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Paris


Notes de production

Parties :

- Cédric Klapisch
- Juliette Binoche
- Romain Duris
affiche du film Paris - worldcinemag.com

Cédric Klapisch
  Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de PARIS ?
Récemment, j’ai beaucoup filmé à l’étranger : à Londres, à St- Petersbourg, à Barcelone... J’ai eu envie de revenir chez moi, de parler de ma ville. D’autre part, il y a toujours eu beaucoup de Paris dans mes autres films (RIENS DU TOUT, CHACUN CHERCHE SON CHAT, PEUT-ÊTRE etc...), mais jamais frontalement. J’avais l’impression d’avoir tourné autour du pot et là, j’ai senti que c’était le bon moment...

C’était aussi en réaction à la vision négative qu’on peut avoir de la ville ?
C’est vrai que l’on traîne une vision négative de Paris et des parisiens. On a très vite une connotation snob, prétentieuse, bourgeoise ou désagréable avec en plus le côté râleur qui n’est pas faux. Il y a un côté «jamais content» chez les parisiens. C’est aussi une spécificité française : le héros français à la Gabin ou à la Delon, ou même les personnages de Céline, Léo Malet ou de Tardi. Chez eux, le parisien tire la gueule, a du vague à l’âme, il n’est pas dupe et il est révolté... Il y a aussi quelque chose de beau et d’assez sain dans cette attitude. Paris c’est une ville de spleen. Il y a une mélancolie qui, bizarrement, est du côté de la vie, de la réaction et non de la résignation. Les grandes heures de Paris c’est la Révolution de 1789, la Commune, la Libération, Mai 68... Paris est connu pour ses moments de colères saines.
J’ai aussi beaucoup entendu : «Paris n’est plus dans le coup» ou «Paris est une ville morte», et je trouve que ce n’est pas vrai. Après l’épisode des J.O. à Londres, il y a eu toute une série de signes qui tendait à montrer que Paris n’était plus aussi branché ou plus aussi «capitale». En réaction, j’ai voulu parler de Paris aujourd’hui, dans une époque peut-être plus banale. J’avais même pensé donner le sous-titre «Portrait éphémère d’une ville éternelle».

Est-ce que c’est encore facile de filmer Paris pour vous qui l’avez beaucoup fait ?
J’ai l’impression que chez Willy Ronis, Robert Doisneau, Cartier- Bresson, Depardon ou William Klein, plus ils ont photographié Paris, mieux ils l’ont photographié. Il y a ainsi un travail d’artisan dans le cinéma, la répétition du même geste apporte quelque chose et il y a quelque chose d’inépuisable dans Paris. Donc je ne m’épuise pas. Je crois que c’est justement parce que j’ai beaucoup filmé Paris que je commence à peine à savoir comment faire.

De plus dans CHACUN CHERCHE SON CHAT, vous avez filmé Paris en destruction et là vous l’avez filmé en construction...
C’était un des points de départ de l’écriture du scénario. La phrase de Baudelaire réagissant au délire constructif d’Haussmann : «La forme d’une ville change plus vite hélas que le coeur d’un mortel».

Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville
Change plus vite, hélas ! Que le coeur d’un mortel) [...]
Paris change ! Mais rien dans ma mélancolie
N’a bougé ! Palais neufs, échafaudages, blocs,
Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.
Le Cygne. Les Fleurs du Mal, 1861.

À l’époque de CHACUN CHERCHE SON CHAT, j’ai filmé la rénovation du quartier de la Bastille, mais ce n’était pas par nostalgie que je filmais la destruction d’un «vieux Paris». Ce n’était pas non plus pour dénoncer ou faire la pub de ce nouveau Paris plus moderne, plus bourgeois, plus branché... J’essayais simplement de montrer que ce n’était pas forcément l’un contre l’autre mais que les deux coexistaient, et c’est précisément cette juxtaposition-là qui donne sa richesse à la ville. Comme dit Roland Verneuil (le personnage de Fabrice Luchini) : «une ville ancienne ne se définit pas par sa façon d’opposer ses vestiges et sa modernité». Paris aujourd’hui ce n’est ni Le Louvre ni le musée du quai Branly, c’est l’association des deux... J’aime cette association, le fait que Paris est un trait d’union entre son histoire et une avant-garde.
Aujourd’hui, le quartier du Marais est un mélange entre l’architecture classique du 17ème siècle, le quartier gay, le quartier juif, un bout de quartier chinois et un haut lieu de la mode avec des boutiques de stylistes prestigieux... Son identité est liée à ces strates successives... que ce soit dans le conflit ou dans le mariage, il y a des juxtapositions qui engendrent de la vitalité. C’est ce métissage des époques et des communautés qui fabrique Paris.

Comment résumeriez-vous PARIS, le film ?
C’est l’histoire d’un parisien qui est malade et qui se demande si il va mourir. Son état lui donne un regard neuf et différent sur tous les gens qu’il croise. Le fait d’envisager la mort met en valeur la vie, la vie des autres et celle de la ville toute entière. Paris, à l’image d’un plan de métro, c’est tout un réseau de croisements... Pour pouvoir faire un portrait de Paris, il faut que ça aille dans tous les sens, il ne faut pas que ce soit linéaire. Il faut respecter la complexité de la ville. C’est aussi cette forme éclatée qui met en valeur le foisonnement, le côté vivant de Paris.

Parlez-nous de tous les personnages qui se croisent dans PARIS... Il y a beaucoup de gens différents, des univers qui ne connectent pas, des classes sociales qui ne se rencontrent pas mais il y a aussi de la fraternité.
Il est en effet beaucoup question de fratrie.
Le frère et la soeur, Juliette Binoche / Romain Duris : elle est assistante sociale et s’occupe de problèmes collectifs, il est danseur et s’occupe de son corps...
Les deux soeurs du 16ème, Audrey Marnay / Annelise Hesme : elles travaillent dans la mode et vivent à Paris avec facilité et insouciance.
Les deux frères Verneuil, Fabrice Luchini / François Cluzet : Philippe (Cluzet) est architecte et construit la faculté de Biologie Denis Diderot dans la ZAC rive gauche et l’autre, Roland (Luchini) est historien spécialisé sur Paris.
Des groupes de gens plus ou moins soudés : les maraîchers qui naviguent entre Rungis et Ménilmontant... (Albert Dupontel, Zinedine Soualem, Julie Ferrier, Gilles Lellouche, Emmanuel Quattra...)
Et il y a aussi des êtres plus isolés : la boulangère (Karin Viard qui tente désespérément de trouver une jeune employée), Benoît le Camerounais qui traverse l’Afrique pour rejoindre Paris, Laetitia la jeune étudiante.
J’essaie de montrer comment il y a toujours de la complicité dans un endroit où il n’y a que du contraste et de la ségrégation. Malgré les solitudes, il existe encore des solidarités ou juste des croisements... Un film, c’est souvent le récit d’un seul itinéraire. Ici, on suit plusieurs individus donc plusieurs chemins. Dans ce film, les parcours individuels fabriquent des émotions collectives. Par le biais du montage, les problèmes des uns nourrissent les problèmes des autres. C’était d’ailleurs toute la complexité de ce film depuis le début de l’écriture : comment arriver à faire une histoire à partir de toutes ces histoires éclatées.

La présence de Fabrice Luchini et Karin Viard dans PARIS fait écho à votre premier long métrage, RIENS DU TOUT, autre film où se croisaient beaucoup de personnages...
Dans PARIS, il y a un écho à tous mes précédents films. J’ai eu envie qu’il y ait une référence aux choses que j’avais déjà abordées précédemment. C’est vrai que retrouver Fabrice Luchini et Karin Viard, cela fait référence à RIENS DU TOUT. D’ailleurs, je reviens à une narration assez éclatée car, comme dans RIENS DU TOUT, il y a plus de dix personnages qui sont les narrateurs. Pourtant après RIENS DU TOUT, je m’étais dit que je ne recommencerai pas, tellement c’était difficile, mais bon... il faut croire que c’était plus fort que moi !

Dans PARIS il y a aussi beaucoup d’acteurs avec qui vous n’aviez jamais travaillé - Juliette Binoche, François Cluzet, Mélanie Laurent, Gilles Lellouche, Albert Dupontel... - et qui plus est des acteurs connus. C’est inhabituel dans votre cinéma...
En fait dans mes films il y a toujours eu des gens qui reviennent (Zinedine Soualem, Romain Duris, Vincent Elbaz...) mais aussi et surtout beaucoup de nouveaux acteurs. J’aime découvrir à chaque film des nouvelles têtes. Dans PARIS, il me semblait évident qu’il fallait mettre en scène la diversité. Il y a donc beaucoup d’acteurs et... oui, c’est vrai, beaucoup d’acteurs plutôt connus...
Quand je me suis dit que j’allais appeler le film PARIS, j’ai eu conscience qu’il fallait ressembler à la ville, c’est à dire alterner le banal et le monumental... Montrer la réalité neutre de certaines rues, mais aussi le côté grandiose et spectaculaire de certains lieux ou monuments. Traverser la Seine ou passer devant la Tour Eiffel reste toujours un moment particulier pour un parisien. Ça a beau être un cliché, c’est aussi un élément quotidien de notre paysage et ça ne pourra jamais rester complètement banal... Il ne fallait pas s’empêcher de montrer ça aussi.
Pour les acteurs finalement c’est un peu la même chose. Il fallait des gens anonymes et des monuments de cinéma. En travaillant avec des acteurs comme Romain Duris, Juliette Binoche, Fabrice Luchini, Albert Dupontel, François Cluzet, Julie Ferrier, Gilles Lelouche, Mélanie Laurent, Zinedine Soualem... On n’est pas dans le banal, on est dans l’exceptionnel, dans le grandiose.
D’où le fait de filmer en scope plutôt qu’en HD : j’avais la volonté de magnifier les choses parce que Paris a ce côté mythique et grandiose.

C’est votre sixième film sur neuf, avec Romain Duris à qui vous offrez un rôle résolument différent de celui du Xavier de L’AUBERGE ESPAGNOLE et LES POUPÉES RUSSES...
C’est clairement une tentative d’essayer de sortir de Xavier ! On en avait besoin Romain et moi. Juste pour se prouver qu’on pouvait refaire du cinéma ensemble sans parler de Xavier. Maintenant, c’est difficile pour moi de travailler sans Romain - idem pour Zinedine Soualem. En faisant PARIS, on n’était pas du tout dans une recherche de continuation comme pour LES POUPÉES RUSSES, on devait aller voir ailleurs. Ça n’a pas été trop difficile parce que Romain a beaucoup appris en passant d’un univers à un autre avec d’autres réalisateurs. Par contre on a trouvé bizarre sur le tournage de ne pas avoir le même rapport que d’habitude : sur L’AUBERGE ESPAGNOLE et LES POUPÉES RUSSES, on était dans la décontraction, alors que là, c’était plutôt tendu. Tendu dans le sens où il fallait créer quelque chose de plus grave : le personnage de Romain étant peut-être condamné par la maladie, on ne pouvait plus passer notre temps à rigoler ensemble sur le plateau... Cela nous gênait... C’était comme par respect pour Pierre et sa souffrance.

Le temps d’un flash-back on voit Romain Duris en danseur du Moulin Rouge. Il vous a surpris ?
J’en reviens toujours pas. J’ai beau avoir fait six films avec lui, à chaque fois il me surprend ! C’était un moment assez dingue, cette journée-là a été une sorte d’apothéose dans le film, d’autant que c’était le dernier jour de tournage de Romain, ce n’était donc pas un moment anodin...
Le voir danser comme ça, c’était troublant parce qu’il avait investi cet univers, ce costume, ce personnage, cette chorégraphie, avec tellement d’aisance... Il a à la fois le truc un peu minable d’un danseur qui cachetonne là et en même temps ce truc classe d’un danseur du Moulin Rouge. J’aime comment il a incarné ces deux aspects. Quand on fait un film sur Paris, que l’on parle du Moulin Rouge et qu’un des personnages principaux y est danseur, il faut assumer. C’est même plus un cliché à ce niveau-là... c’est la caricature du symbole de l’emblème. Si dans le film ça marche et que ce n’est pas énorme ou grossier, je crois que c’est juste dû à la grâce de Romain.
Vos tournages ont la réputation d’être joyeux. Était-ce le cas de PARIS ?
C’était un drôle de tournage en tout cas ! J’ai éprouvé un sentiment de bonheur, beaucoup de plaisir. Un plaisir intimement lié au travail et donc à beaucoup d’efforts, de fatigue. Je n’ai jamais eu une équipe aussi soudée. On était content de se retrouver le matin, tous (enfin moi j’étais content...). Il y avait un vrai truc heureux et en même temps, ce n’était pas la fête parce que c’était juste trop de travail, de gamberge, de sérieux. C’était finalement assez génial ce mélange de sérieux et de plaisir. Avec le chef opérateur, Christophe Beaucarne, il y avait une connivence... À la fois, on était conscient d’avoir «du métier» et à la fois, on se sentait un peu comme des enfants, capable de remettre en question tous ce que l’on avait appris à faire. Il y avait une sorte de décalage entre notre maturité professionnelle et notre immaturité sur le plateau. On avait assez envie de ne pas se prendre au sérieux !

Vous avez rencontré Juliette Binoche à l’époque où vous étiez électricien sur MAUVAIS SANG de Léos Carax. Aujourd’hui, elle est à l’affiche de PARIS et vous êtes un cinéaste reconnu. Vous mesurez le chemin parcouru ?
J’essaie de ne pas trop me rendre compte de ça. Disons que se sentir monter en grade ça ne fabrique que du vertige et ce n’est pas le vertige que je cherche. J’aime faire les choses inconsciemment. Je préfère l’inconscience au vertige.

Pas évident pour quelqu’un qui aime bien observer ses personnages d’une hauteur...
C’est vrai. Quand j’avais 25 ans et que j’étais électricien, je ne rêvais que de ça. Je me disais «j’espère qu’un jour je pourrais faire des films». Et là non seulement j’en fais, mais en plus j’en fais avec des gens incroyables, ça j’en suis bien conscient... Mais ce qui me plaît aujourd’hui ce n’est pas tant d’avoir un statut de réalisateur reconnu que de goûter le plaisir profond de faire ce métier et de travailler. Fabriquer un film avec Karin Viard, Fabrice Luchini, Juliette Binoche ou Romain Duris, c’est un privilège incroyable. Il y a peu de drogues aussi bonnes et en plus c’est légal...

Quel est votre quartier préféré de Paris ?
J’espère qu’il n’y en a pas. C’est ça qui est génial dans Paris, c’est que c’est un lieu de perte. Moi c’est une ville où je peux me perdre et j’adore ça. C’est peut-être ça que je préfère dans Paris. C’est le fait qu’il y a plein de lieux et que c’est inépuisable... Par contre, j’ai un truc assez fort avec les quais de la Seine et l’île Saint-Louis. Dans les moments importants de ma vie, je me suis souvent retrouvé à marcher de ce côté-là, et à la fin du tournage, j’ai eu besoin d’y aller. Sentir le coeur du coeur de la cité, peut-être...


Juliette Binoche
  Qui est Elise, votre personnage ?
Elise a trois enfants, vit seule et est assistante sociale. Elle a un frère. Elle est confrontée au quotidien de Paris qui n’est pas facile. Elle est en lutte permanente et elle va se transformer au fil de l’histoire.

Est-ce que vous vous souvenez de Cédric Klapisch électro sur MAUVAIS SANG de Léos Carax ?
Oui, très bien en fait, j’ai plutôt une bonne mémoire ! Sur MAUVAIS SANG, on a passé une après-midi ensemble parce que je devais lancer un petit bout de papier d’une fenêtre et lui avait une espèce de pistolet à air comprimé avec lequel il devait diriger la chute du papier pour qu’il tombe exactement là où il fallait ! Donc on a passé quelques heures ensemble et je me souviens de lui parce qu’il était doux, un peu gêné, un peu timide...

Quel metteur en scène est-il devenu ?
Le désir d’être à la fois surpris et d’avoir un besoin de contrôle. Je l’ai retrouvé chez plusieurs metteurs en scène. Je l’ai souvent senti en train de réfléchir et aussi j’ai eu le privilège de le voir se laisser aller aux fous-rires et aux larmes.

Jean-Pierre Daroussin, qui a tourné avec lui dans RIENS DU TOUT et UN AIR DE FAMILLE dit de lui que c’est le plus directeur d’acteurs des metteurs en scène avec qui il ait tourné. Ça pourrait être votre cas ?
Non. Parce que j’ai rencontré pas mal de cinéastes, certains très directeurs d’acteurs et d’autres qui vous laissent complètement libre. J’ai vraiment vécu les extrêmes. Cédric a vraiment cette capacité d’entrer avec son intellect dans une scène. Il explique ce qu’on vient de faire, on parcourt avec lui mentalement ce qu’il a perçu et puis après il indique ce vers quoi il a envie de tendre. Par moment cela ne me sert pas trop : je ne travaille pas avec le mental, mais tout en disant cela, je me souviens d’une expression qu’il a jouée pour me faire comprendre ce qu’il voyait et ça a été formidable. Je pense à la scène quand je dois partir de l’appartement de Mélanie.

Vous jouez dans PARIS la soeur de Romain Duris. On sait qu’il a avec Cédric Klapisch un lien très fort. L’avez-vous ressenti ?
Je n’ai pas trop voulu en prendre conscience, d’abord parce que j’ai commencé par tourner pas mal de scènes sans Romain. J’essayais de trouver un rapport spontané avec Cédric, une direction vers quoi tendre ensemble. Je dirai qu’il y a eu une période d’adaptation. J’avais l’impression que Cédric avait un peu d’appréhension aussi parce que ça fait toujours un peu peur de travailler avec des acteurs nouveaux. Avec Romain, nous avons eu une vraie rencontre dans le film, certainement parce que nos personnages ont un rapport frère / soeur à la fois infini et tout en tensions. C’est un amour à part. Cédric avait vraiment envie d’en parler dans son film par rapport à sa vie, à son histoire, il voyait que deux acteurs pouvaient avoir ce rapportlà, et en était très heureux, je crois. Romain et moi l’avons ressenti. Alors je me suis plus sentie dans un trio que dans un couple avec une tierce personne.

Vous connaissiez Romain Duris avant ce film ? Quel acteur était-il pour vous ?
Je l’avais vu dans les films de Cédric essentiellement et dans DE BATTRE MON COEUR S’EST ARRÊTÉ d’Audiard. Il a une complexité de joie de vivre, de rapidité, de personnage contemporain, qui est aimé et qui aime être aimé, et qui a à la fois des failles cachées. Cet ensemble-là fait son humanité, sa complexité et c’est pour ça que j’ai bien aimé travailler avec lui et être près de lui.

Et Albert Dupontel, votre autre partenaire dans PARIS ?
J’avais vu BERNIE et ENFERMÉS DEHORS. Il a son univers, sa folie et une soif immense d’être aimé. Nous avons tourné seulement quelques jours ensemble, mais il y avait une intensité et puis une admiration mutuelle, je crois. D’être dans des univers très différents, finalement ça rapproche.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de tourner PARIS ?
J’avais envie de faire partie d’un groupe et de tourner dans ma ville. Pour moi c’est l’opportunité à la fois de revenir à la maison et de croiser d’autres univers. Ce qui m’attire n’est pas tellement de jouer mais de connaître l’autre à travers le jeu. Ce sont des rencontres qui se passent entre quatre yeux ; parfois il y a des rencontres qui nous surprennent, avec le metteur en scène, les acteurs, mais aussi avec l’équipe. Ces rencontres touchent au plus caché de soi, à l’intime. L’intime finalement, c’est ce qui m’intéresse le plus.

Quel est l’endroit ou le quartier de Paris que vous préférez ?
Les quais de Seine... C’est ce que j’aime le plus, je crois. Longer les quais de Seine, aussi bien la nuit que le jour. Les lumières, le fleuve... Il y a l’eau qui passe, les ponts et puis l’idée d’être en dehors du courant. Et puis il y a le Pont-Neuf forcément ! D’autres ponts sont liés à mon histoire : le Pont des Arts, c’est RENDEZ-VOUS et le Pont-Marie, c’était mon psy !


Romain Duris
  Qui est Pierre, le personnage que vous interprétez dans PARIS ?
Pierre est un danseur qui ne peut plus danser, car il est malade : il attend une transplantation cardiaque, et n’a que 40% de chances de réussite. Il est en «stand by», il survit avec toute l’angoisse, l’espoir, et le mystère que cette attente peut engendrer. Cédric m’a dit : «Plus tu vas travailler la danse plus tu vas te sentir danseur, et tu seras frustré que je ne te demande pas de danser et donc ça va nourrir le personnage.»
Cédric est allé encore plus en profondeur dans l’émotion de ses personnages, il est allé dans leur coeur ; ironie de l’histoire c’est précisément là où mon personnage souffre.

Pierre est loin du Xavier de L’AUBERGE ESPAGNOLE et des POUPÉES RUSSES...
On voulait faire autre chose avec Cédric, marquer le contraste, s’éloigner de Xavier. Il pouvait y avoir le danger d’être sur le même ton de la comédie, d’être proche du rythme qu’était celui de L’AUBERGE, donc on a pris un personnage diamétralement opposé à Xavier. D’où l’idée de ce personnage «border line», avec un problème de santé, affaibli, qui n’a rien à voir avec le côté vivant que pouvait avoir Xavier. Là, on a un personnage qui est vraiment sur terre, parce qu’il se demande s’il va y rester. L’idée d’en faire un danseur est venue après... Il y avait également la volonté que la différence soit aussi physique...

Les cheveux très courts, ça aide à entrer dans la peau du personnage ?
On aurait pu penser à des cheveux plus longs pour un danseur, parce que quand on danse ça peut être beau. Mais l’idée, c’était que le personnage ne puisse pas se cacher derrière, qu’il ait quelque chose de très frontal, très franc. Qu’il puisse se regarder dans la glace et se dire : «Je suis malade et c’est comme ça.»

C’était difficile pour vous de danser au Moulin Rouge ?
Au départ Cédric ne savait pas s’il voulait faire un flash-back filmé ou s’il voulait juste mettre des photos... Moi, je poussais Cédric à tourner cette scène en lui disant que ce serait génial de voir Pierre danser. On ne savait pas si ça allait pouvoir être filmé, si on allait avoir les autorisations... Et à partir du moment où tout a été ok, il ne restait plus qu’une petite semaine avant de tourner. Du coup nous étions dans l’urgence : j’ai eu trois jours pour intégrer la chorégraphie. J’étais déjà plongé dans la danse depuis quelques mois pour le travail sur Pierre et la chorégraphie qu’il nous fallait pour la scène de fête avec Olivia Bonamy. J’ai été étonné de constater à quel point, lorsqu’on est habité, tout devient possible.

Pour LES POUPÉES RUSSES, Cédric Klapisch et vous aviez revu des films de Truffaut. Là, vous avez regardé quels films pour préparer le personnage ?
Cédric m’a parlé de VIVRE de Kurosawa, parce qu’il aimait le personnage principal qui a un cancer. Cédric voulait que je voie à quel point ce personnage est fort, comment son regard change et comment il se tourne vers les autres. Il est malade, il sait que ses jours sont comptés, mais il va être beaucoup plus actif, plus courageux pour aider les gens. J’ai vu plein d’autres films qui m’ont nourri pour d’autres choses dont MA VIE SANS MOI d’Isabel Coixet avec Sarah Polley, THE BALLAD OF JACK AND ROSE avec Daniel Day-Lewis.
J’ai aussi lu des belles choses dont Ryokan, poète japonnais que je recommande. Le danger avec le personnage de Pierre, c’était d’être lourdingue. Ce que j’ai apprécié, c’est que Cédric mêle sa douleur à des choses très réelles.

Est-ce que la gravité du personnage a changé quelque chose à vos rapports avec Cédric sur le plateau ?
Oui et non. Je m’étais bien préparé en amont, j’avais bien réfléchi au sujet. Et je m’étais dit : «Tiens je vais peut-être devoir m’enfermer dans une bulle pour rester concentré.» Et finalement j’ai vu que non : plus c’était lourd, plus j’avais besoin de rigoler. Et du coup le tournage a ressemblé à ce qu’on avait vécu avec Cédric, dans l’état, dans l’énergie, sur L’AUBERGE ou LES POUPÉES.

Sur PARIS, Cédric vous a donné une grande soeur jouée par Juliette Binoche...
J’étais heureux que ce soit Juliette. Cédric nous a fait nous croiser un an avant le début du tournage. Juliette avait cette générosité que j’avais aimée dans ses films.
Elle sait écouter et recevoir les émotions comme personne et ce qu’elle renvoie est bouleversant. Juliette m’a profondément ému.

C’est frustrant d’être dans un film où il y a autant d’acteurs avec qui vous n’avez pas tourné ?
C’est pas de la frustration, ça me donne plutôt envie d’en recroiser certains.

Sur ce tournage vous avez retrouvé une bonne partie de l’équipe technique des films de Klapisch. Ça fait du bien de se sentir en famille sur un plateau ?
Oui, ça fait du bien. C’est un monde Klapisch. C’est assez fort chez Cédric, le groupe, l’expérience humaine, ce que chacun a à donner et comment il le donne. J’en parlais avec plein de gens différents de l’équipe et ils adorent parce qu’ils se sentent respectés, il les rend indispensables au projet, et tout ça reste léger.

Vous qui avez tourné dans six des films de Cédric Klapisch, en quoi a-t-il évolué ?
Cédric a pris encore plus de charisme et de maturité. J’ai cette première image de lui sur le tournage du haut de sa voiture travelling, dirigeant sa troupe contre vents et marées au milieu du chaos parisien contrôlant même les signaux lumineux pour donner le départ, évaluant les précieuses lueurs restantes du soleil couchant, passant de Luchini, Cluzet, Duris, les dirigeant avec précision à la hâte mais en souriant... un vrai chef d’orchestre, impérial, n’ayant plus de compte à rendre à personne, si ce n’est sa pellicule.

Quel est votre lieu préféré à Paris ?
J’aime Belleville pour ses supermarchés chinois, ses cafés qui ne veulent rien dire et qui en racontent tant, son parc et son incroyable vue sur Paris. Et puis y a plein de gens partout, et ça j’adore.



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