A bord du Darjeeling Limited
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Notes de production
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The Darjeeling Limited
En quelques films, Wes Anderson s’est imposé comme un cinéaste à part. Décalé, drôle, inventif, observateur d’une humanité dont il sait comme personne tracer le portrait à travers des destins et des situations atypiques, il a le don de mettre en scène des histoires
incroyables dans lesquelles tout le monde se reconnaît pourtant.
L’histoire d’ A BORD DU DARJEELING LIMITED trouve sa source dans trois des thèmes qui lui sont les plus
chers : les trains, l’Inde et la relation entre frères.
Le scénariste et réalisateur avait déjà abordé la nature des liens familiaux dans RUSHMORE en 1999,
LA FAMILLE TENENBAUM en 2002 et dans LA VIE AQUATIQUE en 2005.
Dans A BORD DU DARJEELING LIMITED, trois frères qui ne sont pas parlé depuis un an décident de faire un voyage ensemble pour se retrouver. A bord d’un train qui sillonne les déserts du Rajasthan, les trois frères vont découvrir les merveilles de l’Inde et vivre une aventure à la fois spirituelle et plutôt animée...
Wes Anderson raconte : « J’ai toujours voulu faire un film dans un train parce que j’aime beaucoup l’idée d’un
cadre dramatique constamment en mouvement. Et puis j’ai déjà fait un film dans un bateau, le moment était donc venu de passer au train ! »
Depuis l’invention du cinéma, les trains ont toujours inspiré les cinéastes. En 1895, le film des frères Lumière, L’ARRIVEE DU TRAIN EN GARE DE LA CIOTAT, ne durait même pas une minute mais il avait terrifié les
spectateurs. L’image de la locomotive roulant vers eux
avait provoqué un véritable mouvement de panique et
tout le monde s’était levé en criant pour s’écarter de sa route. En 1903, Edwin S. Porter créait le premier film
narratif avec THE GREAT TRAIN ROBBERY.
On pourrait aussi citer LE MECANO DE LA
« GENERAL » de Buster Keaton. Depuis cette époque, de nombreux films comme LE CRIME DE L’ORIENT-
EXPRESS de Sidney Lumet ou QUATRE GARÇONS DANS LE VENT de Richard Lester ont utilisé les trains.
L’histoire de A BORD DU DARJEELING LIMITED ne se déroule pas dans une vieille locomotive, mais dans un train plus moderne parcourant le gigantesque réseau ferroviaire de l’Inde, une nation encore pauvre mais en pleine expansion, riche de nombreuses cultures, couleurs, spiritualités et étrangetés.
Wes Anderson n’était jamais allé en Inde avant de faire ce film, mais il cultivait depuis longtemps une passion pour ce pays née de la vision de superbes paysages dans quelques-uns de ses films préférés comme LE FLEUVE de Jean Renoir, dont l’histoire se déroule sur les bords du Gange, et ceux pleins d’émotions du cinéaste indien Satyajit Ray. En plus de cette passion, Wes Anderson était très attiré par l’idée de faire un film comique doux-amer dans un univers incroyablement différent du monde occidental.
Après avoir réfléchi aux bases de son histoire, Wes Anderson a contacté ses amis Jason Schwartzman et Roman Coppola pour écrire le scénario avec lui et partir en Inde.
Avant leur départ, les trois hommes ont écrit pendant un moment à Paris. Jason Schwartzman se souvient : « Au risque de frôler le cliché romantique, nous avons commencé par écrire une bonne partie du film le soir dans des cafés français ! Et puis nous sommes partis en Inde en mars 2006. Une fois sur place, nous avons vraiment eu le sentiment d’être au coeur de ce que nous avions écrit. »
Roman Coppola commente : « Nous nous sommes beaucoup inspirés de nos expériences amicales respectives et des voyages que nous avions faits pour écrire les personnages. Nous avons partagé nos histoires. »
De ce travail collectif sont nés les trois frères Whitman. Leur voyage se déroule un an après l’enterrement de leur père. Depuis cet événement, les trois hommes ne se sont plus parlé. Après avoir subi un accident de moto dont il garde encore de nombreuses séquelles et un impressionnant bandage autour de la tête, Francis, l’aîné, décide de réunir ses frères. Il les entraîne dans un voyage qu’il a organisé dans les moindres détails. Il souhaite les amener à l’illumination, ou du moins vers une relation plus complice entre eux...
Peter, le cadet des trois frères, arrive au rendez-vous complètement angoissé à l’idée d’avoir un enfant avec une femme dont il a toujours pensé qu’il allait divorcer. Quant à Jack, le benjamin, il arrive en Inde obsédé par son ex-petite amie qu’il a laissée à Paris, et passe son temps à écouter les messages qu’elle reçoit sur son répondeur dont il connaît le code d’accès.
Ces trois personnages ont, d’une certaine façon, accompagné Wes Anderson, Jason Schwartzman et Roman Coppola au cours de leur périple en Inde et ont été influencés, tant au niveau de l’écriture de leurs caractères que de leurs réjouissantes tribulations, par l’ambiance mystique et bourdonnante du pays.
Wes Anderson raconte : « Il n’existe aucun lieu semblable sur terre. C’est un endroit où les moindres aspects de la vie quotidienne sont radicalement différents des nôtres, et cela a beaucoup influencé le scénario. Même si l’histoire se concentre sur la relation entre les frères Whitman, le train et le voyage à travers ce pays très ancien sont des éléments vraiment essentiels de ce film. »
C’est en s’inspirant du choc des cultures qu’ils ont eux-mêmes vécu durant leur voyage que les trois
scénaristes ont écrit la plupart des gags et
mésaventures du film. Jason Schwartzman explique : « Sur place, là-bas, nous avons eu beaucoup d’idées que nous n’aurions pas pu imaginer ailleurs. Nous avons
vécu des moments fantastiques que nous avons
transposés d’une façon ou d’une autre dans notre
scénario. L’Inde et le train sont devenus des personnages
à part entière. Au début du fi lm, les personnages sont tellement dans leur monde que ces deux éléments ont l’air de n’être qu’une toile de fond, et plus l’histoire avance
plus leur présence devient forte. Les frères font une
véritable rencontre avec l’Inde et plus ils la découvrent, plus ils deviennent proches les uns des autres. »
Roman Coppola ajoute : « Nous espérons tous que
l’ambiance et l’esprit de l’ Inde, dont les frères Whitman
font l’expérience, vont être perceptibles à l’écran et toucher les spectateurs. »
La productrice Lydia Dean Pilcher raconte : « Je savais
que Wes Anderson préparait un fi lm sur un train en
Inde, mais je pensais que c’était un documentaire. J’étais très curieuse d’en savoir plus et quand j’ai lu son
scénario, j’ai été à la fois surprise et touchée. J’ai été
émue par l’histoire de ces trois frères qui ne se sont pas
parlé depuis la mort de leur père. Les rassembler en
Inde, dans un pays complètement étranger, était une
idée vraiment originale. Quand j’ai rencontré Wes, il m’a
expliqué que pour ce fi lm, il souhaitait travailler comme
il ne l’avait jamais fait. Il voulait pouvoir tourner plus
librement, en s’affranchissant des structures souvent très lourdes des studios. Les acteurs allaient s’habiller et se maquiller eux-mêmes pour être dans les mêmes
conditions que leurs personnages. Il voulait absolument qu’ils aient l’air d’être de véritables voyageurs. Sa
perception du projet était passionnante. »
Lydia Dean Pilcher poursuit : « Vouloir tourner en Inde
a été l’une des grandes idées de Wes Anderson. Dès le
début du tournage, nous avons compris à quel point le
mouvement du train et cet environnement fascinant où tout pouvait arriver, tenaient une place capitale dans
la création du fi lm. Wes l’avait pressenti et anticipé. Il
savait parfaitement que ce contexte allait apporter une ambiance et un ton très particuliers au film. »
Roman Coppola explique: « L’idée était de mettre les
personnages dans un train pour leur faire vivre un
voyage complètement chaotique, plein de situations
incroyables et inattendues. »
Bien qu’ayant organisé précisément son tournage, Wes
Anderson est resté ouvert à tous les éléments comiques, esthétiques ou spirituels que l’Inde pouvait lui offrir. Pour Roman Coppola, cette façon de faire a donné une
énergie très caractéristique au fi lm car l’esprit de ce
pays imprègne progressivement le spectateur et lui
donne l’impression de vivre lui-même une véritable
expérience spirituelle.
Trois frères dans un train : Owen Wilson, Jason Schwartzman, Adrian Brody et leurs personnages
Pour incarner les frères Whitman, Wes Anderson a
choisi trois acteurs s’appréciant mutuellement et dont les tempéraments pouvaient se compléter et se valoriser les uns les autres : l’ironique Owen Wilson, le talentueux Adrien Brody et l’émouvant Jason Schwartzman.
Dans le rôle de Francis, le frère aîné, Owen Wilson apparaît à l’écran comme jamais auparavant : fragile, souffrant de nombreuses contusions, s’aidant d’une canne pour marcher, et le visage blessé et recouvert de bandages suite à son accident de moto.
Wes Anderson commente : « L’apparence de Francis est en quelque sorte la clé de ce personnage. L’idée m’est venue après avoir vu un type avec un blouson de
motard et le visage recouvert de bandages à la Basilique Saint Pierre de Rome. Il portait une prothèse sur le côté de sa tête, le tour de ses yeux était tout noir et il déambulait sur la place. On sentait que cet homme avait traversé une épreuve horrible et on ne pouvait s’empêcher de le regarder. C’est de là qu’est venu le personnage de Francis. »
Wes Anderson et Owen Wilson ont commencé à travailler tous les deux au début de leur carrière en écrivant ensemble le scénario de BOTTLE ROCKET, film qui marqua la première réalisation d’Anderson et qui a lancé la carrière de Wilson. Par la suite, les deux hommes ont encore coécrit les scénarios de RUSHMORE et LA FAMILLE TENENBAUM, réalisés par Anderson et dans lesquels Owen Wilson a aussi joué. Récemment, Owen Wilson a retrouvé Wes Anderson pour LA VIE AQUATIQUE, avec Bill Murray, Cate Blanchett, Anjelica Huston, Willem Dafoe et Jeff Goldblum.
Owen Wilson raconte : « J’ai tout de suite aimé cette histoire. Je viens d’une famille de trois garçons et j’y ai retrouvé tout ce que j’ai pu vivre avec mes frères. C’était très drôle et un peu triste aussi. J’ai été très sensible au fardeau que porte Francis, il pense qu’il est le seul à pouvoir faire quelque chose pour maintenir sa famille unie. Francis est profondément marqué par la mort de son père et la disparition de leur mère, Jack sort d’une relation difficile et Peter a des problèmes avec sa femme. Pour Francis, il faut ressouder sa famille de toute urgence. Il pense qu’en emmenant ses frères en Inde, ils trouveront l’aventure et le choc mystique qui les rapprochera, qu’ils le veuillent ou non. »
Bien sûr, les choses ne se passent pas exactement comme Francis l’a planifié. Owen Wilson observe :
« Cette histoire me rappelle ces vacances en famille que nous avons tous subies adolescents et où rien ne se déroulait comme prévu. Alors qu’ils sont censés vivre une expérience spirituelle, ces trois frères ne parviennent pas à oublier les chamailleries qui les éloignent les uns des autres depuis si longtemps. A cause de cela, Francis va faire ce qu’il n’aurait jamais fait
autrement : faire des concessions et tenter de rétablir le dialogue. Francis est le genre de personne qui pense qu’une totale implication est absolument nécessaire pour faire une expérience spirituelle et va donc pousser ses frères à faire des efforts dans ce sens. La spiritualité sous la contrainte donne des résultats désastreux, et Francis va vite s’en apercevoir. Malgré cela, ce voyage sera pour eux une expérience inoubliable. »
Owen Wilson reprend : « Le fait de tourner loin de chez nous, en Inde et à bord d’un train a créé un véritable sentiment de fratrie entre Adrien Brody, Jason Schwartzman et moi. Tourner au coeur d’une culture aussi différente nous a tous beaucoup affectés et nous a aidés à être tous dans le même état d’esprit. Nous sommes restés ensemble durant tout le tournage, quand la caméra s’arrêtait nous ne pouvions pas rentrer chez nous ou nous réfugier dans nos caravanes. On se connaît tous très bien maintenant ! Les gens nouent toujours des liens sur un tournage, mais je crois que sur ce film il s’est passé des choses vraiment très fortes. Etre en Inde a fait de nous une véritable famille. »
Le rival direct de Francis est son frère cadet, Peter, qui au premier abord apparaît comme le plus stable des trois avec sa femme et son futur bébé. Mais comme les autres, Peter se trouve dans une situation difficile et ne veut pas en parler. Pour jouer le mélange de réticence et de fougue qui le caractérise, Wes Anderson a choisi Adrien Brody, talentueux acteur oscarisé et césarisé en 2003 pour sa prestation hors du commun dans le film LE PIANISTE de Roman Polanski. Adrien Brody a aussi été vu dernièrement dans KING KONG de Peter Jackson dans le rôle de l’écrivain Jack Driscoll.
Seul acteur parmi les trois frères à n’avoir jamais travaillé avec Wes Anderson, Adrien Brody a très vite accepté de jouer dans A BORD DU DARJEELING LIMITED. Le comédien explique : « Quand on m’a dit que Wes voulait me rencontrer, j’étais très enthousiaste parce que j’ai toujours été un grand fan de ses films. C’est un homme jeune dont les films reflètent les préoccupations de notre génération. Ces trois frères traversent des épreuves douloureuses mais Wes a choisi de les traiter sur un ton drôle et merveilleusement décalé. Cela montre qu’il existe toujours une façon douce et légère de régler les problèmes ! »
Adrien Brody a particulièrement apprécié le personnage de Peter. Il raconte : « Peter arrive en Inde sans avoir surmonté le chagrin provoqué par la mort de son père. Comme nous tous, Peter est un homme qui cherche des réponses aux multiples interrogations qui l’assaillent. En tant que second enfant, il a toujours été obligé de lutter pour obtenir son indépendance et quand le film débute, il est dans une situation qu’il a toujours voulu éviter. Il rejette complètement ce qui lui arrive et ce voyage lui sert de prétexte pour s’éloigner de ses problèmes. Mais ce qu’il ne réalise pas, c’est que ce voyage va le forcer à se réconcilier avec lui-même et avec ses frères. »
Adrien Brody poursuit : « L’ambiance était très familiale sur le tournage. Il régnait une complicité très forte. Le climat humain était agréable et très stimulant pour nous tous, y compris pour Wes qui était comme le quatrième frère de la bande. Nous étions tous très proches, c’était une atmosphère très inhabituelle. »
Habitué à s’immerger dans la réalité de ses rôles, Adrien Brody s’est senti très à l’aise avec la façon de tourner de Wes Anderson. Il explique : « Tout ce que l’on voit dans le film était réel. Quand on nous voit transis de froid dans une rivière indienne, je peux vous dire que nous n’étions pas en train de jouer la comédie ! Wes voulait nous faire éprouver ce qu’enduraient nos personnages pour que notre interprétation soit plus réaliste. Cela nous a aidés à nous sentir plus proches de nos rôles, nous avons fait le même voyage et les mêmes expériences, c’était une immersion totale. »
Pour Adrien Brody, l’évolution de Peter est dûe autant à la découverte de l’Inde qu’à ses frères. Il précise :
« La vie est très précaire en Inde, c’est un monde à la fois merveilleux et très dur où la mort est une réalité omniprésente. Peter s’est toujours protégé de ces aspects et lorsqu’il arrive en Inde et découvre la vie de ces gens, c’est un véritable choc pour lui, une sorte de nouvel éveil. »
Dans une des scènes les plus poignantes du film, les frères Whitman sont malgré eux les invités d’honneur d’une cérémonie de crémation. Adrien Brody
se souvient :
« Le tournage de cette scène a été un moment très fort. Pour Peter, c’est une expérience très difficile qui au final, fera naître en lui une meilleure appréciation de la vie et l’envie d’y participer plus qu’il ne l’a fait jusqu’ici. »
Pour Adrien Brody, le talent de Wes Anderson pour construire une histoire avec des situations incroyables et complètement absurdes est à l’origine du ton très particulier du film. Le comédien observe : « Wes a une façon très inhabituelle de concevoir la vie. Avec lui, les épreuves que traversent les personnages prennent la forme de scènes comiques et font de ce film une véritable comédie. D’une certaine manière, le sérieux de ces trois frères les rend d’autant plus drôles. »
Cependant, l’interprétation de Peter ne s’est pas toujours résumée à en faire un personnage comique. Adrien Brody raconte : « Dans la scène de la rivière, les indications que me donnait Wes Anderson étaient complètement à l’opposé de ce que j’aurais fait en temps normal. Je devais paraître presque absent, sans émotion visible et parfaitement neutre, un jeu très différent de ce que j’envisageais de faire. Cela rendait la scène plus triste car elle souligne l’incapacité de mon personnage à faire face à la
situation. »
Jack, le plus jeune et peut-être le plus mûr des frères Whitman, est un écrivain qui s’est inspiré de sa famille pour écrire ses romans et ses nouvelles. Depuis les prémices du film, Jason Schwartzman apparaissait comme l’acteur idéal pour incarner ce personnage.
Jason Schwartzman et Wes Anderson ont travaillé ensemble pour la première fois sur RUSHMORE, dans lequel Jason Schwartzman joue Max Fischer.
Acteur et coscénariste du film, Jason Schwartzman confie : « Wes et moi sommes des amis très proches. Il a fait débuter ma carrière et je le verrai toujours comme mon mentor, c’est un homme que j’admire beaucoup. Nous avons beaucoup réfléchi aux personnages et j’étais très intéressé par Jack. Il arbore une belle moustache, ne porte pas de chaussures et reste un grand rêveur. C’est un bon garçon mais il lui reste encore à grandir un peu ! »
En tant que coscénariste, Jason Schwartzman était conscient de l’importance qu’allait prendre le voyage spirituel des frères Whitman au cours du film. Il explique : « Ce genre d’expérience n’est pas toujours très facile à percevoir. C’est comme une personne qui fait un régime, à moins de ne pas la voir durant une longue période, vous ne remarquerez pas forcément qu’elle a perdu du poids. Les étapes ne se jugent pas vraiment au jour le jour. C’est la même chose pour ces trois frères, ils n’ont pas vraiment conscience des changements qui se font en eux au gré de leurs expériences. Ce n’est que vers la fin du film qu’ils se rendent compte du chemin à la fois physique et spirituel qu’ils ont parcouru. »
Pour Jason Schwartzman, la camaraderie qui s’est instaurée entre les trois acteurs a été déterminante pour leur interprétation. Il confie : « On veillait tous les uns sur les autres. Avec Owen et Adrien, nous formions une équipe très soudée, nous nous sommes beaucoup amusés tous les trois, comme de vrais frères. Il faut dire que dans le train il n’y avait aucun endroit où s’isoler, nous étions constamment avec tous les passagers et les chèvres du wagon ! Nous avons passé de grands moments ! »
Jason Schwartzman poursuit : « J’avais déjà travaillé avec Wes Anderson, mais ce film était une expérience complètement différente car il a beaucoup évolué en tant que réalisateur depuis RUSHMORE. De plus, sa façon de concevoir ce nouveau film était complètement inhabituelle. Je crois qu’il est maintenant plus concentré sur son travail et qu’il en sait bien plus qu’il ne veut le montrer. Durant le tournage, j’ai remarqué chez lui une grande capacité à tourner quoi qu’il arrive et à laisser le hasard s’inviter durant les prises. C’est ce qu’il recherchait en allant faire son film dans un train en Inde, et ce fut un tournage riche en surprises ! »
Une mère devenue religieuse et une charmante hôtesse : Anjelica Huston et Amara Karan
A BORD DU DARJEELING LIMITED est aussi interprété par Anjelica Huston, Camilla Rutherford, Irrfan Kahn et Amara Karan.
Irrfan Kahn interprète un villageois indien dont la vie est bouleversée suite à une tragédie impliquant les trois frères. L’acteur a récemment attiré l’attention du public pour ses prestations dans UN NOM POUR UN AUTRE de Mira Nair et UN COEUR INVAINCU de Michael Winterbottom.
Les rôles parmi les plus denses de l’histoire reviennent probablement aux femmes qui viennent compliquer le voyage des trois frères : Anjelica Huston interprète la mère disparue, inattendue et surprenante, et l’actrice anglaise Amara Karan joue une séduisante hôtesse du train. Camilla Rutherford incarne pour sa part Alice, la femme enceinte de Peter.
Anjelica Huston avait déjà travaillé avec Wes Anderson sur LA FAMILLE TENENBAUM et LA VIE AQUATIQUE. Elle raconte : « On murmurait sur le tournage de LA VIE AQUATIQUE que Wes allait faire un film en Inde. J’ai vraiment été très heureuse qu’il me demande d’y participer. C’est toujours un plaisir de travailler avec un artiste aussi original et pourvu d’un regard si atypique sur la vie. Son sérieux et sa persévérance donnent envie aux gens de prendre des risques avec lui et de se
surpasser. »
Le rôle que Wes Anderson a proposé à Anjelica Huston a tout d’abord beaucoup surpris l’actrice. Elle explique :
« Cette femme a laissé derrière elle sa famille pour
devenir une bonne soeur, ce qui constitue un
changement de vie plutôt radical ! Je dois dire que j’adore voir des religieuses au cinéma. J’ai toujours été fan du film AU RISQUE DE SE PERDRE, dans lequel Audrey
Hepburn joue une soeur. Il y a aussi un film de mon père que j’adore, DIEU SEUL LE SAIT, dans lequel Robert Mitchum affronte une religieuse jouée par Deborah Kerr. Vers l’âge de six ans, je voulais même entrer dans les ordres, mais c’est une envie qui m’est vite passée !
Néanmoins, je trouve que ce sont des personnages fantastiques, il y a en elles quelque chose de romantique qui m’a toujours beaucoup touchée. »
Anjelica Huston poursuit : « Mon personnage, Patricia Whitman, n’est pas exactement le genre de nonne qui reste cloîtrée en méditation. Elle relève plus du genre « bonne soeur de choc ». C’est une figure que l’on a peu l’habitude de voir au cinéma, une femme qui a choisi de commencer une nouvelle vie en allant vivre dans l’Himalaya avec des orphelins. Jouer ce rôle a été une sorte d’action de foi. C’était un rôle très différent de ceux que j’ai pu interpréter. Wes a été loin ! J’avais déjà joué des mères avant, mais jamais de cette sorte. Patricia est aussi affective que lunatique,
ce qui représentait un vrai défi en tant qu’actrice. »
Anjelica Huston, qui n’aime pas prendre l’avion, n’était encore jamais venue en Inde. L’actrice confie : « C’est un pays merveilleux, on y voit des choses que l’on ne peut même pas imaginer, certaines sont belles, d’autres violentes ou même sauvages et dérangeantes. Mais ce qui est le plus marquant, c’est qu’en dépit de la pauvreté, les gens font partout preuve d’une compassion bouleversante. J’espère que les spectateurs du film vont tomber amoureux de l’Inde ! C’est un pays absolument splendide et le découvrir a été pour moi une expérience très émouvante. »
Anjelica Huston ajoute : « Tous les films que j’ai faits avec Wes Anderson ont été des expériences vraiment uniques. Wes insuffle un ton et un style très différents à chacun d’entre eux. » Liée aux frères d’une façon très différente, Rita est une hôtesse du train qui vivra une histoire éclair avec Jack. Amara Karan explique : « Rita vit et travaille dans le Darjeeling Limited, le train dans lequel montent les frères Whitman. Elle est très intelligente et possède un grand sang-froid, elle est aussi beaucoup trop maligne pour continuer à vivre cette vie. Quand elle rencontre les frères, je pense qu’elle voit en eux la possibilité de commencer une existence autrement plus
intéressante. »
Amara Karan commente : « Il est assez amusant de constater que si les frères Whitman trouvent l’Inde exotique, Rita les trouve eux-mêmes très exotiques ! Ces jeunes Américains à la fois grotesques, charismatiques et pleins d’énergie attisent beaucoup sa curiosité. »
Amara Karan poursuit : « Je n’étais jamais allée en Inde avant ce film et je voulais comprendre d’où pouvait venir le personnage de Rita et qui elle était. Au début, j’ai pensé qu’elle n’était qu’une figure fantasmatique mais en venant en Inde et en parlant avec les gens, j’ai pu voir que ce pays était riche d’une grande diversité, qu’il changeait et se développait très vite et qu’il était courant d’y rencontrer des personnes comme Rita. J’ai été très impressionnée par l’importance que Wes Anderson a donnée à l’Inde dans son film. Rita était mon premier rôle dans un long métrage et en travaillant aussi étroitement avec tout le monde, j’ai appris énormément de choses. C’était une expérience vraiment magique ! »
A bord du Darjeeling limited : un film sur les rails
Avant même de venir en Inde, Wes Anderson voulait tourner A BORD DU DARJEELING LIMITED dans un véritable train. Bien qu’une telle entreprise soit difficile à réaliser, l’idée était aussi très intéressante au niveau créatif.
La productrice Lydia Dean Pilcher explique : « La plupart du temps, les films qui se déroulent dans un train sont faits en studio. Malgré toutes les discussions que nous avons pu avoir avec lui, Wes était fermement décidé à tourner dans un vrai train, un tournage en studio était pour lui tout simplement incompatible avec sa vision du film. J’avais déjà travaillé en Inde pour le tournage de UN NOM POUR UN AUTRE de Mira Nair. Nous avions filmé une journée dans un train et je savais que le tournage de A BORD DU DARJEELING LIMITED n’allait pas être des plus faciles ! Malgré toutes les difficultés logistiques inhérentes à un tel exercice, Wes n’a jamais
changé d’avis. Nous sommes donc allés dans une région de l’Inde gérée par la Northwestern Railways et
nous leur avons annoncé que nous avions besoin de dix wagons et d’une locomotive que nous allions entièrement redécorer et faire rouler sur leur réseau ferré. C’était la première fois qu’on leur demandait une telle chose. Les démarches ont été longues et fastidieuses, mais nous avons fini par obtenir ce que nous voulions. »
Alors que les cinéastes se battaient encore pour obtenir un train, le chef décorateur Mark Friedberg, qui avait déjà travaillé avec Wes Anderson sur LA VIE AQUATIQUE, commençait à concevoir la décoration intérieure du train, s’inspirant de véritables modèles indiens et de films se déroulant sur les rails.
Mark Friedberg et Wes Anderson ont commencé par faire un voyage au Rajasthan à bord d’un train de Avant même de venir en Inde, Wes Anderson voulait tourner A BORD DU DARJEELING LIMITED dans un véritable train. Bien qu’une telle entreprise soit difficile à réaliser, l’idée était aussi très intéressante au niveau créatif.
La productrice Lydia Dean Pilcher explique : « La plupart du temps, les films qui se déroulent dans un train sont faits en studio. Malgré toutes les discussions que nous avons pu avoir avec lui, Wes était fermement décidé à tourner dans un vrai train, un tournage en studio était pour lui tout simplement incompatible avec sa vision du film. J’avais déjà travaillé en Inde pour le tournage de UN NOM POUR UN AUTRE de Mira Nair. Nous avions filmé une journée dans un train et je savais que le tournage de A BORD DU DARJEELING LIMITED n’allait pas être des plus faciles ! Malgré toutes les difficultés logistiques inhérentes à un tel exercice, Wes n’a jamais
changé d’avis. Nous sommes donc allés dans une région de l’Inde gérée par la Northwestern Railways et
nous leur avons annoncé que nous avions besoin de dix wagons et d’une locomotive que nous allions entièrement redécorer et faire rouler sur leur réseau ferré. C’était la première fois qu’on leur demandait une telle chose. Les démarches ont été longues et fastidieuses, mais nous avons fini par obtenir ce que nous voulions. »
Alors que les cinéastes se battaient encore pour obtenir un train, le chef décorateur Mark Friedberg, qui avait déjà travaillé avec Wes Anderson sur LA VIE AQUATIQUE, commençait à concevoir la décoration intérieure du train, s’inspirant de véritables modèles indiens et de films se déroulant sur les rails.
Mark Friedberg et Wes Anderson ont commencé par faire un voyage au Rajasthan à bord d’un train de touristes pour mieux comprendre cet environnement et étudier l’histoire du réseau ferroviaire indien. Les premiers trains ont circulé en Inde au XIXe siècle ; rapidement, toutes les régions du pays ont été reliées par un vaste réseau ferré. Aujourd’hui, le réseau ferroviaire indien est de loin le plus utilisé du monde et transporte tous les jours pas moins de 15 millions de passagers. Les trains vont des derniers modèles avec cabines modernes et air conditionné aux locomotives à vapeur survivantes d’une autre époque. Entre les deux extrêmes, le pays est parcouru par une multitude d’engins plus ou moins anciens.
Après de nombreuses recherches sur le réseau indien, Mark Friedberg s’est documenté sur les trains ayant parcouru le pays depuis le XIXe siècle. Le chef décorateur explique : « Au final, notre train allie le style de ceux que l’on peut voir en Inde, le luxe d’un train de grande ligne comme l’Orient Express et la modernité des trains de passagers européens. Nous nous sommes aussi inspirés du 20th Century Limited, le célèbre express américain qui a relié New York à Chicago de 1902 à 1967. La décoration du train mélange des motifs du Rajasthan, les couleurs de l’Indian Railways et le style Art Déco ; tout a été fait à la main dans la plus pure tradition indienne. »
Au cours de son travail de création, Mark Friedberg a étroitement travaillé avec le directeur artistique Adam Stockhausen et le concepteur graphique Mark Pollard qui ont aidé à créer les couleurs et les textures du train en utilisant des motifs et des gravures indiennes, et en supervisant les peintres locaux qui ont peint à la main des centaines d’éléphants sur l’extérieur des wagons. Pour finir les décors à temps, plusieurs équipes se sont relayées jour et nuit.
Pour Mark Friedberg, travailler avec les artisans locaux a été une grande source d’inspiration. Le chef décorateur confie : « Travailler en Inde, c’est comme faire un voyage dans le passé. Tout est fait à la main et il n’existe pas deux objets identiques. Tout cela disparaîtra peut-être bientôt et pour moi, c’est un véritable honneur d’avoir été un des derniers témoins de ce monde si merveilleux et tellement humain. Si j’avais dû aménager le même train aux Etats-Unis, il n’aurait jamais eu la même personnalité et la même authenticité. »
Pour le directeur de la photographie Robert Yeoman, le tournage a été un véritable défi. Il raconte : « Tourner dans un train est extrêmement difficile. Nous ne pouvions rien fixer sur le toit et aucun équipement ne pouvait sortir de plus d’un mètre des wagons à cause des poteaux télégraphiques et des arbres qui bordaient la voie. La disposition des lumières était aussi un vrai casse-tête. Une chance pour moi, Wes et Mark ont vite compris mes problèmes et ont fait le maximum pour m’aider. »
Robert Yeoman poursuit : « Nous avons installé la plupart des éclairages directement à l’intérieur du train pour que Wes puisse se déplacer rapidement. Au plafond, des projecteurs kinos et parabeams permettaient de varier l’éclairage, et nous avions des gélatines prédécoupées que nous pouvions placer sur l’encadrement des fenêtres pour permettre de voir défiler le paysage à l’extérieur. Mark Friedberg a aussi conçu le compartiment couchettes où les frères passent la plupart de leur temps avec des murs coulissants pour ne pas gêner la caméra. Un rail a même été fixé au plafond du couloir du train pour faire des travellings dans le convoi sans dolly. »
Robert Yeoman remarque : « Nous avons été tentés d’utiliser des lumières à l’extérieur du train pour donner une impression de mouvement durant les scènes de nuit. Au final, Wes Anderson a préféré éviter ce procédé. Selon lui, le mouvement d’un train donne une énergie à l’image qui ne peut être simulée. Nous n’avons donc brisé cette règle qu’en de très rares occasions. » Une fois le tournage commencé, les difficultés inhérentes au travail dans un train en mouvement se sont multipliées. Durant le tournage, Wes Anderson devait jongler avec les horaires du train, les retards et les imprévus. Lydia Dean Pilcher se souvient : « Wes avait toujours un plan ou une idée. Il pouvait survenir n’importe quoi, il savait toujours quoi faire et ne se laissait jamais abattre, bien au contraire. Même quand nous étions à l’arrêt pour attendre le passage d’un train, il trouvait toujours quelque chose à faire pour le film. Il nous arrivait même parfois, quand nous étions immobilisés pendant un long moment, de mettre un vieux wagon décoré comme les autres sur un camion et de tourner à l’intérieur tout en roulant dans le désert. Quels que soient les problèmes de logistiques, le tournage ne devait jamais s’interrompre. »
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