéressera aussi les filles pour le personnage de Matthew, forcément craquant), un fantasme traduit sur écran. C’est pour cela que je parle de comédie de fantasmes, tant elles cumulent les situations rêvée, impossibles et fantasmée (aussi bien romantiques que sexy). Ainsi le film est jubilatoire, attachant, et heureusement aussi, bien souvent drôle, grâce à des seconds rôles délirants, comme les deux fidèles potes de Matthew (le timide et celui qui pense qu’au sexe) ou l’imprévisible producteur de X qui parait sympa (joué par l’hilarant Timothy Olyphant, vu dans "60 secondes chrono", "Un homme à part", "Scream 2" ou "Dreamcatcher"), grâce aussi à un comique de situation bien exploité (les séquences bien fun ou Matthew doit faire un discours important pour son avenir, et ce complètement déchiré à l’extasies, ou quand lui et ses potes tournent un film X en plein lycée pour leur film de fin d’année !) et à un rythme entraînant, ou l’on ne voit pas le temps passer. Pourtant, dans sa facture, le film est très classique, construit comme toutes les comédies romantiques (avec les bons et les mauvais moments entre le couple, les discours sur l’amour, les scènes de rencontre très jolies…), mais il a quelque chose en plus. Plus de surprises, de punch, d’audace…

Mélange entre comédie romantique traditionnelle et pure teen comedy, "The girl next door" est un film qui fait rire aux éclats, qui fait réfléchir, qui touche au cœur autant qu’il touche aux tripes, bref une comédie charmante et euphorisante (et avec une BO fantastique, quand ça se termine sur du The Who, ça peut être que du bon !) qui fait du bien. Surtout que j’en attendais pas beaucoup, de ce film.

Le vaisseau de l'angoisse   (n°19229)
Le : 08/08/2005 à 16:39:00
Critique :
Après "La maison de l’horreur" (remake de "La nuit de tous les mystères", 1959) de William Malone et "13 Fantômes" (remake du film homonyme de 1960) de Steve Beck, la toute récente boite de production de films d’horreur Dark Castle, lancée par Joel Silver et Robert Zemeckis, laisse tomber les remakes des films de William Castle (d’ou le nom de la boite) avec "Le vaisseau de l’angoisse" ("Ghost Ship"), qui n’est pas un remake, mais un scénario original, bien que vaguement (c’est le cas de le dire) inspiré de faits réels. Quoiqu’on pourrait y voir un remake peu inspiré des deux précédentes productions de Dark Castle, un bateau remplaçant les maisons hantées.
Sean Murphy (Gabriel Byrne), le capitaine du remorqueur Arctic Warrior, et Maureen Epps (Juliana Margulies), son chef d'équipe (composée de Ron Eldard, Isaiah Washington, Karl Urban et Alex Dimitriades), sont contactés par Jack Ferriman (Desmond Harrington), un pilote canadien qui a repéré dans la mer de Béring l'épave d’un paquebot, qui pourrait bien être, selon Sean, le "Antonia Graza", un prestigieux paquebot disparu depuis 1962. Murphy, Epps et leurs hommes partent donc à la recherche du navire dans l’intention de le réparer de le ramener à bon port et surtout de le revendre à bon prix. Mais des phénomènes étranges ne vont pas tarder à se produire.

Evidemment, le bateau a une histoire chargée, comme les demeures de "La maison de l’horreur" (qui fut une bonne surprise) et de "13 Fantômes" (qui fut une désagréable surprise). Bien sûr, il est hanté par ceux qui y sont resté dans d’atroces souffrances. A l’évidence, les membres de l’équipage (de gros durs, y compris la fille) vont y passer un par un (Mais qui y restera ? Qui survivra ? Qui est le prochain ?), comme la tradition le veut. Autrement dit, on ne peut pas dire que le scénario de "Le vaisseau de l’angoisse" soit très original, bien qu’il ne soit pas un remake. Si il s’inspire d’un évènement réel assez flippant (un deux-mats parti de Charleston pour rallier Londres, et découvert deux mois après sa mystérieuse disparition au large de Tripoli, intact mais désert), le film ne l’est pas beaucoup.
Il commençait pourtant très bien, ce "Vaisseau de l’angoisse", avec sa scène d’introduction, pendant laquelle s’inscrit le générique, en rose et en joli script (façon romance à l’eau de rose, on se croirait dans "La croisière s’amuse"), avec ses images sorties de "Titanic" sous fond d’une chanson glamour…avant que ça ne vire en véritable carnage gore et granguignolesque, à travers une séquences saisissantes. Hélas, le film ne retrouvera pas par la suite le brio et le délire de cette belle mise en bouche, se contentant de peu de débordements (juste une poignée de séquences bien dégueulasses, comme quand deux gars de l’équipe se rendent compte trop tard qu’ils sont en train de bouffer des vers !). C’est encore un film de couloirs, ou les personnages parcourent le bateau, se trouvent face à des faits étranges, flippent grave, se font des blagues (oui, le coup des fausses alertes, ça y est aussi), se font tuer dans d’étranges circonstances, tentent de savoir ce qui s’est passé et comment on sort d’ici…Bref, rien de neuf. N’oublions pas les clichés habituels (nous avons bien sûr un traître ou encore une petite fille fantôme à la robe blanche) qui parsèment une histoire de plus en plus incohérente et peu crédible.

Cependant, on pouvait craindre pire. Aux commandes de "Le vaisseau de l’angoisse", on retrouve Steve Beck, le clippeur fou qui a commis l’illisible et incroyablement naze (seul bon point : les maquillages des fantômes) "13 Fantômes" ! Mais à la vue de "Le vaisseau de l’angoisse", force est de constater que le bonhomme (très réputé dans le domaine de la pub et des effets visuels, il fut d’ailleurs directeur artistique chez ILM sur des films comme "Abyss", "A la poursuite d’Octobre Rouge" ou "Indiana Jones et la dernière croisade") a fait des progrès et à mit la pédale sur les gros effets clippesques qui foiraient en grande partie son précédent film. Ici, on a bien moins d’effets tape à l’œil ou de ralentis / accéléré. Le film est plus « classique » dans sa forme, et c’est quand même plus agréable et plus facile à suivre, et aussi bien plus approprié au sujet. Bon, bien sûr, le naturel reviens au galop dans l’anthologique séquence du flashback (sur ce qui s’est vraiment passé sur le bateau) vers la fin, ou le Steve Beck se lâche complètement et nous livre un véritable clip vidéo de plus de deux minutes (chanson glauque à l’appui, genre Marylin Manson), comme si Beck s’était contenu jusqu’ici pour tout nous balancer en une séquence ! Une séquence tellement malvenue, du moins dans la façon dont elle est montrée, qu’elle provoque le rire (malgré les horreurs auxquelles on assiste). "13 Fantômes", c’était un peu ça, mais en moins bien et pendant une heure et demi (c’est dire !). Mais pour le reste, Beck évite les débordements visuels et se contente de correctement filmer son histoire, avec en prime une belle photographie (le même directeur de la photo que sur "13 Fantômes") et des décors sympas (surtout l’intérieur du bateau, le décorateur Graham Walker a récemment fait des merveilles avec le remake de "La maison de cire", dernière production Dark Castle en date). La musique de John Frizzell (le rare compositeur de "Alien résurrection") est assez discrète tout au long du film. On ne s’y ennui pas trop, malgré le peu d’originalité et le fait que ça soit un « film de couloir ». L’histoire met un moment à se mettre en marche, mais le suspense finit par être maintenu jusqu’à la fin, et le rythme s’accélère de plus en plus (presque tout le casting y passe en moins de 20 minutes), en même temps que l’histoire s’enlise. Heureusement, le film a l’intelligence de ne pas faire durer, et se clôt là ou ça commençait vraiment à devenir ridicule (un scène finale hilarante). La fin arrive d’ailleurs assez rapidement, et on se surprend à se dire un « déjà ?» après une heure et demi de film finalement vite passée, alors qu’après la scène d’intro, ça redémarrait mollement. Quelques séquences bien foutues (l’explosion du bateau de l’équipe, la mort d’un des gars attiré par un bien charmant fantôme, la scène des vers…) retiennent plus l’attention que d’autres ratées (les explications sur ce qui s’est passé, les scènes avec la gamine fantôme…). Ainsi le film est inégal, mais pas déplaisant à suivre. L’ambiance arrive de temps en temps à être prenante

Le casting est bien sûr composé de bonnes gueules, comme le veut le genre. Autour de Juliana Marguliès (le seul perso dont on est sûr de sa destinée…oui, c’est l’héroïne, bien sûr, qu’elle survit), popularisée par la série "Urgences" (et vue aussi dans une poignée de drames, "Evelyn" ou "Paradise road", tout deux de Bruce Beresford) et qui fait ici une femme d’action efficace dans la lignée d’Ellen Ripley, on retrouve ce bon vieux Gabriel Byrne qui semble ici plus concerné que dans certains de ses autres films (Byrne devrait virer son agent), ainsi que les charismatiques Karl Urban (Eomer dans "Les deux tours" et "Le retour du roi", impitoyable tueur de "La mort dans la peau", et bientôt bidasse dans "Doom"), Ron Eldard (aussi un transfuge d’ "Urgences", ce sosie baraqué d’Owen Wilson a aussi été vu dans "Sleepers" ou "La chute du Faucin noir"), Isaiah Washington (la découverte de "Jugé coupable" et un des acteurs fétiches de Spike Lee, mais il s’amuse à gâcher son talent dans des bêtises comme "Hors limites" ou "Roméo doit mourir") et Desmond Harrington (surprenant dans "The Hole", "Détour mortel" et "Love Object"). Un casting attachant, à défaut de personnages intéressants. Comme toujours, on a notre personnage préféré et on aimerait qu’il survive (au moins le plus longtemps possible) ou qu’il ait une belle mort. C’est toujours amusant de jouer à ça…

Bien évidemment, "Le vaisseau de l’angoisse" ne vole pas bien haut. Dark Castle aura fait mieux par la suite avec les bien plus aboutis (surtout visuellement) "Gothika" et "La maison de cire". Mais je m’attendais à bien pire, surtout après toutes les horreurs que j’ai entendu à propos de ce film. Certes, c’est tellement moins bien que "Un cri dans l’océan", mais aussi tellement mieux qu’un "Virus". Tout est relatif…

Père et fille   (n°19227)
Le : 08/08/2005 à 15:38:21
Critique :
Connu pour ses délirantes farces que sont "Méprise multiple", "Clerks", "Les glandeurs", "Dogma" et "Jay et Bob contre-attaquent", Kevin Smith (alias Silent Bob) aborde un nouveau virage avec "Père et fille" (ou "Jersey girl"), une comédie dramatique à l’opposé de ses précédents films.
A New York, Ollie Trinke (Ben Affleck) était un homme comblé : un boulot en tant que publiciste réputé, la femme de sa vie (Jennifer Lopez) et bientôt un enfant. Mais sa femme meurt en mettant au monde ce dernier, la petite Gertrude (le même prénom que sa mère). La vie de Ollie bascule, et pour oublier la mort de sa femme, il se plonge dans son travail, négligeant son rôle de père. Ollie craque et se fait congédier après une bavure qui deviendra légendaire (il insulte les journalistes et Will Smith, alors pas encore connu au cinéma), « l’affaire du Prince de Bel Air ». Il s’éloigne alors de New York et va loger chez son père dans la banlieue du New Jersey ou il avait passé toute son enfance. Ollie finit par prendre conscience de son rôle de père, et sa fille sera alors la plus belle chose de sa vie…

On est loin des monstres de merde et des insanités de Jay. Avec "Père et fille", Kevin Smith, qui relate sa propre expérience de père, le sien étant décédé peu de temps avant ce film, réalise un film intimiste et touchant. Un peu comme Burton pour "Big Fish", Kevin Smith livre un message d’amour à son père, et même à tous les pères. Le réalisateur aborde le sujet avec sincérité, avec tendresse et humour, et nous livre un portrait de père, sans doute inspiré de lui-même et de son paternel. Un personnage attachant, tout comme sa fille, cette dernière étant sans doute aussi le miroir de la propre fille de Kevin Smith. Ainsi, ce dernier dévoile aussi tout son amour pour sa fille, et sans doute aussi pour sa femme, et même pour sa ville natale, le New Jersey. Mais ce n’est pas un film qu’il a réalisé pour lui-même. "Père et fille" s’adresse à tous. C’est un film sur l’amour et sur les choix qui construisent l’avenir. Pas une énième comédie romantique, juste un film sur l’amour en général. Et l’amour est universel. C’est surtout un film qui raconte l’amour qu’un père a pour sa fille, et vice versa (et le titre français est, pour une fois, plus approprié que le titre original).

Pas de pathos ici, malgré la gravité du sujet. Pas de débordements, de gros gags qui tâchent, pas de romance à l’eau de rose non plus. Tout semble si vrai et juste, dans ce film, des scènes dramatiques (comme la bouleversante scène ou Ollie se confie à son bébé) aux scènes plus drôles (la rencontre de Ollie avec la délirante Maya, et leur délire sexuel qui suit). Car Smith n’oublie pas l’humour, heureusement, mais un humour tellement différent de ses précédentes comédies. Un humour plus tendre, mais aussi souvent bien vu. Grâce à cette galerie de personnages attachants, à commencer par Ollie et sa fille. Ben Affleck, inexplicablement nominé aux Razzie Awards pour ce film (bande de cons, va falloir changer votre bête noire, c’est pas "Amours troubles", là !), livre sa plus belle prestation, et semble comme son pote de réalisateur habité par ce film, ce rôle. Dans ses maladresses, sa tendresse, ses doutes, ses coups de gueule, ses peines et ses joies, il est crédible du début à la fin, qu’il soit un mauvais père (dans la première partie du film) ou un bon père. Et bouleversant dans une poignée de scènes émouvantes qui mettent les larmes aux yeux. La petite Raquel Castro lui donne la réplique et est irrésistible dans le rôle forcément attachant de la fillette (âgée de 7 ans dans le film). A la fin du film, on se sépare avec nostalgie de ce duo si tendre et si amusant. Liv Tyler (retour avec Ben Affleck après "Armageddon") surprend aussi en interprétant Maya, la gérante d’un vidéoclub qui va devenir l’amie de Ollie. Un rôle volontairement un peu bête, mais tellement attirant et drôle. Puis il y a aussi le grand père, joué avec tendresse par George Carlin (déjà dans "Dogma"), et Gertrude, la femme de Ollis qu’on voit uniquement au début du film, jouée par Jennifer Lopez. Le rôle de cette dernière fut réduit au montage à cause du bide de "Amours troubles", aussi avec Ben Affleck. Dommage, car l’actrice était ici parfaite, son court rôle planant pourtant sur tout le film. Le casting réserve quelques autres surprises, comme Jason Biggs en collègue de boulot de Ollie, Mike Starr en glandeur ami du grand père, ou les caméos (Kevin Smith n’a pas perdu toutes ses habitudes, quand même) de Matt Damon et Jason Lee, deux des acteurs fétiches du réalisateur. Et bien sûr, l’apparition de Will Smith, dont le nom plane tout au long du film. La haine de Ollis pour Will Smith est d’ailleurs une des idées les plus drôles du film, les références sur la carrière de Will étant plutôt amusantes (réplique de Ollis alors que Will n’était pas encore reconnu a cinéma : « Le prince de Bel Air ne réussira jamais dans le cinéma ! »). L’apparition de Will Smith (lui aussi très sincère dans son propre rôle) est d’ailleurs une scène clé du film, délivrant sa petite morale...

Kevin Smith (et non Will, cette fois) fait preuve d’une sensibilité qu’il n’aurait pu avoir il y a quelques années. Il réalise don œuvre la plus mature. Les fans de ses délires seront forcément déçus, tant "Père et fille" semble avoir été réalisé par quelqu’un d’autre. Smith abandonne pour l’occasion l’ironie et le second degré, et réalise une petite merveille, une comédie dramatique plus profonde que d’habitude, dans la justesse de ses dialogues et de ses personnages, dans une histoire simple et touchante, qui passe en plus très vite (on aurait aimé que ça dure plus longtemps). Critiqué par la presse (qui n’a rien compris au film !) et boudé par le public, ce "Père et fille" sous estimé grandira avec le temps, tout comme son papa Kevin Smith. Un bien joli film, pas forcément original, mais rempli de charme et de révélations…

Mr. and Mrs. Smith   (n°19226)
Le : 08/08/2005 à 15:37:08
Critique :
« Par le réalisateur de "La mémoire dans la peau" », clame la bande annonce de "Mr. & Mrs. Smith". Ben vaut mieux éviter la comparaison, parce que "Mr. & Mrs. Smith" est l’exact inverse de "La mémoire dans la peau", le premier est un gros blockbuster d’action exagérée et d’humour sous forme de film d’espionnage, et le second est un vrai film d’espionnage réaliste et sérieux. Même le style visuel du réalisateur Doug Liman est méconnaissable. "Mr. & Mrs. Smith" serait plus proche de "Go !", la comédie déjantée du même Doug Liman.

Le pitch était prometteur, annonçant un "La guerre des roses" version action. Le film commence sobrement (par une séance amusante de psychanalyse de couple) et lentement, les vrais « job » du couple étant progressivement dévoilés après un long moment, même si on connaît dés le début l’histoire et qu’on sait bien que tous deux se cachent leur identité (c’est le pitch qui vend le film). Un flashback nous montre la rencontre glamour entre John et Jane, puis on les revoit 6 ans plus tard dans leur vie de couple bien ennuyeuse. Mr et Mrs Smith forment un couple tout ce qu'il y a de plus banal (la description de leur vie morne de banlieusard est d’ailleurs assez amusante). Chacun des deux mène sa vie de son coté et croit savoir ce que fait l’autre. Pourtant, Mr Smith est en fait exécuteur pour une organisation secrète et Mrs Smith tueuse à gages vendant ses services aux plus offrants. Mais lorsqu’ils vont tous deux se retrouver sur le même contrat, ils vont découvrir leur véritable profession respective et devoir s’entretuer car telle est leur mission. Au revoir la gentille vie de couple, bonjour les scènes de ménage aux poings, à la bombe et au fusil mitrailleur.

Dommage que le film n’exploite pas totalement ce sujet. C’est seulement au milieu de l’histoire qu’on a le droit à un véritable affrontement entre nos deux tourtereaux, surtout la grosse baston dans la maison, grand moment de bourrinage jouissif dont l’issue est hélas un peu décevante. Et oui, John & Jane vont s’allier pour se retourner contre leur employeur, et c’est bien dommage, "Mr. & Mrs. Smith" n’allant pas au bout de son sujet et redevenant alors un classique film d’action, les scènes d’action étant entrecoupées de disputes ou autres révélations genre –« j’ai jamais aimé ta cuisine, chérie – je n’ai jamais fait la cuisine, ce sont mes assistantes qui s’en chargeaient ». Cela donne un certain punch à de grosses scènes d’action de facture classique (poursuite en bagnole, fusillade dans un centre commercial vide…), et les répliques fusent, mais le film perd sa seule originalité, à savoir l’affrontement entre le couple, en cours de route. D’autant plus que ce duel espion / tueur, mari / femme met du temps à se mettre en marche, et quand ça arrive, ça ne dure qu’une demi heure (sur deux heures de film), mais c’est quand même jouissif. Comme ces scènes tendues entre Brad et Angelina avant qu’ils ne prennent les armes (le dîner chez eux et le tête à tête au restaurant), jouant au jeu du chat et de la sourie, chacun d’entre eux savant très bien qui est l’autre, puis cette fusillade / baston quand les deux se retrouvent à leur maison (le morceau de bravoure du film).

Il y a beaucoup de clins d’œil à la vie de couple, de scènes amusantes et de répliques qui font mouche. Cet humour (surtout dans la première partie, plus comédie que film d’action) associé à l’action (à partir du milieu du film, c’est de l’action non stop !) et au duo de stars qui s’en donne à cœur joie (duo efficace, même si ils font tout les deux un peu trop « surfaits », pas assez crédibles, quoi, on voit plus Angelina Jolie que son personnage), ça donne un divertissement complet, léger et bourrin. Faut pas aller chercher de la crédibilité ici, tout y est gros, y compris les clichés (le quartier général de Mrs. Smith, le four planque à armes, etc.), jusqu’au ridicule. Faut pas chercher non plus de la cohérence, ni même dans les détails (les deux amours se bastonnent à mort mais n’ont pas une égratignure au visage). En fait, faut rien chercher. Pas la peine de réfléchir ici, on se laisse bercer par ce gros blockbuster jubilatoire, même si on pouvait s’attendre à un peu plus que ça. L’intrigue perd petit à petit en intérêt, et la fin est assez frustrante et ratée (action chorégraphiée de la fusillade finale ridicule). Le film aurait gagné à être moins long et plus définitif dans son concept. Si il y a quelques bonnes idées (basée sur le comique de situation), le film de Doug Liman en loupe beaucoup d’autre, évitant ainsi ce qui aurait pu faire de son film un divertissement aussi original et drôle que captivant et impressionnant. Même le personnage de Vince Vaughn est inutile et mit en suspens (ne parlons pas des autres perso). "True lies" exploitait bien mieux cette histoire similaire…

Mais "Mr. & Mrs. Smith" est un divertissement classique et charmant, presque à l’ancienne. On peut même considérer "Mr. & Mrs. Smith" comme un film bourrin glamour, tant le charme des deux acteurs fait son effet. Techniquement soigné (Doug Liman perd sa personnalité mais reste un bon technicien), "Mr. & Mrs. Smith" est simplement un bon divertissement estival, une comédie d’action plaisante et défoulante (je reproche cependant à la bande annonce d'en montrer bien trop, voir quasiment tout !). On en ressort bien content, bien qu’un peu déçu…

La porte des secrets   (n°19225)
Le : 08/08/2005 à 15:35:40
Critique :
Voilà une bonne surprise que ce "La porte des secrets" (un titre déjà peu original, le titre original est "The Skeleton Key"), d’autant plus que la bande annonce était bien peu enthousiasmante, mais heureusement assez éloignée du résultat…

Caroline (Kate Hudson) quitte l’hôpital dans lequel elle travaillait pour aller soigner à domicile le mari mourrant (il ne lui resterait plus qu’un mois à vivre) d’une vieille femme, dans leur grande maison décrépie dans le delta de Louisiane. Elle est accueillie par Luke (Peter Sarsgaard), le jeune avocat du vieux couple. Le mari, Ben (John Hurt), est paralysé et muet depuis un mystérieux incident s’étant produit dans le grenier de la maison, tandis que sa femme Violet (Gena Rowlands) est peu accueillante, mais doit néanmoins se résoudre à la compagnie et l’aide de Caroline. Mais quelque chose ne tourne pas rond chez ce couple, et Caroline va découvrir des choses bien étranges en parcourant la demeure, clé en main...

Intriguant au début, le film de Iain Softley nous décrit le contexte du delta de la Louisiane en instaurant une ambiance glauque et étouffante (la scène flippante au début dans la station essence a des airs de "Massacre à la tronçonneuse") des bayous du coin. Mais il se tourne ensuite vers un schéma plus proche du film de maison hantée (la maison qui porte une lourde histoire et des propriétaires étranges), avec pour originalité des éléments de vaudou et de magie noire. Ca change des traditionnels fantômes, même si de fantômes il est aussi question dans "La porte des secrets". De facture classique, usant de certains clichés toujours efficaces, "La porte des secrets" intrigue du début à la fin, et c’est quand on pensera tenir la clé de l’énigme (on pense à plusieurs solutions) que le twist final nous surprendra agréablement. Adepte du twist depuis celui, tétanisant, de "Arlington Road", le scénariste Ehren Kruger a été mal employé chez Dimension film (la branche films de genre de Miramax) via "Scream 3", le sympathique "Piège fatal" (c’est un de ses vieux scripts qui a été ressorti à l’occasion de ce film) et le malheureux "Impostor" (sorti directement en dvd chez nous, Kruger adaptait là une nouvelle de Philip K. Dick). Mais il étonnera à nouveau en adaptant minutieusement (un peu trop, pour certains) "Ring" au cinéma US, avec "Le cercle" et sa suite. Il est aussi le scénariste de "Les frères Grimm" de Terry Gilliam. Spécialiste du twist nihiliste donc, et celui de "La porte des secrets" l’est assurément et étonnement. Le final, sombre et ironique, ajoute de l’épaisseur au reste du film, lui confère une autre dimension. Le suspense de facture classique devient finalement une parabole sur la croyance, ici la croyance en la magie noire. Le fait d’y croire ou pas aura une grande importance au cours du film. Un retournements scénaristique retors et vicieux, certes attendu (c’est la concrétisation d’un plan, et puis l’on s’attend forcément à un twist) mais pas du tout comme on l’espérait (les multiples indices dissimulés au cours du film sont interprétés différemment que ce que l’on pensait) et amené d’une façon inhabituelle…

Exploitant l’univers de la sorcellerie (peu visité au cinéma, on notera "The Craft" ou "Les ensorceleuses" qui en font leur thème principal), ici appelé le « hoodoo », le réalisateur et son scénariste nous livrent quelques passages angoissants, liés à cet univers inconnu, fascinant (on aimerait toujours en savoir plus, avoir la preuve de son fonctionnement, savoir d’où ça vient, comment ça marche…) et lointain (et dont la culture est assez bien décrite, le film semble avoir été le fruit de recherches minutieuses), mais abusent aussi un peu du sujet, principalement lors du granguignolesque quart d’heure de fin (le coup de la ligne rouge au sol, c’est facile), dans lequel Gena Rowlands nous offre un cabotinage (genre la vieille tortionnaire, on connaît) comme on en a rarement vu dans sa carrière. Mais malgré ça, le film se termine sur une très bonne impression qui rattrape le ridicule (relatif) auquel on vient d’assister, de manière calme et désespérée après la tempête. Le film parvient à intriguer et à captiver, et ne perd jamais son spectateur en route. L’habile scénario (se réclamant de classiques du genre, comme "Rosemary’s baby", "Angel heart" ou "Ne vous retournez pas") ménage le suspense et les rebondissements (et quelques sursauts) et développe l’histoire comme si on montait un escalier sans savoir ou il mène, marche par marche, jusqu’au final, ou l’on tombe de cet escalier. Le réalisateur Iain Softley soigne le cadre, la photo, le décor et la musique (composée par Edward Shearmur, un fidèle du cinéaste), et compose son film de belles images à la lisière de l’onirisme, comme il l’a fait pour le drame ("Les ailes de la colombe", quatre nominations aux Oscar), le film de science fiction ("K-Pax" avec Kevin Spacey et Jeff Bridges) et même le thriller (le méconnu "Hackers", thriller informatique avec Angelina Jolie et Johnny Lee Miller). Un réalisateur qui sait poser une ambiance à la fois calme et pesante, parfois tendue dans "La porte des secrets", notamment entre Caroline et Violet. Les relations entre ce triangle de personnages s’avèrent intéressantes et parfois effrayantes (surtout lorsque Ben demande de l’aide). Dommage que certaines scènes explicatives (celle avec la copine de Caroline) soient de trop, de mêmes les scènes ou Caroline quitte la demeure pour aller en ville, ce qui relâche la tension du huit clos et de l’atmosphère…

Si elle est vraiment mignonne (et on la vois nue de dos, que c’est beau), Kate Hudson, fille de Goldie Hawn, n’est pas très convaincante ni très convaincue (peut être parce qu’elle venait d’avoir un enfant et qu’elle s’est peu investi dans le rôle). Pas de quoi oublier la Penny Lane de "Presque célèbre" (toujours son meilleur rôle, pour lequel elle a reçu une nomination du meilleur second rôle aux Oscar). Son personnage est de toute façon assez fade. Gena Rowlands est délicieusement ambiguë, jouant de son physique agréable pour mieux instaurer le doute, mais pète vraiment les plombs vers la fin. Peter Sarsgaard ("Garden state") est comme Kate peu emballant. Mais le plus étonnant, c’est John Hurt, une seule réplique durant tout le film, mais qui parvient à nous terrifier en un seul regard, à instaurer la peur rien qu’avec l’expression de son visage. Un véritable jeu d’acteur sans dialogues. Son personnage est aussi le plus intriguant et gardera son secret jusqu'à la fin.

"La porte des secrets" est donc un suspense des plus classiques, mais le cruel dénouement et l’ambiance marquante l’élève au dessus du lot. A découvrir.

La Coccinelle revient   (n°19224)
Le : 08/08/2005 à 15:33:45
Critique :
Entre tous ces remakes, adaptations, réadaptations, suites, préquelles, prolongement de vieilles franchises, naissance de nouvelles franchises, etc. on nous ressort Choupette la coccinelle, inoubliable héroïne à quatre roues de quatre films : "Un amour de coccinelle" (1968) et "Un nouvel amour de coccinelle" (1974) de Robert Stevenson, et "La coccinelle à Monte-Carlo" (1977) et "La coccinelle à Mexico" (1980) de Vincent McEveety. Encore une franchise dépoussiérée et remise au goût du jour avec un nouvel épisode, "La coccinelle revient", qui arrive donc 25 ans après les dernières aventures de Choupette, qu’on retrouve débarquée dans une casse. Le génial générique de début, truffé d’images des précédents films (séquence nostalgique), nous fait comprendre que Choupette n’est plus une star et n’a plus la côte sur les circuits. Elle est donc peu à peu oubliée, et de longues années passent alors qu’elle était cachée dans un vieux garage. Mais elle est récupérée pour être emmenée à la casse, en bien mauvais état, seule et triste. Mais c’est par un heureux hasard qu’elle se retrouve entre les mains de Maggie, jeune femme ex-folle du volant qui va d’abord être réticente au comportement fou de la Wolkswagen à fort caractère…

Si l’argument est purement commercial et assez opportuniste, ce "La coccinelle revient" demeure un étonnant divertissement. Etonnant parce qu’il respecte parfaitement la continuité et l’esprit de la saga populaire de cette charmante voiture. Des courses poursuites vives, des cascades folles et jubilatoires, de l’humour bon enfant, du rythme, des bons sentiments (c’est une saga de Disney, hein)…Le charme des précédents films revient, et on se laisse bercer avec nostalgie par les nouvelles et trépidantes aventures de la coccinelle, qui va ici revenir sur le devant de la scène, jusqu’au final, la compétition de NASCAR (donc changement de type de course pour la petite voiture), un sport peu illustré au cinéma ("Jour de tonnerre", évidemment). Bien sûr, le film s’adresse aux jeunes et aux ados (d’où la présence de la branchée Lindsay Lohan, skate à l’appui), et nous ne sommes plus dans les années 60 ou 70 (même si le film a une esthétique assez pop). Mais finalement, si Choupette est actualisée, peu importe l’époque parce que le charme et le fun restent. Le contexte est différent, les personnages aussi, mais l’esprit reste le même, jusque dans les détails. Amusant qu’à travers la saga, cette voiture voit défiler différentes générations. D’ailleurs, le fait que le film utilise très peu d’images de synthèses prouve bien que les auteurs et la réalisatrice n’ont pas voulu trahir cet esprit en l’adaptant aux toutes nouvelles technologies. Cela dit, les effets spéciaux sont bel et bien présents dans le film (et n’ont pas servi qu’à rétrécir la poitrine de Lindsay).

Les effets spéciaux ayant évolués depuis 1980, la personnification de la voiture est plus poussée que dans les autres épisodes (parfois trop, comme quand Choupette fait une grimace dans le dos de Matt Dillon, sans doute le seul plan ou Choupette est numérique, du moins le seul ou ça se voit), ce qui donne lieu à des séquences amusantes (Choupette folle de la New Beetle, Choupette qui maltraite ceux qui la dérange…), et ce dés la première scène (une Choupette fatiguée contre deux garagistes). Le personnage caricaturé de Matt Dillon, un pilote star frimeur et arrogant (idéal pour l’acteur, excellent dans ce type de rôle), est aussi drôle, ridiculisé par un « tas de ferraille ». La jeune Lindsay Lohan (remarquée au cinéma dans "Freaky Friday" et "Lolita malgré moi", et qui se prend pour Britney Spears dans ses clips) se révèle être un choix très pertinent pour ce rôle, tant elle semble bien coller avec la coccinelle, formant ainsi un duo attachant et joliment assorti. Leur relation est primordiale dans le film. Dommage que les autres rôles soient sans saveur (Justin Long, Michael Keaton…), alors que les autres films de la saga fourmillaient de personnages loufoques. Autre petit défaut, un rythme inégal, surtout par rapport aux autres épisodes, et aussi un peu moins de cascades (le temps que la petite voiture numérotée 53 se remette d’aplomb). Mais des cascades délirantes, le film en comporte quelques unes, et les courses sont fun et vives, soutenues par une bonne BO (on retrouve même lors d’une scène le bon vieux thème de la coccinelle) et pas mal de bonnes idées.

La réalisation d’Angela Robinson (le naze "D.E.B.S", sorti récemment en dvd pour l’occasion et dont la réalisatrice ramène ici quelques acteurs, et quelques épisodes de "The L World") est simple et entièrement au service de Choupette et Lindsay Lohan. Pas de mouvements de caméra fous, ni de bidouillages numériques made in "Fast and furious" ici, l’aventure est linéaire et pas tape-à-l’œil, comme à la vieille école (on retrouve d’ailleurs ces bons vieux split-screen, également utilisés dans le "Grand Prix" de John Frankenheimer). Innocent, tendre et tellement fun, ce "La coccinelle revient" est plein de charme et pourra se revoir avec plaisir, de la même manière qu’on a vu et revu les anciens films durant notre jeunesse. Il y a en plus dans cet épisode une touche féministe (l’héroïne humaine est cette fois une jeune femme, et le film raconte aussi sa réussite dans un univers masculin), comme dans les autres productions de la même réalisatrice, ce qui n’est pas gênant et même plutôt plaisant, ajoutant ainsi un peu de personnalité au film.
"La coccinelle revient" est donc un divertissement familiale et nostalgique, et aussi très attachant grâce à cette bonne vieille coccinelle (mieux vaut oublier les origines de ce modèle, c’est bien moins gai). Une bonne surprise, surtout par rapport à ce qu’on attendait, qui donne envie de revoir les anciens films et de découvrir de prochaines suites…Pas du grand cinéma, mais du cinéma sympa !

Le Transporteur II   (n°19223)
Le : 08/08/2005 à 15:32:21
Critique :
Après avoir été producteur sur le premier "Le transporteur", qui fut une jolie surprise, Luc Besson écrit le scénario de la suite, comme pour "Les rivières pourpres 2". Besson se lâche donc à fond comme il n’oserait pas le faire sur un de ses films, et le fait qu’il ne soit pas réalisateur le soulage de certaines contraintes. Le père Besson peut donc livrer un film con et absolument pas sérieux sans se soucier des critiques, tout en attirant les spectateurs. Un film commercial, donc, mais un peu spécial, puisqu’il s’agit d’une pure série B décomplexée et jouissive, aussi bancale qu’elle est fun ! Besson et son réalisateur se lâchent comme jamais, pour notre plus grand plaisir.

Nous retrouvons donc notre chauffeur Frank (Jason Statham) à Miami (exit la côte d’Azur) dans une mission un peu particulière : conduire un enfant à l’école tous les jours pendant quelques semaines, pour dépanner un ami. Il s’entend bien avec le gosse et la mère (Amber Valetta) et s’y attache. Mais le père de la famille (Matthew Modine) est le responsable de la lutte antidrogue, une raison pour pousser des vilains à kidnapper son fils, malgré les efforts de Frank pour les en empêcher. Mais Frank se fait avoir, et le grand méchant Gianni (Alessandro Gassman) et sa copine (Kate Nauta) lui injecte un virus mortel qui lui laisse quatre heures à vivre. Frank parvient à s’échapper, mais il devra retrouver l’enfant avant que le poison qu’il a dans le sang ne le tue.

Dans un scénario mélangeant du "Man on Fire" et du "New York 1997" (toujours aussi opportuniste, le père Besson), le tout avec une pincée de James Bond (suffit de voir l’affiche), Besson réutilise donc ce personnage de chauffeur qui vit en respectant les règles qu’il s’est imposé. On y retrouve aussi François Berléand dans son rôle de flic tranquille, ici en vacances. Et puis toujours du soleil et de l’exotisme, et de la baston et des cascades, et des belles filles. Mais le tout en plus « fast » ! "Le transporteur 2" joue à fond la carte de la démesure, les scènes d’action étant parfois tellement grosses qu’elles provoquent le rire. Mais quel bonheur d’assister à de bonnes courses poursuites en voiture (bien plus réussies que dans les précédentes productions de Besson) et à des empoignades furieuses et impeccablement chorégraphiées (la baston avec la lance à incendie, c’est fort !), et de jubiler devant des cascades surréalistes et des séquences folles jusqu’au ridicule (l’hélico qui explose juste quand on lui tire dessus, le final avec l’avion, la façon dont Frank décroche la bombe sous sa voiture…). Frank qui évite tranquillement les balles dans un couloir ou qui tente de sauver deux antidotes sur une autoroute, c’est très con, mais qu’est ce que c’est bon ! Dés la première scène, on sait qu’on va bien s’amuser. Laissons tomber la cohérence (les motivations des méchants sont sans intérêt) et la crédibilité (Frank est quasi-invincible, c’est une machine, ce gars !), ici pas de suspense et peu de psychologie. C’est un film 100% Besson dans le fond, et son scénario est très manichéen : machisme facile (l’homme protège la femme, la femme est un boulet, de toutes façons "Le transporteur 2" est un pur film de mecs), sentimentalisme de pacotille, méchant très méchant (après l’allemand Matt Schulze dans le premier "Le transporteur", c’est l’italien Alessandro Gassman qui prend le rôle du méchant, aussi charismatique et fade que le premier), femme fatale (l’insupportable Kate Nauta, dont le talent doit être caché sous une couche de maquillage), belles bagnoles (la voiture de Frank est aussi tunnée que celle de Daniel dans les "Taxi", sauf que ça se voit moins ici, la discrétion étant de mise) et punch-lines débiles à l’ancienne. Allez, un exemple de répliques cons qu’on peut trouver dans le film :
Frank, surprenant le méchant dans son avion :
-« désolé, mais le vol est annulé. »
Le méchant, pointant son arme sur Frank :
-« C’est moi qui suis désolé de vous apprendre que c’est VOUS qui êtes annulé. »

Après son très étonnant "Danny The Dog", Louis Letterier se contente ici de mettre en images les délires de Besson (on est très loin du réalisme de "Danny The Dog"), à coté desquels le premier "Transporteur" passe pour un film de François Ozon ! Si le réalisateur co-réalisait "Le transporteur" avec le chorégraphe chinois Corey Yuen (qui fut aussi réalisateur de seconde équipe sur "Roméo doit mourir", "The One", "X-Men", "L’Arme fatale 4" et "Le baiser mortel du dragon"), il est ici crédité comme réalisateur seul, bien que le chorégraphe-réalisateur (on lui doit une quinzaine de films à Hong-Kong) se soit évidemment chargé des séquences de baston, d’ailleurs techniquement les plus réussies du film. Pour le reste, Letterier s’en sort bien, mais le montage est assez catastrophique (excepté pendant les scènes de bastons), et l’on passe parfois d’une scène à une autre sans aucune transition. Comme quand par exemple, juste après un combat entre Frank et plein de méchants (le morceau de bravoure du film !), on retrouve directement Frank dans une autre pièce en train de pointer son flingue sur le grand méchant et de lui lancer un « Je vais te pulvériser ». Et ce sans aucun plan de transition entre ces deux scènes (on aurait au moins pu voir Frank remonter les escaliers et retrouver la pièce ou se planque le bad guy). Le rythme est rapide et le film est court, un peu trop même. On a l’impression par moment qu’il a été bâclé. Le film n’est pas forcément soigné et certains effets sont même ratés (l’hélico qui explose, l’avion en chute libre…), conférant même à "Le transporteur 2" des allures de nanar de luxe. D’ailleurs, c’est ce qu’est "Le transporteur 2", un nanar bien torché avec un gros budget et qui fait bien marrer.

Si le film possède une certaine classe, c’est grâce au charisme fou de Jason Statham, un acteur sous employé aux USA ("The One", "Ghost of Mars", "Braquage à l’italienne", "Cellular", et un caméo mémorable dans "Collateral") mais mieux estimé en Europe (via son rôle titre de "Le transporteur" et les films de Guy Ritchie, dont le prochain, "Revolver", d’ailleurs produit par Luc Besson). L’acteur portait déjà le premier "Le transporteur" sur ses épaules, et c’est encore le cas ici, ou il a encore plus l’occasion de dévoiler ses talents dans les arts martiaux. Dans ce rôle attachant, il bouffe l’écran du début à la fin, reléguant le reste du casting aux oubliettes, même si on est content de retrouver le sympathique François Berleand, le rare Matthew Modine, le toujours sous employé Keith David (faudrait qu’il refasse un film avec Carpenter), Jason Flemyng (que Statham retrouve après "Arnaques, crimes et botanique", "Snatch" et "Mean Machine") et la jolie Amber Valetta (celle dont était amoureux le gros dans "Hitch").

La bande son du film est bien moins axée Rap & Hip-hop que dans le premier épisode (ici, Cells de The Servant est du plus bel effet), et le thème musical du transporteur est très réussi. On espère d’ailleurs le retrouver dans des suites, car le personnage du Transporteur offre pas mal de possibilités et pourrait même être le héro d’une franchise, une sorte de saga James Bond version série B, B comme Bourrine. La fin de "Le transporteur 2" annonce d’ailleurs une suite, qu’on espère encore plus jubilatoire que ce "Le transporteur 2". Parce que le film de Louis Letterier (qui devrait avoir un bel avenir, si il arrive à un peu s’éloigner de l’emprise de Besson) a beau être truffé de défauts, il n’empêche que pendant 1 :25, le fun l’emporte sur tout le reste. Tout simplement, de l’actioner couillu et nonsensique. "Le transporteur 2" est même le film d’action le plus délirant que j’ai vu depuis un sacré bout de temps (des films comme ça pullulaient dans les années 80). C’est typiquement le genre de film à voir au second degré avec des potes pour se payer une bonne tranche de rire. Je crois même que je préfère la surenchère plus américaine de "Le transporteur 2" (le film a d’ailleurs été tourné aux USA, et l’équipe technique et le casting sont en majorité américains) au premier film (plus français), qui pour le coup parait bien sage…


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