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15 ans et demi


Notes de production

Parties :

- Entretien avec Thomas Sorriaux & François Desagnat
- Entretien avec Daniel Auteuil
affiche du film 15 ans et demi - worldcinemag.com

Entretien avec Thomas Sorriaux & François Desagnat
  Comment le projet est-il né ? François : « Il y a des années, à nos tout débuts, Thomas et moi avions fait un court métrage. Peu après, on nous a proposé de réaliser LA BEUZE. Nous en étions très contents, mais à l’époque nous n’étions pas vraiment dans une dynamique de long métrage. Nous espérions plutôt faire un second court, développer notre travail dans la pub, ou écrire un scénario. Tout est allé très vite et cette proposition a été une révolution pour nous. On a enchaîné avec LES ONZE COMMANDEMENTS, un projet complètement hybride, et ensuite nous nous sommes retrouvés comme à nos débuts, avec l’intention d’écrire enfin et de développer nos projets. Nos envies de films étaient très diverses et souvent très différentes de nos deux premiers films. »
Thomas : « C’est à cette époque que Vincent Ravalec nous a proposé deux textes courts dont il pensait pouvoir tirer des films. Il y avait d’une part « Ma fille a quatorze ans », une chronique assez simple d’un père qui se retrouve obligé de s’occuper de son enfant suite au départ de la mère pour trois mois. L’autre texte, « Papa zéro défaut », était une nouvelle un peu kafkaïenne sur une famille qui oblige le père à aller faire un stage de rééducation dans un centre absurde animé par une sorte de gourou, Jean- Maxence. Les deux textes nous ont beaucoup fait rire. Plus que les péripéties dont notre scénario s’éloigne finalement, le ton drôle, cynique, à la fois un petit peu noir et bon enfant, nous a particulièrement plu. L’histoire de stage nous a vraiment fait rire et nous ne voulions surtout pas nous en priver. Ces sujets sont venus s’ajouter à ceux que nous étions prêts à réaliser. Nous avons alors rencontré Patrice Ledoux qui, parmi tous les projets que nous avions développés, a été tenté par celui-là. »

On retrouve votre sens du décalage dans le film…

François : « Il est évident que nous nous sommes appropriés le sujet, mais nous nous sommes reconnus dans le ton de Ravalec et c’est lui qui nous a inspirés. Tout au long du développement du scénario et de la fabrication du film, nous revenions régulièrement au texte, en y ajoutant ce qui nous plaisait, dont le sens du décalage dont vous parlez... »
Thomas : « Nous avions aussi à l’esprit ces comédies familiales dont on ressort léger, ces films sur la famille qui ont un contenu derrière le rire. »

Pour développer votre intrigue, vous êtes-vous inspirés de ce dont vous avez été témoins autour de vous ?

Thomas : « Nous avons surtout essayé d’étudier l’univers des ados. C’est l’univers sur lequel nous avions le plus de lacunes. Nous pensions être en phase avec les jeunes et nous nous sommes aperçus que nous étions des vieux cons ! Chaque génération a son vocabulaire, ses codes, et nous voulions être réalistes sur ces points. Côté père, notre seule inspiration sera venue de Ravalec. Les deux papas de ses histoires se ressemblaient un peu et lui ressemblaient beaucoup. Il n’a pas été difficile de les fusionner. Au moment de l’écriture, quelques papas d’ados nous ont également donné leur avis spontanément. J’ai le sentiment que nous nous sommes aussi inconsciemment inspirés de la fiction, de personnages emblématiques de la comédie américaine comme Steve Martin dans TREIZE A LA DOUZAINE ou LE PERE DE LA MARIEE. »

On rencontre une grande variété de situations emblématiques dans votre film. Avez-vous fait une espèce de typologie ?

François : « L’idée du stage, de la soirée, de la fugue et du concert étai ent d éjà dans le texte de Vincent. Nous y avons puisé toute une matière que nous avons transformée. Nous avons également ajouté des éléments comme le s SMS, les chats sur MSN et quelques autres coutumes ados… »
Thomas : « Par goût, nous souhaitions à la fois parler aux adultes et aux ados. Naturellement, nous avons sélectionné des situations qui trouvent un écho chez les deux. »

Pourquoi travaillez-vous à deux, et comment fonctionnez-vous ?

François : « Au début, nous avons travaillé à deux par hasard. C’est ensuite que nous avons choisi de continuer. Entre nous, il n’y a pas vraiment de répartition des tâches et même si nous sommes le plus souvent sur la même longueur d’onde, nous discutons beaucoup pour être cohérents vis-à-vis de nos interlocuteurs. Avec le temps, cet accord est plus immédiat. Chacun sait ce qui est important pour l’autre. »
Thomas : « Travailler ensemble permet à nos deux cerveaux de réagir l’un à l’autre. Le brassage d’idées est plus intense, on jongle avec deux univers au lieu d’un. On est deux à porter le film et l’émulation permet de multiplier les idées tout en divisant la pression. Un jour, nous ferons sûrement des films chacun de notre côté, mais nous espérons garder la faculté de collaborer. Au final, c’est plus de liberté. »

Comment vous définiriez-vous l’un par rapport à l’autre ?

François : « Nous partageons un même sens de l’humour mais nous pouvons être très différents sur des points spécifiques et apporter des solutions parfois opposées. S’il faut qualifier, Thomas est peut-être plus précis et je serais plus intuitif, mais ce n’est pas absolu ! »
Thomas : « On se découvre encore. On aura une réponse plus précise au quatrième film ! »

A quel moment avez-vous choisi vos comédiens ?
François : « En écrivant, nous n’avions personne en tête et pour arriver à Daniel Auteuil, le parcours a été à la fois évident et complexe. Il a été notre premier choix, puis, à un moment, nous avons pensé que le père devait être plus jeune – une petite trentaine, en imaginant qu’il aurait eu sa fille très tôt par accident. Nous voulions nous amuser du fait que, malgré un écart générationnel très réduit, un immense fossé existait néanmoins. Et d’ailleurs, la majorité des comédiens à qui nous avons proposé ce rôle l’ont refusé.
Thomas : « Nous sommes alors revenus vers Daniel, un des acteurs que nous préférons. Il n’avait pas fait de comédie depuis longtemps, alors qu’il excelle dans ce genre. Nous avons donc écrit une nouvelle version du scénario en pensant à lui. Il a immédiatement accepté le rôle. Il est bluffant parce que dans chaque composante de son jeu, son incroyable expérience ressort. Il n’a besoin de rien pour exprimer beaucoup. Il dégage toujours quelque chose de très attachant, même quand il joue le pire des salauds. Pour nous, c’était justement la qualité essentielle du père. Daniel est en plus exceptionnel dans le rôle du personnage dépassé. Ce qui est difficile dans ce genre de rôle, c’est qu’il est le moteur comique souvent malgré lui. Daniel a été très généreux. Il s’est jeté à fond dans les scènes burlesques et nous a fait confiance… »

François : « Le personnage d’Eglantine était l’enjeu le plus important de ce casting. Nous n’avions jamais travaillé avec quelqu’un d’aussi jeune et nous étions un peu inquiets. Juliette Lamboley était parmi les premières que nous avons vues. Elle incarnait vraiment l’idée que nous nous faisions du personnage. Bien qu’étant convaincus qu’elle pouvait convenir, nous avons poursuivi le casting sur quatre à cinq mois. Nous avons vu environ six cents ados et cela nous a confortés dans notre impression de Juliette. Le cahier des charges du rôle était lourd. Elle devait être jeune, avoir une vraie capacité de rébellion par rapport à son père et rester à la fois attachante et mature. Elle devait aussi incarner en filigrane le passage de l’état d’adolescente à celui de femme. »
Thomas : « Avec Juliette, notre chance était double. Nous avons bénéficié non seulement de sa personnalité, mais aussi de son expérience. Ses rôles précédents l’ont préparée à ce qu’elle avait à jouer et l’avoir était un vrai luxe pour un rôle de cette importance. Elle a du caractère, une vraie spontanéité, une fraîcheur. Le film est jalonné de scènes entre le père et la fille et nous nous demandions comment elle allait réagir face à Daniel. C’est souvent elle qui porte les scènes. Nous avons tous été bluffés. Elle a un sens du jeu extraordinaire et elle sait parfaitement se placer par rapport à la caméra. »

François : « Pour le rôle de Jean-Maxence, il nous fallait trouver le personnage antagoniste de Philippe. C’est pendant une avant-première d’OSS 117 que j’ai découvert François Damiens. Il n’avait que peu de scènes mais, comme beaucoup de ceux qui l’ont découvert dans ce film, j’ai halluciné. Il est énorme ! J’ai tout de suite demandé à Thomas d’assister à la projection suivante pour avoir son avis. Nous avons été bluffés par son charisme et sa capacité drolatique malgré le peu de réplique qu’il a dans le film. Ce qu’il a apporté au personnage de Jean-Maxence est unique ! »

Thomas : « Nous savions que nous voulions Lionel Abelanski, mais sans écrire un rôle précis à son intention. Nous avons quand même très vite pensé qu’il pourrait être le vieux pote de Philippe et puis en en parlant avec lui, nous avons décidé d’en faire son frère. C’est un comédien chaleureux, avec un humour un peu grinçant, inquiétant et rassurant à la fois, toujours très juste dans le cocktail de sentiments qu’il exprime. Dans le film, c’est un adorable boulet ! »

François : « Pour Julie Ferrier, il s’est passé un truc amusant. Au départ, son personnage était un voisin, inspiré d’un mec super drôle qui tient un restaurant juste en face de nos bureaux. Mais après avoir vu le spectacle de Julie – une révélation - nous avons décidé de transformer ce personnage en femme. Elle a un énorme potentiel comique, elle porte tout un univers et peut se transformer, jouer des caractères différents. Nous étions persuadés qu’elle était débordée par son succès mérité et nous l’avons contactée sans trop d’espoir, mais elle a aimé et tout a été facile. Dans la vie aussi, elle est hyper drôle, c’est une espèce de tourbillon. Sur le plateau, elle est extrêmement précise, et le soir elle peut vous embarquer au magasin de chaussures parce qu’elle a repéré une paire qui irait parfaitement au personnage ! »
Thomas : « Nous tenions au personnage imaginaire avec lequel Daniel converse. Très vite, nous avons imaginé un scientifique et Einstein, grâce à son look immédiatement identifiable, s’est imposé. On a proposé ce rôle à François Berléand en sachant qu’il en ferait quelque chose de vraiment drôle. Il a parfois ce côté un peu bougon ! Travailler avec lui a été un plaisir. Comme Daniel, il a une excellente réputation qui n’est pas usurpée. »

Vous souvenez-vous de la première scène tournée entre Daniel et Juliette ?

Thomas : « Nous avons commencé par une scène qui symbolise une bonne partie de leurs rapports : celle où Eglantine demande à son père la permission d’organiser une fête. Nous n’étions pas inquiets, nous les avions vus fonctionner pendant les lectures et nous savions qu’ils allaient être bien. Leur premier tête-à-tête a été magique. Ils ont tout de suite été dans le ton que nous espérions. »

Comment s’est déroulé le tournage ?

François : « Nous avons tourné sur dix semaines. Même si le rythme était soutenu, nous n’avions pas le choix car Daniel ne disposait que de huit semaines. Avant son arrivée, nous avons commencé le tournage avec les ados, ce qui a donné une ambiance assez drôle, proche de la colonie de vacances. Daniel est arrivé pour tourner les scènes du stage. Et ensuite nous nous sommes installés dans la maison, entièrement redécorée, où plus de la moitié du tournage s’est déroulé. Nous avons terminé le tournage avec la rave qui a été tournée dans le Vexin avec trois cents figurants ensuite multipliés par informatique ! »
Thomas : « Nous avons essayé de faire un tournage à l’image du film, léger et drôle. Un jour, alors que la presse devait venir sur le plateau, nous avions donné comme consigne à l’équipe « tenue correcte exigée ». Nous sommes arrivés en costard et toute l’équipe a suivi. Même les machinos portaient une cravate ! »

Les scènes qui vous ont enthousiasmés à l’écriture sont-elles celles qui vous ont le plus emballés au tournage, ou avez-vous vu surgir des choses imprévues ?

Thomas : « Je me suis souvent posé la question de la corrélation entre l’écriture d’une scène et ce qu’elle donnera à la réalisation. J’ai des surprises tout le temps. Beaucoup de choses surgissent en permanence, d’abord à cause de ce que donnent les comédiens, mais aussi de la lumière, du décor, de l’ambiance. Une scène se découvre à l’écriture, au tournage, au montage, dans le regard des autres… »

D’où viennent ces vignettes délirantes qui émaillent tout le film ?

Thomas : « Quand Vincent Ravalec est venu nous apporter ses textes, il nous a dit qu’il nous les proposait parce qu’il avait vu LA BEUZE, qui avait lui aussi un côté vignette. C’est lui qui nous en a parlé, mais je crois que nous y serions venus naturellement. »
François : « Nous cherchions une cohérence entre toutes ces visions très éclectiques, alors nous avons imaginé le personnage de Daniel comme un cinéphile et ses visions sont autant d’hommages à quelques grands classiques comme LA MAIN AU COLLET, FRANKENSTEIN, BARRY LYNDON, que nous avons joyeusement revisités… »

Vous reste-t-il un souvenir particulier de ce film ?

François : « Je pense à la scène où le père de Juliette refuse qu’elle aille à la rave. Lorsque Juliette argumente, nous lui avions demandé de ne pas être en colère, mais triste et déçue. Elle refusait de pleurer. Elle était sur la retenue. Elle est en gros plan, elle a du mal à parler. Face à Daniel, inflexible dans son rôle, elle parle avec une boule dans la gorge. Et on a vu son regard s’embuer. A la der nière seconde du plan, une lar me a coulé sur sa joue, juste à ce moment magique où elle part. Quand j’ai vu cela, je me suis demandé si je n’avais pas rêvé. C’était un petit miracle, jamais on n’aurait pu l’avoir ainsi même si on l’avait écrit et truqué. C’était un moment simple et fort… »
Thomas : « C’est effectivement un des moments les plus marquants du tournage. Je me souviens aussi de la première fois où nous avons rencontré Daniel Auteuil. Nous étions dans un restaurant des Champs-Elysées, il nous parlait de notre scénario avec précision, il l’avait vraiment lu et y avait bien réfléchi. Je ne pouvais pas m’empêcher de me pincer pour y croire. Nous étions comme des gamins, fous de joie qu’un acteur de son envergure que nous admirons tellement décide de faire un bout de chemin avec nous. En sortant, nous nous sommes dit que nous devions savourer ce moment aussi unique que surréaliste ! »

Qu’aimez-vous le plus ? Ecrire ou réaliser ?

François : « Il y a du bon et du plus difficile à toutes étapes. Pendant l’écriture, on est toujours un peu seul, même si on écrit à deux – au point qu’après on ne sait plus qui a écrit telle ou telle scène. Le tournage n’est pas évident parce qu’on est responsable face à cinquante personnes. Le moment le plus amusant pour moi est celui du montage. Il y a beaucoup moins de pression, les images sont là. On ne peut plus revenir en arrière mais il y a un tel potentiel dans les rushes, on peut faire des versions tellement différentes d’une même scène, qu’il y a de vrais moments de grâce. »
Thomas : « L’écriture apporte de nombreuses satisfactions et pas mal d’angoisses. Les moments les plus forts humainement se produisent sur le tournage. Quand Daniel et François jouent ensemble, que toute l’équipe se marre, que la scène roule, on peut atteindre des moments de kiff ultime. Il y a quelque chose de magique quand tous les gens vont dans le même sens. La plus grande des satisfactions reste cependant l’accueil du public. Le jour de la sortie, si les gens rient, nous serons fiers du travail accompli. Le but de ce film est de faire passer un bon moment au public. »


Entretien avec Daniel Auteuil
  Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à ce projet ?

La première fois que Patrice Ledoux, le producteur, m’a parlé du projet, il m’a dit qu’il s’agissait d’une comédie sur les rapports d’un père et de sa fille, ce qui a tout de suite éveillé mon intérêt. J’ai ensuite rencontré François et Thomas et j’ai beaucoup aimé leur façon d’envisager les choses, mais ce qui a achevé de me convaincre, c’est le scénario. Déjà à l’écrit, il y avait un vrai potentiel, aussi bien en terme de situations que d’émotion. C’était aussi pour moi une façon de retrouver l’esprit de mes comédies de jeune homme, avec une vraie bonne humeur et des sujets dans l’air du temps. Le thème du film est intemporel, éternel, universel, mais vu par des jeunes gens qui font du cinéma comme on le fait aujourd’hui. Ils ont leur rythme, leur ironie, leur tendresse, ils vont plus loin et finalement leur rire dit beaucoup de choses. A leur façon, ils réinventent le genre.

L’histoire n’est pas seulement celle du père. Le point de vue de sa fille existe aussi beaucoup…

C’était l’un des points forts du scénario. C’est effectivement l’histoire du père mais aussi celle de sa fille. Il était donc possible de porter un double regard sur cette histoire, celui des ados qui vont découvrir pourquoi leurs parents angoissent, et celui des parents qui vont se rappeler pourquoi les plus jeunes vivent cela comme une entrave ! L’histoire ne parle pas d’un fossé entre les enfants et les parents, il s’amuse d’un décalage entre les différents points de vue. C’est quelque chose que tout le monde a vécu, ou vivra ! Ce n’est qu’une question de temps.

Pouvez-vous nous présenter votre personnage ?

Philippe Le Tallec est un scientifique internationalement réputé que sa carrière a entraîné jusqu’aux Etats-Unis, loin de sa fille. Jusqu’à présent, il a consacré sa vie à son métier, sa passion. Du coup, il a souvent négligé tout ce qui fait la vraie vie. Au-delà de son côté grand scientifique, il est aussi doté d’une imagination débordante et d’un côté angoissé. Le mélange des deux lui occasionne quelques visions cauchemardesques ! Dès que sa fille a cinq minutes de retard, il se fait des projections aussi épouvantables que drôles ! Il imagine toujours le pire. Finalement, dans son existence, il est assez seul. Son ami le plus proche est sans doute le personnage d’Einstein, avec lequel il lui arrive de converser dans de délirants dialogues imaginaires…

Quel regard portez-vous sur ce rapport père/fille ?

J’ai deux filles dont une a bientôt quinze ans. Alors forcément le personnage me parle, mais le sérieux de cette génération me surprend. Je trouve que les parents imaginent beaucoup plus de bêtises que ce que les enfants font réellement. Evidemment, il y a des exceptions ! Je me retrouve cependant sur le côté décalé, sur l’incompréhension qui peut exister. Je crois que ce qui nous perd, nous adultes, c’est l’évolution des moyens. Pour nous, la notion de liberté n’incluait pas le portable, MSN et tous ces outils extrêmement puissants dont on peut faire le pire ou le meilleur. Nous n’avons jamais expérimenté ce dont nos enfants disposent. Et cette course existe depuis toujours : mes parents n’allaient pas en boîte, nos arrière-grands-parents n’allaient même pas au bal. Tout évolue !
C’est l’histoire du monde. Entre parents et enfants, il y aura toujours une époque d’écart.
Le plus surprenant, le plus étonnant, c’est que bien qu’ayant tous été enfants, à partir du moment où nous devenons parents, c’est comme si on traversait une frontière invisible. Le monde de l’enfance, de l’adolescence est alors de l’autre côté. La responsabilité, la position que nous nous inventons nous rend leur monde totalement hermétique. Ce que je peux m’autoriser à moi de légèrement décalé, je n’aimerais pas que mes enfants le fassent ! Même si j’étais assez gentil, je dois bien avouer que je n’aurais pas aimé m’avoir comme enfant ! Disons que j’étais du genre turbulent, avec toujours une bonne idée pour rire et qu’en plus, j’étais un incorrigible rêveur. Bien sûr, cela m’a servi plus tard, mais je ne le savais pas et mes parents non plus.
Je crois sincèrement que l’omniprésence des parents, leur lourdeur, part d’un très bon sentiment, d’un amour incommensurable et d’une volonté de protéger. Cela n’empêche pas que ce soit archipesant ! Le tout est de trouver la bonne limite, l’équilibre. Mon personnage n’a pas le temps, il se retrouve dans le bain du jour au lendemain alors que sa fille vit une période charnière de sa vie. Il ne sait pas comment s’y prendre. Il se crée une espèce d’attitude de post-ado, et il en devient lourd comme pas permis !

Avez-vous des points communs avec votre personnage ?

A chaque fois je pars du principe que le personnage, c’est moi. C’est plus simple. Je mets un costume, tout en m’accrochant à ma personnalité. Philippe Le Tallec et moi avons énormément de points communs. Le principal est cette projection dramatique que je peux faire sur les événements. J’ai moi aussi des visions angoissées de ce qui peut survenir. J’imagine toujours qu’un bus va débouler et écraser ceux que j’aime ! Après, il y a la vie et il faut s’y frotter !

Comment avez-vous travaillé avec Thomas et François ?

Ils ont un vrai point de vue et les choses se sont faites petit à petit, en douceur. Peu à peu, avec beaucoup de finesse, ils ont amené leur vision. Très vite, j’ai eu confiance et j’ai été à l’aise avec eux. Dès nos premières conversations, j’ai vu que nous allions complètement dans le même sens. Ils ont leur propre personnalité et nous partageons de nombreuses références. Ils se sont nourris de comédies américaines mais ils aiment aussi LES SOUS-DOUES et Claude Zidi. Leur bagage culturel leur permet d’assumer tous leurs délires. Ils sont très forts. Régulièrement, ils ajoutent du second degré dans leurs scènes. Ils aiment avoir plusieurs niveaux de vision et de lecture. Par exemple, je peux jouer une scène sérieuse avec Juliette et derrière, en arrière-plan, il se passe des trucs dingues. J’aime ce côté second plan qui va faire rire. Et en plus, je n’ai rien à faire ! J’aime que la comédie ait ce relief, cette énergie, j’apprécie que l’humour ne naisse pas d’une volonté calculée, mais qu’il surgisse naturellement. Tout à coup, vous vous retrouvez avec de l’émotion au premier plan et du burlesque au second. C’est formidable !

Qu’est-ce qui les rend particuliers ?

Ce film est le troisième que je tourne avec des coréalisateurs. Travailler avec deux réalisateurs est assez confortable parce qu’on est sûr que rien ne sera oublié. Quant à leur façon de diriger, ils y vont doucement mais sûrement. Chaque fois qu’ils font une remarque sur une scène, ils activent mon imaginaire et leur indication est toujours un plus pour la scène.

Comment avez-vous travaillé avec Juliette Lamboley ?

Je ne confonds jamais cinéma et réalité mais ses réactions, son sérieux et son innocence me renvoient à ce que je connais de mes propres enfants. Les ados qui ont une vie privilégiée et heureuse ont conscience du monde dans lequel ils vivent tout en restant ouverts aux autres, curieux, sans égoïsme. En même temps, Dieu merci, ils ne loupent jamais une occasion de rigoler ! Juliette est une comédienne qui promet. Elle donne le sentiment d’être assez sûre d’elle, elle est toujours précise, extrêmement juste et inventive. Elle a toutes les qualités requises pour faire quelque chose de vraiment bien dans ce métier.

Et vos autres partenaires ?

J’ai découvert François Damiens dans une scène de OSS 117. C’est un acteur délirant, très drôle et un peu fragile parce que débutant. Ce qui est beau dans sa fragilité, c’est qu’il a l’inconscience d’oser des choses énormes. J’ai fait ça et je le fais toujours, parce qu’on n’a pas le choix !

Je connaissais Lionel Abelanski pour l’avoir vu souvent au théâtre et au cinéma. J’aime son espèce de naïveté un peu exacerbée alliée à une façon de regarder les événements avec distance et humour. C’est un charmant camarade.
J’aime beaucoup le personnage de Julie Ferrier. Elle lui apporte énormément. Chacune de ses apparitions est géniale. Elle est le chaînon manquant entre l’ado et l’adulte. Dans le film, tous les rôles sont importants, et même si je n’ai pas énormément de scènes avec François Berléand, elles ont été savoureuses. Il campe un Einstein très concret !

Seriez-vous prêt, en tant que père, à faire un stage « Papa zéro défaut » ?
Pas le stage du film, mais un autre apprentissage, pourquoi pas ? Les enfants nous éduquent tous les jours mais il ne faut pas le leur montrer. Ils ne doivent pas savoir que nous sommes toujours en retard d’une réaction. A mon sens, l’autorité, c’est savoir permettre ! Il faut parfois dire non mais le plus difficile, c’est de dire oui. C’est un équilibre savant.

Etiez-vous impatient de jouer certaines scènes ?
Tous les rapports avec la fille s’inscrivaient dans une relation très juste, très sensible et forte. J’avais envie de les jouer. Mais j’attendais aussi tout le reste, tous les décalages, tous les délires imaginés par François et Thomas, tout ce qui fait leur vision et m’a donné envie de travailler avec eux. J’avais également envie de découvrir le résultat sur un écran, parce qu’en les jouant on est tellement impliqué que l’on ne s’amuse pas autant que les spectateurs. Il nous manque toujours le rire de ceux pour qui on travaille, le public.

Vous alternez les genres et les registres comme peu sont capables de le faire. Quelle place a ce film pour vous ?

Ce film est important pour moi. J’aime son énergie, son rythme, son humour, il est bien dans son époque. Il y a eu LA GIFLE, LA BOUM et maintenant, sur la relation fille/père, il y a 15 ANS ET DEMI. Je remarque quand même qu’avec le temps, l’âge des « problèmes » arrive de plus en plus tôt !
François et Thomas ont apporté une vraie fraîcheur et un point de vue qui débouche les horizons. Ça fait du bien. Parents et enfants peuvent aller voir le film ensemble et se trouver joyeusement réunis par tout ce qui les sépare. C’est plutôt pas mal, non ?






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