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Olivier Marchal présente MR 73
Il ne faut pas voir «MR 73» comme une suite à «36», mais peut-être envisager ce film, comme le
troisième volet d’un triptyque qui a débuté avec « Gangsters ». Un triptyque qui aurait pour
thèmes, la solitude, la désespérance et l’errance. Au travers de ces trois films, j’ai voulu rendre
hommage aux flics que j’ai connus. Des flics abandonnés par les leurs, trahis par les instances
supérieures et rongés par un métier qu’ils mettent au-dessus de tout.
«MR 73» est un sujet que j'avais en tête depuis 15 ans. Au-delà de l’intrigue policière, je
souhaitais réaliser un film sur la rédemption et l’oubli comme condition de notre existence.
Pour ce chemin de croix d’un homme ordinaire, J’ai tout de suite pensé à Daniel Auteuil. J’ai écrit
cette histoire pour lui. Il a un côté anti-héros nécessaire au personnage de Schneider. Le profil
même de l’homme dont on ne se méfie pas. La confiance et le travail de Daniel m’ont permis
d’aller plus loin dans l’intensité de jeu. De ce point de vue, le film a été plus dur à faire que
«36». Pendant 12 semaines, Daniel a porté ce rôle sans défaillir, habité par la préoccupation
première de cette aventure, celle de l’émotion. Je savais qu’avec «36» il fallait surprendre. Mon
pari avec «MR 73», c’est de ne pas décevoir !
Entretien avec Olivier Marchal
Après «36 Quai des Orfèvres» est-ce que ce nouveau film est né avec la
peur ? Peur de décevoir, du jugement…
Les plus belles émotions de ma vie sont liées à la naissance de mes 3 filles. La
sortie de «36 Quai des Orfèvres» restera le quatrième évènement de mon
existence, bien plus que mon entrée dans la police. Alors si je ressens une peur
c’est d’abord celle de ne pas décevoir le public et les gens qui m’ont fait
confiance. J’ai mis tout en oeuvre pour faire mieux. Avec «36 Quai des
Orfèvres» il fallait surprendre avec «MR 73» il ne faut pas décevoir.
Comment cette histoire s’est imposée ?
Dans l’euphorie de la sortie de «36 Quai des Orfèvres» j’ai eu besoin de me
réfugier dans l’écriture. J’ai eu beaucoup de propositions. Il a fallu signer un
film vite. Je voulais casser avec l’image du polar, alors je suis parti un peu dans
toutes les directions. J’ai fini par travailler sur un énorme projet qui parlait de
la montée du grand banditisme à Paris pendant l’occupation. C’est un projet
qui me tient toujours à coeur mais à l’époque, j’ai eu l’appréhension de me
trouver à la tête d’un projet de cette ampleur dont le budget était composé
d’un chiffre et de beaucoup de zéro. Je n’étais pas prêt ! En accord avec mes
producteurs, j’ai préféré revenir à une autre échelle. Je leur ai présenté
l’histoire de « MR 73 » que je porte en moi depuis 15 ans et que des évènements
personnels ont fait resurgir. Ils m’ont fait confiance et j’ai pu écrire le film en
trois mois. Pour la première fois je me suis retrouvé seul en communion avec
les personnages de cette histoire.
Ce nouveau film est-il le prolongement d’un même univers qui a
commencé avec «Gangsters», ou l’exploration d’un nouveau monde ?
«MR 73» est le troisième volet d’un triptyque sur la solitude, la désespérance et
l’errance. Une ode à ces lendemains qui ne chanteront plus, à ces vies en suspens.
Trois films sur l’absence de loyauté d’une institution souverainement corrompue
et l’abandon de ceux qui composent sa base. Une dédicace aux flics que j'ai
connus et un hommage à ce fantasme d’une quête de l’absolu que beaucoup
ont. Cette troisième histoire est inspirée d’une affaire qui m’a conduit à
quitter la police. C’est l’affaire qui a fait que je suis devenu athée. Je n’ai plus
jamais été le même après. Je me suis retrouvé désemparé et faible. Grâce à ce
film, je remonte à la surface. La boucle est bouclée !
Comment définiriez-vous «MR 73» : Polar, Tragédie ou Film Noir ?
«MR 73» est un drame. Un film sur la rédemption et l'oubli, seules conditions
d'existence. Mais c’est aussi le dernier chemin de croix d'un policier, une
descente aux enfers, un douloureux cri d’amour... Au final ce sont des dizaines d’histoires que je raconte à travers le personnage de Louis Schneider, interprété
par Daniel AUTEUIL.
C’est un film qui s’inscrit dans des références ?
«MR 73» s’inscrit dans la tradition des films comme «Adieu, ma jolie» de Dick
Richards avec Robert Mitchum qui pour moi est le meilleur Marlowe vu au
cinéma bien au-dessus de Bogart et «The Pledge» de Sean Penn. Chacun peut
y voir une citation discrète mais reconnaissante à Jansen alias Yves Montand
dans le «Cercle Rouge» mais également à «Angel Hear ». Schneider, c’est un
mélange de tous ces flics qui ne tient que sur la culpabilité. Un jour, il a
débordé et depuis il se lève chaque matin avec le besoin de se racheter afin
d’obtenir son passeport pour mourir.
Louis Schneider, a-t-il une similitude avec Léo Vrinks de «36 Quai des
Orfèvres» ou avec Franck Chaïevski de «Gansters» ?
Le point commun entre ces personnages, c’est leur volonté d'accomplir leur
mission et de bien faire leur travail. La « vocation » est un des thèmes récurrents
qu’on trouve derrière les personnages de Chaïevski, Vrinks et Schneider. Ils sont
honnêtes par rapport à leur fonction et sont animés par le même besoin de
vérité. Chavieski est un chien fou, tandis que Vrinks et Schneider tiennent plus
de Bourvil dans le «Cercle Rouge» ou de Claude Brasseur dans la «Guerre des
polices». Autre recoupement entre les personnages de mes films, l’abandon. Ils
sont abandonnés parce qu’ils sont différents. Louis Schneider est différent parce
qu’il est alcoolique. «MR 73» parle de l’impact de ce métier sur ceux qui le font.
Le métier de flic est dangereux parce que les choses nous échappent et que sous
couvert d’un résultat ou d’une mission nous sommes amenés à faire des choses
qu’on ne ferait pas en temps normal et qu’on supporte plus ou moins bien.
Certains y prennent goût, d’autres trouvent ça répugnant. Et puis il y a ceux
comme Schneider qui acceptent mais qui ont besoin d’expédients à côté pour le
faire. En cela Schneider est un mort vivant.
Où se situe l’aventure de ce film ?
Dès l'écriture, il y avait un pari. Il me fallait être honnête et ne pas trahir la
mémoire des victimes que j’évoquais car je m’inspire d’une histoire vraie qui au
final est diluée dans une dramaturgie fictionnelle. Pour le respect de la mémoire
de ces gens-là, il fallait que le film soit une oeuvre à part entière avec toute la
magnificence, la beauté et l’impact que doit avoir chaque séquence. Je ne voulais
pas être dépassé par la volonté de bien faire, mais être sincère. Ma préoccupation
première a été l'émotion. Le fait d’avoir retrouvé cette petite fille jouée par Olivia
Bonamy vingt ans plus tard est un événement tellement extraordinaire que j’ai
eu envie de le partager. Je me suis dit que la vocation de quelqu’un qui fait des
films, c’est aussi de faire participer ce monceau d’émotions qui ont été les miennes
à travers 20 ans d’existence au moment où cette histoire est arrivée et la sortie
du film. Je souhaitais transmettre au public ces moments de vie, en lui disant
que des évènements comme ceux que je raconte existent et que la vie d’un flic ça
peut-être aussi ça !!! Et puis il y a le choix de Daniel Auteuil et de sa confiance qui
font aussi partie de l’aventure. Il fallait l’amener à être meilleur que dans
«36 Quai des Orfèvres». Et ce n’est pas rien.
Pourquoi avez-vous choisi de retravailler avec Daniel Auteuil ?
Parce qu’il est le meilleur acteur de sa génération avec Gérard Depardieu. J’ai
eu la chance d’avoir les deux. Pour «MR 73» c’était l’un ou l’autre, et c’est
Daniel qui a parlé le premier. Ce que j’aime chez Daniel, c’est son côté
anti-héros. Pour un mec comme Schneider il me fallait un type dont on ne
se méfie pas.
Vous disiez que «36 Quai des Orfèvres» c’est la police telle que vous
la fantasmiez. Où est le fantasme dans «MR 73» ?
Dans la quête d’absolu. C’est Schneider qui se donne la mort à la fin pour
rejoindre sa femme. Le repos n’arrive que lorsque la vie s’éteint. «Il faut faire l’amour à la vie pour s’aimer soi-même» chantait Philippe Leotard. Moi la vie,
je ne lui fais plus l’amour depuis longtemps. Je n’aime pas les gens qui font
la vie. Je fais l’amour au cinéma car mes angoisses s’évaporent dès que je suis
sur un plateau de tournage.
Le flingue dans le polar c’est quoi : un symbole ou une figure de style ?
C’est le symbole d’une police révolue. Le Manurhin MR 73 est un revolver
mis en production en 1973 et fabriqué à Mulhouse. Il s'agissait alors du
premier revolver construit en France depuis 1892. Il a été développé pour
répondre à la demande d'un revolver de très haute qualité de la part de la
police et de la gendarmerie, notamment de leurs unités spéciales. C’est ce
qui a remplacé ma première arme, un Smith & Wesson. J’ai pas de rapport
fétichiste aux armes. Je n’ai jamais eu une arme personnelle comme
certains, mais quand on a eu un objet comme celui-là dans les mains, on ne
peut-être que bluffé. Le MR 73 était un revolver compétitif et spectaculaire.
Son design le rend très sensuel. Ses lignes sont très bien étudiées pour ne
pas en faire une arme trop imposante. La violence se décuplant et la criminalité
changeant, aujourd’hui on équipe les policiers de pistolets automatiques
capables de tirer plus de 10 balles contre 6 pour le MR 73. Même si les
époques et les comportements se sont modifiés, la fascination des hommes
pour les flingues reste la même. Identique à celle des pompiers pour le feu.
On le voit sur un plateau de cinéma. Donnez un calibre à un acteur, il va aller
jouer avec une demi-heure. C’est probablement dû aussi au pouvoir que ça
confère. Quand j’ai cessé d’être flic, j’ai dû rendre mon arme. Et bien je me
suis senti à poil. C’était un vide est une angoisse. J’ai dû m’habituer à ne plus
en avoir. Si le MR 73 est le symbole d’une police disparue c’est aussi un symbole
dans la mort de Schneider pour accéder au repos. Et puis le choix d’un titre
pour un film, c’est primordial. Je trouve qu’avec celui-là nous sommes justes
et énigmatiques. Ca claque comme un coup de feu.
Une des caractéristiques du film noir des années 30, c’était le reflet d’un
contexte économique et social. Votre film est-il le constat d’une réalité ?
Il est le reflet d’une époque de barbarie absolue. D’autant plus abjecte que cette
barbarie est à visage humain. Une époque qui n'a jamais était aussi vulgaire,
quotidienne, banalisée. Où l’on troque le pardon des coupables contre la souffrance
des victimes.
Est ce qu’on peut vous définir comme un réaliste ou la formule est un
peu simpliste, réductrice ?
Le cinéma réaliste m’ennuie. «36 Quai des Orfèvres» était réaliste dans le fond
mais pas dans la forme. Je cherche à faire du spectacle tout en partageant mes
émotions. L' Homme ne m'intéresse que quand il est en milieu hostile. Et pour
moi c’est la ville et sa société urbaine qui rendent le mieux cette tension que
je cherche pour évoquer cette époque cruelle. Ce n’est pas être réaliste que de
suivre un homme confronté à des choses extraordinaires. Je ne fais pas de
documentaire. Raconter des choses excessives comme étant les plus ordinaires,
c’est la clef de l’art de la fiction, non ?
Pourquoi Marseille comme scène de votre intrigue ?
L’idée de tourner à Marseille, c’est d’abord une volonté de casser avec l’image
de «36 Quai des Orfèvres» et de Paris, tout en gardant l’aspect grande métropole
avec ses tentacules. Je suis venu quelques fois dans la cité phocéenne. Je
m’y suis senti bien. J’ai besoin de pénétrer un décor et de l’habiter pour pouvoir
y inscrire un univers et me décider par la suite à y tourner. C’est souvent
les décors qui inspirent la mise en scène de mes films. Mon désir ce n’était pas
de filmer Marseille, mais qu’on la ressente d’une façon permanente et insidieuse
comme étant un des ingrédients de cette histoire.
Est ce que vous choisissez vos acteurs en fonction de leur parenté
avec le rôle ?
Je choisis mes acteurs parce que j’ai envie de travailler avec eux. Parce que la
fonction de quelqu’un qui fait des films c’est de mettre en haut de l’affiche des
gens qui le méritent et je pense notamment à ma famille d’acteurs, Guy
Lecluyse, Francis Renaud, Gérald Laroche et Catherine Marchal. Francis, c’est
Patrick Dewaere. C’est une plaie vivante sur laquelle on jetterait des poignées
de sel du matin au soir. Catherine c’est sa mélancolie qui me bouleverse. C’est
aussi une maman, ça n’est pas qu’une actrice, c’est pour cela que je l’aime. Guy
c’est la bonté absolue. Gérald c’est l’humilité. Daniel Auteuil, c’est la reconnaissance
et la fusion entre nous. Gérard Depardieu, c’est un être désarticulé
que la vie a écartelé. Il a laissé des morceaux partout. Cette famille d’acteurs
m’a apporté l’amour et la dévotion qu’ils ont pour ce métier, l’abandon au
personnage et ils m’ont permis de prendre confiance en moi. Mais au-delà de
cette tribu, j’ai toujours fait mes castings avec des personnalités bien plus
qu’avec des acteurs. Le problème des Français c’est qu’ils sont acteurs d’abord
sur leur fiche de paie ! Comme beaucoup de réalisateurs je me suis trouvé
confronté au narcissisme pervers et absolument déplacé de certains acteurs.
Trop peu d’acteurs prennent de risque en France et qu’on ne me dise pas que
c’est parce qu’on ne leur permet pas. C’est faux ! Il faut renouveler le vivier
sinon c’est la mort de notre cinéma. Je n’ai envie de travailler qu’avec ceux qui
le méritent et là, on rejoint le problème de compétence dans la police comme
ailleurs, ceux qui travaillent dans ce pays pour là plupart ne sont pas à leur
place.
Dans cette famille, il y a des nouveaux entrants. On commence avec
Christian Mazzuchini…
Il est entre Iggy Pop, Rod Stewart et Jean-François Balmer. C’est un mélange
de gueules incroyables. C’est pour moi la représentation emblématique du
second rôle comme Robert Dalban l’a incarné. Dans son look, sa dégaine et sa
gueule il véhicule déjà un personnage. Philippe Nahon, indépendamment de
son talent, c’est pour moi un honneur de travailler avec celui qui a joué dans
«Le Doulos» de Melville. Moussa Maaskri, j’ai travaillé avec lui en tant qu’acteur.
J’aime son comportement sur un plateau et il a un physique qui existe à
l’écran. Olivia Bonamy, elle est jolie sans la sophistication. Elle a une puissance
de jeu et une émotion qui sont vraisemblables sans être artificielles.
Au regard de vos personnages, votre cinéma n’est-il un cinéma de
l’errance, une quête pour s’accepter ?
Ces personnages qui se cherchent et qui ne se trouvent jamais, c’est un peu
mon cas. Il y a un peu de moi dans tous ceux que je filme, dans la violence de
Kovalski comme dans la mélancolie de Marie Angeli. Je suis un peu comme
Schneider, le travail est pour moi la seule manière d’avancer dans la vie, la seule
façon de m’en sortir. Faire un film, c’est accompagner d’anciennes souffrances
en de nouvelles douleurs. Aujourd’hui c’est le cinéma qui me tient la tête hors
de l’eau. Je suis un pessimiste joyeux !
Entretien avec Daniel Auteuil
Comment introduiriez-vous Louis Schneider, votre personnage ?
C’est un bon flic. Mauvais mari, il n’a pas eu le temps d’être bon père. C’est un
survivant.
Après «36 Quai des Orfèvres» vous aviez fait une demande ou exprimé
un désir de retravailler avec Olivier Marchal ?
Nous n’avons pas cessé de nous parler durant cet entre deux. Nous savions que
l’histoire devait se poursuivre car nous avions, lui et moi, des choses à explorer.
Quelle a été votre première émotion ?
La première émotion, c’est d’avoir le scénario entre les mains. C’est toujours
un cadeau auquel on ne se fait pas. Le temps, l’expérience, le succès toutes ces
choses formidables quand la vie et ce métier vous sourient, n’altèrent jamais
pour un acteur la joie de découvrir un nouveau rôle, une nouvelle aventure,
une nouvelle histoire.
A quel moment est venue la représentation extérieure de Schneider ?
Chacun a sa façon de travailler. La mienne est très axée sur l’imaginaire et sur
le rêve. Très tôt j’avais projeté une idée de cette silhouette. J’ai par exemple
proposé à Olivier l’idée des lunettes. Une façon de mettre une légère opacité
entre le personnage et les autres. Elles cachent les nuits sans sommeil et les
larmes secrètes de Schneider. Mais encore une fois, quand on est en présence
d’un bon scénario tout est inscrit sur la partition.
Lors de la lecture du scénario avez-vous ressenti une peur ou une
angoisse particulière ? Celle notamment de jouer le déclin d’un personnage
et de rendre crédible ce naufrage ?
Je n’ai jamais peur. Je peux avoir des inquiétudes sur l’avenir et de quoi il sera fait,
mais les seules choses qui m’effraient sont celles sorties de mon imagination.
Je n’appréhende pas un scénario, un film encore moins. Être sur un
plateau avec une équipe n’est pas une menace paralysante. Ce sont pour moi
les lieux les plus sécurisants. Tout a été contrôlé, préparé pendant des mois.
J’ai un confort absolu. Je n’ai plus qu’à me glisser le plus langoureusement
possible dans le plaisir de jouer la comédie. Et puis si Olivier est réalisateur, il
n’en est pas moins acteur. Du coup quand il écrit tout est testé. Tout est jouable.
Tout est consommable.
Louis Schneider, a-t-il une similitude, un lien de parenté avec Léo
Vrinks, votre personnage dans «36 Quai des Orfèvres» ?
Ils ont le même âge, la même profession sauf que Léo Vrinks avait des raisons
d’espérer et que Louis Schneider n’en a aucune. C’est un personnage de tragédie. Une image floue. Une présence fantomatique qui est accentuée par le
travail de mise en scène, de lumière et de cadrage. La force de ce personnage,
c’est qu’il a déjà été habité et hanté puisqu’il vient d’Olivier, de son expérience
durant laquelle il a été touché par la détresse des gens qu’il a croisés.
Schneider comme Vrinks dans «36 Quai des Orfèvres» ou les personnages de
«Gangsters» sont des tentatives d’Olivier pour Être dans la vie. C’est une façon
d’expulser ses propres fantômes. Plus il les chasse, plus il pourra aller vers
d’autres films. Il ne fait que débuter dans le métier de metteur en scène.
Acteurs, nous sommes tous très chargés de l’univers d’Olivier MARCHAL.
C’est en ce sens qu’il est un vrai auteur. Il nous restitue un vécu et un parcours
avec une vraie profondeur.
Schneider s’est abandonné à l’alcool. Qu’est ce qu’il y a derrière cette
dépendance ?
Une façon de déposer le fardeau de sa pensée, un anesthésiant contre sa douleur.
Une manière de rester en vie.
La motivation à jouer un truand ou un flic est-elle la même ?
Les deux doivent toujours sauver leur peau. Ce sont des hommes qui ont les
mêmes préoccupations de survie. Ce qui change c’est la morale.
N’y a-t-il que le polar qui donne cette densité au jeu de l’acteur ?
Cette densité entre la violence et l’émotion vient de la vie. Ensuite elle se
replace dans le cinéma qui n’est que du rêve.
Un homme rongé par les doutes et les tourments des comportements
humains, c’est le profil des personnages qui nous rappelle ceux que
vous avez incarné dans « Quelques jours avec moi » ou dans « Un coeur
en hiver ». Cette incommunicabilité qui semble se dégager de vous, c’est
le fantasme des réalisateurs ou c’est un trait de votre personnalité ?
Les personnages détenteurs d’un secret sont intéressants à jouer car chacun
peut y projeter ses propres fantasmes.
Refus du spectaculaire, sobriété et rigueur, le cinéma d’Olivier
Marchal n’évoque t-il pas une certaine tradition du cinéma français ?
C’est un film puissamment classique dans la teneur des comportements
psychologiques. Néanmoins la notion de spectacle reste très présente.
En quoi Olivier Marchal est-il moderne ?
Il n’y a rien de plus moderne que le classique. Regardez un film de MELVILLE ou
de SAUTET, il y a dans la façon de filmer et de montrer les gens une intemporalité.
Plus les années passent moins on est confronté à un choc de mode. La force
de ses films, c’est qu’ils ne sont pas des films à la mode.
Claude Sautet était considéré par les acteurs comme un montreur de
chemin. Olivier Marchal, s’inscrit-il dans cette démarche ?
Il a lui aussi sa façon d’aborder son métier de manière artisanale. Jour après
jour il essaye d’arracher à la vie ce qui fait le sel d’une séquence, d’un film.
Quelque chose qu’on n’a pas encore vu ailleurs et qu’on verra après.
Le travail d’un artisan se construit aussi sur l’amélioration. De quelle
manière Olivier Marchal a perfectionné son approche de metteur en
scène ?
En prenant le risque de simplifier, d’être moins réaliste, en ayant davantage
confiance en son propre univers et en la manière de présenter son point de vue.
On dit que les meilleurs moments d’un acteur c’est quand il n’a plus
de maîtrise. Ce sont les erreurs, les hésitations. Les moments où il
perd le contrôle. Est ce que la direction d’acteur c’est pousser l’acteur
à s’abandonner ?
Oui. L’art du cinéma consiste à montrer. A partir du moment où le metteur en
scène se place bien, il n’a plus qu’à demander à ses acteurs de s’inscrire dans ce
cadre avec un rythme donné. Puisqu’il est aussi acteur, Olivier mime les scènes.
Cela pourrait être un danger. Moi, ça ne me dérange pas d’être dans une forme
de reproduction. Surtout qu’il montre bien. Les acteurs sont des éponges. Où
trouver au plus près et au mieux la réalité du personnage si ce n’est chez celui de
qui ça vient ! Et puis je me suis fait sa tête donc il y a comme une continuité entre
moi et ce personnage qu’il a écrit et qu’il aurait pu jouer. Je prolonge l’expérience.
Qu’est - ce que vous partagez avec Olivier Marchal ? La même
blessure, la même charge émotionnelle, la même appréhension du
métier ?
Le même plaisir et la même fierté. J’ai toujours désiré faire ce métier, chez lui ça
a été plus long à se réaliser. Au final, on se retrouve avec le même enthousiasme
de faire les choses. Il y a aussi entre nous une confiance réciproque. Chacun avec
ses doutes tente d’avancer et de les exprimer. Celui qui sent que l’autre a le plus
raison s’efface. Ce n’est pas une façon de « céder » mais bien de «s’aider».
La violence est présente dans le film. Elle est d’ailleurs parfois plus
dans les silences que dans les actes. C’est difficile à jouer la violence ?
On ne peut pas la jouer, il faut l’avoir en soi. Et si possible l’avoir maîtrisée.
Elle existe cette violence chez Olivier Marchal ?
Elle est là tout le temps. Dans ses moments de joie, de colère, d’exaltation.
C’est un homme violent… aussi, mais il est tellement plus que ça !
Les hommes et les femmes forment de drôles de couples dans les
films de Olivier Marchal. Les hommes sans les femmes seraient-ils
perdus ?
C’est la faiblesse des hommes qui perd les hommes. Ce ne sont pas les femmes.
Quels sont les rapports entre Schneider et Matéo ?
C’est une relation d’amitié et de respect. Une vision commune du monde. Ce
sont deux types de la même génération qui ont les mêmes méthodes. Deux
bons flics avec leurs excès mais qui avaient des règles. Matéo va tenter de
maintenir la tête de Schneider hors de l’eau. Mais il y a un moment où l’on ne
peut plus rien pour personne.
Kovalski pour Schneider, c’est l’ennemi juré ?
Non. C’est le mépris juré !
Tous les personnages du Cinéma d’Olivier Marchal n’ont-ils pas l’errance
comme point commun?
Il n’y a pas d’errance. Ce qui les réunit, c’est leur détermination. Ce sont des
personnages qui essayent de vivre et de s’en sortir à leur façon. Ils n’acceptent
pas ce que la vie ou la société leur imposent. Ils refusent de se résigner. En cela
ce sont des personnages honnêtes et convenables.
Claude Sautet disait que «Ce sont les contraintes qui rendent une aventure
excitante, pleine d’inconnues». Où se situe l’aventure sur ce film ?
D’être toujours à la hauteur de ce que l’auteur a imaginé. Quant à la contrainte,
c’est de passer au-dessus de ce que l’auteur a imaginé et s’approprier son
invention. C’est cela l’enjeu, lui restituer ce qui vient de moi.
Déjà deux films avec Olivier Marchal. Qui est-il : un chef de troupe, de
tribu ou de famille ?
C’est un metteur en scène. C’est donc tout cela à la fois avec en plus une ambition
artistique audacieuse.
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