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God save le butin...
En se basant sur l’audacieux cambriolage dont avait été
victime la banque Lloyds de Londres en 1971, BRAQUAGE A
L’ANGLAISE nous raconte une histoire comme seule la réalité sait
en inventer. Dans ce thriller atypique, les voleurs ont dérobé de
l’argent et des bijoux, mais ils ont aussi mis la main sur des
éléments qui ne devaient surtout pas arriver au grand jour…
Lorsque vous éclaboussez la Couronne et que vous déclenchez le
plus grand scandale de la décennie, les services secrets, la police
et même les hommes de l’ombre sont à vos trousses. Ça fait
beaucoup pour des petits braqueurs qui se croyaient chanceux…
C’est en septembre 1971 que des cambrioleurs ont
percé un tunnel qui les a conduits dans les coffres d’une banque
de Baker Street. Ils ont emporté argent et bijoux pour plusieurs
millions de livres sterling. Rien n’a jamais été retrouvé. Personne
n’a été arrêté. L’affaire a fait les gros titres pendant quelques jours,
puis les médias n’en ont plus parlé : le gouvernement avait muselé
la presse. Ce film révèle ce qui était caché dans ces coffres. Cette
histoire parle de meurtre, de corruption, et d’une histoire de sexe
qui remonte jusqu’à la famille royale britannique. Dans cette
histoire, les voleurs étaient sans aucun doute les plus innocents…
God save le butin...
Les années 60 ont vu passer le Flower Power, les
émeutes étudiantes, la révolution verte, le premier atterrissage sur
la Lune, la Beatlemania et le « Swinging London ». Les années 70,
la « Me Decade » comme l’a appelée l’auteur Tom Wolfe, ont vu la
naissance des ordinateurs avec l’invention de la disquette et du
microprocesseur, et l’avènement du disco.
En 1971, l’Angleterre faisait difficilement son deuil des
années 60. Les Anglais luttaient avec leur nouvelle monnaie en
système décimal, pourtant plus simple que l’ancienne ; une
épidémie de grèves menaçait le gouvernement conservateur
d’Edward Heath, et de nouvelles troupes étaient envoyées dans le
nord de l’Irlande où la situation continuait à se détériorer.
Un jour de septembre, les journaux télévisés rapportèrent
une histoire extraordinaire. Un radioamateur nommé Robert
Rowland avait appelé Scotland Yard pour leur expliquer qu’il avait
entendu par hasard sur sa radio le déroulement d’un cambriolage,
quelque part dans un rayon de 15 km autour de Londres. Rowland,
qui habitait à Wimpole Street, avait réglé son appareil sur la
fréquence 27.15 mégacycles à 23 h 00 le samedi 11 septembre
pour tenter de contacter un autre radioamateur en Australie.
Il capta alors une conversation entre ce qui semblait être une
équipe de cambrioleurs et leur guetteur posté sur un toit voisin.
Tout en enregistrant l’échange, Rowland appela la police. Après
avoir écouté son histoire, un officier supérieur décida à 2 h 00 du
matin d’envoyer une camionnette équipée d’un radio détecteur
pour trouver l’origine des transmissions. Malheureusement, les
techniciens des communications étaient en week-end. Le temps
de les rappeler, les conversations au talkie-walkie avaient cessé.
Les recherches s’intensifièrent et la police vérifia 750
banques de Londres, en portant une attention toute particulière sur
les 150 banques qui se trouvaient dans un rayon de 1,5 km autour
de Wimpole Street. Le dimanche après-midi, des policiers
inspectèrent la Lloyd’s Bank au coin de Baker Street et Marylebone
Road. Ils ne trouvèrent aucune trace d’effraction, la porte épaisse
de 40 cm de la chambre forte était intacte et fermée par une
minuterie. Sans le savoir, ils venaient de passer à quelques mètres
des cambrioleurs, qui étaient encore à l’intérieur de la chambre
forte. Ce n’est que le lundi matin, à l’ouverture de la banque, que le cambriolage fut découvert. Le montant du butin dérobé en fit le
plus gros cambriolage de toute l’histoire de l’Angleterre.
Pour réussir cet exploit, les voleurs avaient creusé un
tunnel d’une douzaine de mètres depuis le sous-sol de Le Sac, un
magasin d’articles de cuir qu’ils avaient loué à deux portes de la
banque. Après être passés sous le restaurant Chicken Inn
les cambrioleurs ont percé le sol en béton armé d’un mètre
d’épaisseur de la chambre forte avec une lance thermique.
Considéré à tort comme impénétrable, le sol n’était protégé par
aucun système d’alarme. Huit tonnes de gravats ont été excavés
et déposés dans le magasin, et les voleurs ont disparu en
emportant le contenu de 268 coffres.
Le « cambriolage au talkie-walkie », comme il a été
appelé, ressemblait étrangement à celui élucidé par le légendaire
résident de Baker Street, Sherlock Holmes, dans le roman de Sir
Arthur Conan Doyle « La Ligue des Rouquins ». Toutefois, de
nombreuses questions restaient sans réponse dans cette affaire.
Seuls quatre hommes ont été reconnus coupables de complicité,
la plus grande partie du butin n’a jamais été retrouvée, et le peu
qui a été récupéré par la police n’a jamais été réclamé.
Steven Chasman, producteur de BRAQUAGE A
L’ANGLAISE, commente : « Les gens ne mettent pas que des objets
de valeur dans leurs coffres, bien souvent ils y placent des choses
qu’ils veulent garder secrètes. C’est pour cela que personne n’a
réclamé le contenu des coffres volés : les propriétaires auraient été
obligés d’expliquer d’où venait tout cet argent et tout ces bijoux, ou
pourquoi ils avaient des armes dans leurs coffres.
« Quand on pense à des cambrioleurs de banque, on imagine en
général des criminels armés et brutaux. Je ne dis pas que ceux qui
ont cambriolé la Lloyd’s Bank étaient des anges, mais ils n’ont rien
fait de violent. Nous avons mené beaucoup de recherches pour ce
film, qui a attendu des dizaines d’années d’être porté à l’écran.
Avant nous, personne n’avait jamais réussi à rencontrer les
personnes impliquées dans cette affaire. Selon nos sources, la
moitié de ces gens avaient reçu de nouvelles identités et disparu,
et les autres étaient morts. Après avoir retrouvé certaines de ces personnes, nous avons pu discuter avec elles et utiliser leurs
témoignages pour donner plus d’authenticité au film. Un de ces
gentlemen, un homme charmant qui a maintenant dans les 70 ans,
m’a raconté que comme ils n’étaient pas armés et qu’aucun crime
ou geste violent n’avait été commis, tout s’était bien passé avec la
police. En fait, à cette époque, on parlait aussi beaucoup de
corruption dans les forces de police... »
Steven Chasman poursuit : « Plusieurs membres de
l’équipe de cambrioleurs sont venus visiter le plateau. Nous avons
tenu leurs noms secrets parce qu’ils mènent maintenant une vie
normale, certains sont parents ou même grands-parents. L’un
d’entre eux a même travaillé comme consultant sur le film, mais
cela lui a rappelé tellement de souvenirs qu’il a préféré se retirer
du projet. Cela nous a posé quelques problèmes, mais nous avons
fini par le convaincre de revenir. Grâce à ce que ces gens nous ont
raconté, le film est plus pertinent et plus fidèle à la réalité. Leurs
récits nous ont beaucoup aidés parce que quatre jours après le
cambriolage, les médias ont reçu du gouvernement une
“D-Notice”, une demande exceptionnelle de ne rien publier sur un
sujet pouvant compromettre la sécurité de l’Etat. Si ce n’est pour
mentionner les actes d’accusation, les médias n’ont plus jamais
parlé de cette affaire. C’est assez ironique, parce qu’à chaque fois
que je prends un taxi à Londres ou que je parle à un Londonien
qui a connu cette époque, tous se souviennent encore du
“cambriolage au talkie-walkie”. Ils connaissent tous une
personne, qui connaît une personne, qui connaît une personne
impliquée dans l’affaire. Il y a quelque chose de magique dans
cette histoire, et nous avons essayé de la raconter de la façon la
plus contemporaine qui soit. »
L’emplacement de la banque n’a pas échappé aux
cambrioleurs. Avant de partir, ces derniers ont inscrit sur le mur
intérieur de la chambre forte « A Sherlock Holmes de jouer
maintenant… »
Un australien à Londres
Le réalisateur australien Roger Donaldson raconte :
« C’est Charles Roven qui m’a envoyé le scénario de BRAQUAGE A
L’ANGLAISE. Il avait déjà produit un de mes films en 1990,
CADILLAC MAN, avec Robin Williams et Tim Robbins. J’ai tout de
suite été attiré par le fait que c’était une histoire vraie pleine de
détails intéressants sur le cambriolage de cette banque. Et puis
cela me donnait la possibilité de tourner en Angleterre pour la
première fois depuis LE BOUNTY en 1984. Mon père est né dans
ce pays, j’ai un passeport anglais et mon fils vit à Londres, cela ne
me posait donc aucun problème. Ce qui est fantastique quand vous
tournez en Angleterre, c’est qu’il y a dans ce pays un nombre
incroyable d’excellents acteurs, les castings sont toujours très
intéressants. Pour moi, c’était aussi un avantage parce que le choix
des acteurs était vital pour cette histoire. Les équipes techniques sont aussi très bonnes ; de toutes celles avec qui j’ai travaillé
durant ma carrière, celle de BRAQUAGE A L’ANGLAISE a été l’une
des meilleures. »
Le producteur Charles Roven confie : « J’étais d’autant
plus heureux de travailler à nouveau avec Roger Donaldson qu’il
était le réalisateur parfait pour ce film. Il a touché à tous les
genres durant sa carrière, le thriller, la comédie, le drame, l’action,
et même les histoires vraies comme le récit touchant de la vie de
BURT MUNRO avec Anthony Hopkins. Ce dernier était de ces films
qui mélangent tous les genres parce que c’était une histoire
vraie pleine de suspense et d’humour, avec des personnages
passionnants dans lesquels nous nous retrouvons tous un peu –
exactement comme BRAQUAGE A L’ANGLAISE. »
Roger Donaldson déclare : « Ce film m’a intéressé pour
de nombreuses raisons. J’adore observer comment fonctionne la
société, et ce cambriolage, l’histoire et la politique de cette période
constituaient un ensemble très intéressant à explorer. J’aime
beaucoup faire des recherches, j’ai passé des heures aux archives
nationales à lire les journaux de l’époque qui parlaient de ce
cambriolage. J’ai grandi avec la télévision anglaise, et les Anglais
ont un sens de l’humour très particulier que j’ai toujours adoré. Les
scénaristes du film, Dick Clement et Ian La Frenais, sont connus
pour leur humour anglais alors que ma réputation est plutôt celle
d’un réalisateur de thrillers politiques, certainement à cause de
SENS UNIQUE et TREIZE JOURS. En lisant le scénario, je me suis dit
que le mélange de nos deux styles allait créer quelque chose de
vraiment intéressant. »
Le scénariste Dick Clement se souvient : « Nous vivions
à Londres à cette époque-là. Nous nous souvenions que cette
histoire avait fait les gros titres, mais ce n’est que lorsque nous
avons commencé nos recherches que nous avons découvert
qu’elle avait si vite disparu des premières pages. Les journaux en
ont parlé deux ou trois jours, et puis plus rien. Nous ne savons pas
exactement ce qui s’est réellement passé, beaucoup de choses
n’ont jamais été révélées. Je ne sais pas précisément quelle part
de vérité nous avons réussi à approcher dans le film, mais ce qui
est certain, c’est que nous avons essayé de reconstituer l’histoire
le plus fidèlement possible. »
Le scénariste Ian La Frenais ajoute : « Aujourd’hui, la
plupart des films de cambriolages se déroulent dans une ambiance
très high-tech, les voleurs utilisent des ordinateurs et tout un tas
de gadgets pour neutraliser les systèmes de sécurité.
BRAQUAGE A L’ANGLAISE est différent parce que c’est un casse
“à l’ancienne”. Pour vider la banque, les gars ont creusé un
tunnel avec des pioches et des pelles, découpé le sol en béton de
la chambre forte, et forcé les coffres avec des pieds-de-biche ! »
Dick Clement observe : « Ce qui est fascinant, c’est que
les lieux n’ont pas changé depuis cette époque. La boutique de
Baker Street d’où partait le tunnel et le restaurant sous lequel il
passait sont toujours là ! Le restaurant n’est peut-être plus un
Chicken Inn, mais c’est toujours un fast-food. Rien n’a changé
depuis 35 ans ! »
Steven Chasman note : « Comme Melbourne ressemble
beaucoup aux villes européennes, nous avons pensé pendant un moment tourner le film en Australie. Cela coûte beaucoup plus cher
de tourner en Angleterre, mais c’est un sacrifice que nous avons
fait pour donner au film davantage d’authenticité. La qualité des
acteurs et des techniciens anglais était aussi un paramètre
important. Comme le cambriolage s’est déroulé à Londres, nous
avons naturellement choisi d’y tourner le film. Faire rentrer cette
ville immense dans le cadre de la caméra a été une vraie gageure,
mais cela en valait la peine. C’était une expérience fabuleuse. »
Le chef décorateur Gavin Bocquet commente : « Pour ce
film, nous avions besoin de 60 à 70 lieux de tournage hors studios
à Londres. Comme nous ne disposions pas d’un gros budget, ils
devaient ne pas avoir trop changé depuis les années 70 pour être
utilisables. Cela a été très difficile de les trouver. Nous avons
beaucoup parlé avec Roger Donaldson et Mick Coulter, le directeur
de la photographie, pour savoir ce qui pouvait ou ne pouvait pas
être filmé dans certains décors. »
Le régisseur général Giles Edelston ajoute : « Dans une
des versions de travail du scénario, il y avait quelque chose
comme 76 lieux de tournage, c’est-à-dire deux fois plus que la
normale. L’histoire m’a fait penser à plusieurs endroits que j’avais
utilisés dans le passé. Londres étant un immense chantier
perpétuel, ils n’existent plus aujourd’hui, mais nous en avons
trouvé d’autres comme le Pigalle Club à Piccadilly. C’est toujours
très agréable de tourner dans des décors qui n’ont jamais été
filmés. »
Gavin Bocquet confirme : « C’était un drôle de défi de
trouver tous ces petits morceaux de Londres sortis tout droit des
années 70. Nous avons fait énormément de recherches sur cette
période. Nous avons par exemple récupéré les journaux télévisés
de la BBC qui parlaient de l’affaire et dans lesquels on pouvait voir
la banque deux ou trois jours après le vol. Ces documents nous ont
beaucoup aidés pour la séquence du cambriolage. Comme elle
devait être tournée dans plusieurs endroits différents, Roger
Donaldson tenait absolument à ce que les décors soient les plus
homogènes possible. Nous avons beaucoup discuté de la meilleure
façon de filmer cette séquence, et au final nous avons utilisé un
décor de rue en extérieur à Pinewood, et trois décors en studio à
Ealing dans lesquels se trouvaient le tunnel et le sous-sol de Le
Sac. Le décor de la chambre forte a été construit dans la vieille
mairie de Bethnal Green à partir des images de la BBC et
des photos de la police. Quand on voit le film, on a vraiment
l’impression que la chambre forte, le tunnel et le sous-sol sont des
lieux réels reliés les uns aux autres. Roger les a filmés de façon à
créer une illusion parfaite. »
En dix semaines de tournage, les cinéastes ont posé
leurs caméras dans un grand nombre d’endroits allant des luxueux
appartements de Bayswater aux ateliers de l’East End, des pubs
miteux aux clubs les plus huppés, et des bureaux décorés de
boiseries somptueuses de la Cour Royale de Justice au chantier
naval historique de Chatham. Plusieurs scènes ont aussi été
filmées dans le métro de Londres dans la station fermée
d’Aldwych.
Les cinéastes ont aussi tourné pendant deux jours sur le quai
numéro un de la très fréquentée gare de Paddington avec une
locomotive et des wagons de 1971. L’actrice Saffron Burrows
raconte : « C’était la première fois qu’une équipe de tournage
faisait venir un train dans cette gare. C’était assez extraordinaire
de pouvoir tourner sur un quai de Paddington. Les figurants étaient
habillés comme dans les années 70, certains portaient même des
survêtements et d’horribles bagages orange. Dès qu’une personne
“normale” passait dans le champ de la caméra, tout le monde lui
disait de déguerpir, c’était très amusant ! »
Certaines scènes ont également été tournées en Australie.
Cambrioleurs, mafieux et têtes couronnées
Ian La Frenais explique : « Nous avons dû inventer nos
personnages en nous fondant sur le fait que les personnes ayant
participé de près ou de loin au cambriolage étaient nombreuses et
travaillaient dans des domaines très différents. Ces gars n’étaient
pas de vrais criminels endurcis de la pègre londonienne. La plupart
d’entre eux n’étaient que de petits truands sans envergure,
et pourtant ils ont réussi le cambriolage de banque le plus
extraordinaire de toute l’histoire de l’Angleterre. »
Dick Clement ajoute : « Nos contacts nous ont raconté
que “Terry” faisait du trafic de voitures d’occasion, et que
“Kevin” était un photographe de seconde zone. Bien sûr, ce ne sont
pas leurs vrais noms. La police a aussi rapporté avoir entendu une
voix de femme à la radio, nous avons donc inventé le
personnage de Martine. D’une certaine façon, nous avons comblé
les vides avec les autres personnages, nous avons complètement
inventé Dave, Bambas et le Major, dont l’accent et la classe leur
permettent de louer le magasin. »
Ian La Frenais reprend : « Pour créer Vogel, nous nous
sommes inspirés d’un homme qui a vraiment existé et qui dirigeait
une sorte d’empire du porno. C’était bien avant les DVD et
l’industrie des films porno, et son business se concentrait sur les
magasins de revues cochonnes et les clubs de strip-tease. Quant
à la femme qui dirige le bordel, elle est directement inspirée d’une
personne bien connue aujourd’hui. »
Le leader du Black Power en Angleterre, Michael X,
est un personnage central du film. Le producteur Charles Roven
explique : « Michael X a menacé le gouvernement anglais de
publier des photos compromettantes de la princesse Margaret qu’il
détenait dans son coffre à Baker Street. C’est à ce moment que le
MI5 et le MI6 ont eu l’idée de monter le cambriolage de la banque
pour récupérer les photos et les négatifs. C’est assez incroyable,
mais le but premier de ce cambriolage, c’étaient les photos. Sans
elles, cette histoire n’aurait jamais eu lieu. »
Dick Clement commente : « A l’époque, Michael X était
perçu comme une figure politique. Quelques années auparavant,
l’affaire John Profumo avait secoué le pays et les services secrets
étaient terrorisés à l’idée qu’un nouveau scandale puisse éclater à cause des photos de Michael X. (En 1961, le secrétaire d’Etat à la
guerre anglais John Profumo entretenait une relation avec une
call-girl, Christine Keeler, qui était elle-même liée à Yevgeny
Ivanov, attaché militaire à l’ambassade d’Union Soviétique.
Dévoilée au public, l’affaire provoqua un scandale sans précédent.)
Michael X défendait la cause noire et a beaucoup utilisé en sa
faveur la sympathie en vogue à cette époque pour le mouvement
du Black Power. A côté de ça, c’était aussi un proxénète, un dealer
de drogue, un racketteur et un meurtrier. En fait, c’était plutôt un
sale type. »
Michael X est interprété par Peter De Jersey. L’acteur
raconte : « Michael X était un escroc et un gangster qui rêvait de
devenir un leader pour les Noirs. Toute sa vie, il a construit un
véritable mythe autour de son personnage. Quand il était à
Trinidad, quelqu’un lui a demandé s’il était socialiste. Il a répondu
“Non. Ma politique se situe plus dans la veine de celles de
Napoléon et d’Hitler”. »
Le rôle principal, Terry Leather, est joué par Jason
Statham. Roger Donaldson déclare : « En plus d’être un acteur très
charismatique, Jason a prouvé sa capacité à jouer dans n’importe
quel genre de film. Il a en lui toutes les qualités d’une grande star,
il me rappelle beaucoup Steve McQueen. Il arrive à faire passer
énormément de choses uniquement à travers son regard, quelques
gestes et sa voix magnifique. Tous ces éléments font de lui un
acteur exceptionnel qui ne ressemble à aucun autre. »
Charles Roven note : « Jason était très intéressé par le
rôle de Terry parce qu’il lui permettait de jouer sur plusieurs
registres. Terry sait être dur quand il le faut, mais il sait aussi
utiliser sa tête pour organiser le cambriolage. C’est également un
gars du quartier comme on en croise tous les jours, et un homme
gentil et romantique avec Martine, sa femme et sa famille. Sa
capacité à réunir tous ces aspects conflictuels en un seul et même
personnage nous a montré toute l’étendue de son talent : il est
capable de jouer tout et n’importe quoi. Il est aussi toujours
incroyablement sympathique, dès qu’il apparaît à l’écran on
adhère à son personnage sans même y penser. Il est clair que sans
Jason dans le rôle de Terry, ce film n’aurait jamais vu le jour. Nous
avions absolument besoin de lui pour ce projet, et de son côté il
était ravi à l’idée de jouer dans un film aussi passionnant sous la
direction de Roger Donaldson, qui a réalisé des films magnifiques et a travaillé avec les plus grandes stars. Nous étions donc tous
très heureux de travailler ensemble. »
Jason Statham déclare : « C’était agréable de jouer un
personnage qui ne soit pas un héros de film d’action. Il y avait
moins de cascades : au lieu de dégainer des flingues, je dégainais
des pintes de bière, c’était sympa ! Le film est plus un thriller qu’un
gros film d’action, je ne passe pas mon temps à faire des trucs
dingues accroché à un hélicoptère, mais il y a quand même
quelques scènes assez animées. Quand je retrousse mes
manches, c’est toujours pour de bonnes raisons, il n’y a pas de
violence gratuite. Même les scènes d’action à la fin du film sont
justifiées par la mort d’un de nos amis et la nécessité de nous
sortir d’une situation dangereuse. Je suis sûr que le public va
adorer. »
Martine est interprétée par Saffron Burrows. Roger
Donaldson observe : « Martine était autrefois un mannequin et une
actrice célèbre, Saffron Burrows était donc parfaite pour ce rôle. »
Saffron Burrows raconte : « Martine Love est un personnage qui a
quitté son ancienne vie pour en vivre une autre complètement
différente. Je trouve très belle la relation qu’elle entretient avec
Terry parce qu’elle reste vague, les scénaristes ont volontairement
choisi de ne pas expliciter leur histoire pour lui donner un côté plus
doux et romantique. »
Ian La Frenais se souvient : « Avec Dick Clement, nous
avons rencontré Saffron Burrows à Los Angeles autour d’un thé au
Four Seasons. Très vite, nous avons réalisé qu’avec sa voix, son
attitude et son look elle était parfaitement crédible dans le rôle
d’une femme des années 60. »
Dick Clement ajoute : « Nous avions déjà travaillé avec elle il y a
une quinzaine d’années sur une série qui s’appelait “Full
Stretch” dans laquelle elle tenait son premier rôle parlant. En plus
d’être belle, elle possède un authentique accent londonien,
exactement comme nous l’avions écrit dans le scénario pour le
personnage de Martine. »
Kevin, le photographe et meilleur ami de Terry, est joué
par une star montante du théâtre et du cinéma, Stephen Campbell
Moore. Celui-ci raconte : « Kevin fait partie de la bande de Terry.
Quand ce dernier lui demande de l’aider à cambrioler la banque, il
rapplique immédiatement sans poser de questions. Il fait un peu de
photos de mode et s’imagine être un grand photographe comme
David Bailey, mais il vit surtout en faisant des photos d’identité et
des bricoles dans le même genre. Il a toujours été amoureux de
Martine. Ils ont couché ensemble une nuit où ils avaient trop bu.
Elle l’a quitté dès le lendemain, mais depuis cette époque il ne
cesse de penser qu’il y a encore un “petit quelque chose” entre
elle et lui. Il l’a photographiée il y a des années, et toutes les
photos sont encore accrochées sur ses murs. »
Dave Shilling, un des meilleurs amis de Terry, est
interprété par Daniel Mays. Il raconte : « Dave fait lui aussi partie
de l’équipe qui cambriole la banque. C’est un type sympathique,
une sorte de star du porno à mi-temps. Nous avons d’ailleurs
tourné notre propre “porno” le premier jour de tournage. Ça n’a pas
été évident au départ, mais après cela tout m’a paru facile à
jouer ! Dave travaille aussi comme doublure sur les plateaux de
cinéma. Il est très chic, très citadin, et possède énormément de
bagout. C’était un personnage très amusant à jouer. Il prend un peu
peur quand Terry lui propose de cambrioler la banque. L’enjeu est
tellement énorme qu’il doute de la réussite d’un tel projet, mais il
se laisse convaincre par l’assurance de Terry et finit par se lancer
dans cette aventure qui ne se terminera pas très bien pour lui. »
Lew Vogel, le méchant du film, est joué par David
Suchet, acteur connu dans le monde entier sous les traits du
célèbre détective belge Hercule Poirot, qu’il a interprété plus de
soixante fois depuis 1989. Il explique : « Vogel est un personnage
peu recommandable, un pur produit de l’East End, le quartier le
plus pauvre et le plus dangereux de Londres. Il gagne sa vie en
exploitant les immigrés qui arrivent à Londres tout en dirigeant
l’industrie du porno à Soho. Même s’il peut être charmant, c’est avant tout un homme impitoyable et dangereux dans la lignée des
mafieux londoniens des années 30 et 40.
« J’ai beaucoup aimé travailler avec Roger Donaldson parce qu’il
fait partie de ces réalisateurs qui savent vraiment diriger leurs
acteurs. Il aime notre façon de travailler et de penser, et adore
passer du temps avec nous à créer nos personnages. Il est
toujours là pour nous soutenir et nous aider à sortir ce dont il a
besoin. C’est un réalisateur extraordinaire. »
Londres en 1971
La chef costumière Odile Dicks-Mireaux raconte :
« Nous avons fait beaucoup de recherches pour les costumes, les
maquillages, les coiffures et les décors du film. Quand nous avons
visionné les journaux télévisées de la BBC qui ont parlé du
cambriolage, nous nous sommes rendu compte en observant leurs
costumes que les gens n’étaient pas encore vraiment sortis des
années 60. C’est une chose que j’ai gardée à l’esprit pour créer les
costumes des personnages. Si vous faites attention, vous verrez
qu’ils ont tous le look d’une personne célèbre de cette époque. »
Odile Dicks-Mireaux poursuit : « Je me suis documentée
sur les petits truands de cette époque. Après avoir discuté avec
Jason Statham, nous avons choisi de lui donner un look très Sixties
avec des costumes nets et bien taillés pour coller à la vision qu’il
avait de son personnage.
« Pour Kevin, nous nous sommes inspirés de l’acteur David
Hemmings et du photographe David Bailey. Nous avons pioché un
tas d’idées dans des photos d’eux qui dataient de 1971. Sa coupe
de cheveux rappelle aussi beaucoup celles des Rolling Stones.
« Le look de Danny est inspiré de celui de George Best, un célèbre
footballeur irlandais. Il porte des cravates et des cols de vestes
larges qui contrastent avec la sobriété des costumes de Jason.
« Nous nous sommes inspirés de l’actrice et mannequin anglais
Jean Shrimpton pour Martine, et de Cynthia Lennon pour Wendy
Leather. Wendy reste beaucoup plus Sixties que Martine qui
elle, porte les derniers vêtements à la mode. Le fait qu’elle soit
mannequin était très intéressant parce qu’elle passe son temps à
se déguiser, on ne sait jamais très bien qui elle est. C’était un
élément important à prendre en compte pour sa garde-robe. Je me
suis aussi inspirée de Jane Birkin parce que je trouvais que son
image collait très bien au personnage.
« Ingrid, la jeune femme qui travaille avec Terry, est un mélange de
deux chanteuses anglaises, Cilla Black et Lulu Kennedy-Cairns. »
Odile Dicks-Mireaux ajoute : « La consigne de Roger
Donaldson était de ne pas trop en faire avec les costumes, ils
devaient refléter cette période sans pour autant distraire le
spectateur. Nous nous sommes donc aussi inspirés de la mode
contemporaine qui est actuellement très influencée par les années
60 et 70. Cela nous a permis de choisir des vêtements qui
ressemblent à ceux que nous portons aujourd’hui et qui plairont
certainement au public. »
Le chef décorateur Gavin Bocquet explique : « Roger
Donaldson voulait un style visuel réaliste et cru pour le film, il ne
voulait pas d’une ambiance et d’une lumière légères et estivales.
Nous avons donc utilisé des tons sourds et des couleurs tertiaires
caractéristiques des années 60. Parfois, il y a aussi quelques
teintes plus colorées comme au Chicken Inn, mais en général
toutes les couleurs du film sont très adoucies. »
Pour Odile Dicks-Mireaux, les costumes devaient aussi
servir à recréer l’univers de chaque personnage. Elle précise :
« C’était très varié, il y avait l’univers du club avec toutes les robes
de cocktail, les tenues aguicheuses des entraîneuses et les
smokings, mais aussi celui de la fête chez Andre Deutsch, celui de
Michael X, de Vanessa Redgrave qui était très coloré. Pour que la
narration de l’histoire reste claire, nous avons fait attention à bien
dissocier les personnages et les groupes. J’ai par exemple habillé
les policiers avec des chemises couleur crème, et les agents du
MI5 avec des chemises blanches. La différence est subtile, mais
elle permet aux spectateurs de les distinguer plus facilement. »
Odile Dicks-Mireaux observe : « Comme Martine est un
ancien mannequin, elle change très souvent de look. Il y avait celui
de l’aéroport d’Heathrow, celui pour aller au club, celui du mariage
et celui pour aller chez Andre Deutsch. Nous avons été obligés de
créer plusieurs costumes pour elle, notamment pour le club où elle
porte une splendide robe haute couture qui pourrait très bien avoir
été faite par Lanvin. Elle est très classe dans cette robe, très chic.
Saffron Burrows s’est beaucoup investie dans la création de son
personnage. Elle est par exemple allée voir d’elle-même David
Bailey pour parler avec lui des mannequins de l’époque et lui
demander comment garder un look cohérent pendant tout le film.
Sa grande question était de savoir si elle devait se cantonner à
un style ou en adopter plusieurs. David lui a répondu que son
personnage ayant accès à toutes les fringues des magazines de
mode de l’époque, elle pouvait changer de style à volonté selon les
occasions. Pour le mariage, elle porte un tailleur-pantalon de
velours vert inspiré de Bianca Jagger. En dessous, elle a un très
beau chemisier en mousseline, copie d’un original d’Ossie Clark
qui a été retaillé pour Saffron. Sa tenue à l’aéroport est inspirée
d’une photo de Twiggy à l’aéroport d’Heathrow où elle porte un
pantalon large en lin et un haut assez ample. Dans la scène où elle
va récupérer les perles à la banque, elle était habillée dans un style
très français avec une tenue bleue marine avec de la flanelle
crème, très chic. Comme Saffron a de très belles jambes, nous lui
avons fait porter une jupe courte dans la scène où elle s’assoit
dans sa voiture. Nous avons essayé un tas de choses avec elle ;
dans le film elle est vraiment représentative du style de cette
époque. C’est ce que recherchait Roger Donaldson : d’une certaine
façon elle raconte à travers ses costumes cette période de
transition entre les années 60 et 70. »
Saffron Burrows se souvient : « Odile a eut l’idée de me
faire porter à la fin du film un long et superbe manteau Biba que
ma mère portait quand elle était enceinte de moi en 1972. Cela
m’a beaucoup touchée, c’était vraiment adorable de sa part de
penser à ce genre de chose et d’utiliser un maximum d’habits
riginaux de cette époque. »
Odile Dicks-Mireaux commente : « Nous avons retrouvé
des vêtements de cette époque et nous en avons fait des copies
pour Saffron et les autres rôles féminins. Cela faisait beaucoup d’habits. Retrouver et fabriquer des tenues pour les hommes a été
un peu plus facile. Kevin, Danny, Lew Vogel et Terry ont tous des
styles différents les uns des autres. Pour fabriquer les costumes,
nous avons utilisé de la laine mohair et des tissus d’époque
cela leur donnait plus d’authenticité et les acteurs adoraient
les porter. »
Kirstin Chalmers, la responsable du département
maquillages et coiffures, raconte : « La plupart des acteurs avaient
des coupes de cheveux modernes qui n’allaient pas du tout pour le
film. Beaucoup d’entre eux ont donc été obligés de porter des
perruques, de fausses pattes et même de fausses moustaches.
Tout était dans la coupe. Quand ils étaient bien coiffés et en
costumes, il suffisait de les regarder pour avoir l’impression d’être
revenus au début des années 70. »
Kirstin Chalmers explique : « Pour les maquillages, bien
que le film se déroule en 1971, nous nous sommes inspirés de ce
qui se faisait à la fin des années 60. Les femmes ont de longs cils
et le contour des yeux lourdement souligné à l’eye-liner, mais elles
ont toutes un look bien différent. Martine reste la plus à la mode et
son maquillage ressemble le plus à ce qui se faisait en 1971. C’est
la plus élégante, la plus glamour, elle est vraiment très belle dans
le film. A l’opposé, il y a la mère de Dave Shilling dont le
maquillage est discret et ressemble plus à celui du début ou du
milieu des années 60. Il lui donne un look plus naturel, comme si
elle n’était pas maquillée. »
BRAQUAGE A L’ANGLAISE a été tourné avec les dernières
caméras numériques haute-définition. Kirstin Chalmers note :
« Pour nous, cela représentait un vrai challenge parce que l’image
est plus nette que celle d’une pellicule, on voit beaucoup mieux le
maquillage et les perruques. Il faut redoubler d’efforts pour que
tout ait l’air parfaitement naturel. »
Roger Donaldson ajoute : « C’est mon premier film en
haute définition. C’est une technologie difficile à maîtriser, mais
elle vous permet de voir immédiatement ce que vous avez filmé
comme avec un appareil photo numérique, ce qui est un très grand
avantage. Je suis très heureux d’avoir eu Mick Coulter comme
directeur de la photographie, il a énormément de talent. Il a fait de
très bons films anglais et je crois que comme moi, il a adoré
relever le défi que représentait BRAQUAGE A L’ANGLAISE. »
Le chef décorateur Gavin Bocquet observe : « La haute-définition étant utilisée depuis maintenant une dizaine
d’années, j’avais déjà fait deux ou trois films avec ce procédé. Pour
nous, cela ne change pas grand-chose, il faut juste faire plus
attention aux finitions des décors en arrière-plan parce que la
profondeur de champ est plus grande et l’image beaucoup plus
nette. Cela nous oblige à veiller aux plans moyens et aux plans
éloignés. Autrefois, la qualité d’image des moniteurs de contrôle
était assez mauvaise, et ce n’est qu’en regardant les rushes qu’on
pouvait voir les défauts, mais à ce moment-là il était déjà trop tard
pour corriger quoi que ce soit. Avec la haute-définition, tous les
départements peuvent voir sur le moniteur ce qui est filmé
avec une image d’une netteté incroyable. Le moindre défaut
est détecté et corrigé très rapidement. Pour moi, c’est un avantage
qui l’emporte de loin sur les petits inconvénients de la haute
définition. »
Saffron Burrows conclut : « J’aime beaucoup la
haute-définition, mais en tant qu’actrice je trouve que c’est un
procédé très intimidant. L’image est sans pitié, elle ne se
concentre pas comme le fait l’oeil humain sur un objet en laissant
ce qui est autour dans le flou. La haute-définition ne restitue pas
une image semblable à celle d’un peintre ou d’un photographe,
elle donne une image d’une netteté presque clinique. D’un autre
côté, cette technologie a de nombreux avantages : Roger pouvait
par exemple rentrer chez lui le soir en étant certain que la mise au
point de tous ses plans était parfaite. C’était mon deuxième film en
haute-définition, et comme la première fois, j’ai adoré la vitesse à
laquelle cela nous permet de travailler. »
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