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Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus


Notes de production

Parties :

- Une longue histoire
- Sur le fil entre fiction et réalité
- Les acteurs
- Le tournage
affiche du film Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus - worldcinemag.com

Une longue histoire
  Steven Shainberg a grandi à New York environné des photos de Diane Arbus, bien avant qu’elle ne devienne une légende. C’était en effet une amie proche de son oncle, l’écrivain Lawrence Shainberg, qui achetait à l’occasion à la photographe encore inconnue des photos et en recevait en cadeau. A l’époque, Diane Arbus luttait pour vivre de son art et imposer une vision artistique exceptionnellement originale. Ses photos ne ressemblaient à rien de de connu, particulièrement ses portraits de gens que la bonne société ignorait ou dont elle se moquait. Diane Arbus était en effet fascinée par les marginaux, les «monstres», des individus avec des anomalies physiques ou psychologiques, artistes de cirque, travestis…
Dans son enfance, Steven Shainberg considérait ces photos simplement comme l’oeuvre d’une amie de son oncle. «Je n’ai jamais rencontré Diane, mais elle faisait partie intégrante de mon univers, et c’était quelque chose de mystérieux et d’intrigant. Ses photos ont joué un rôle fondamental dans mon éducation visuelle. De la même manière que certains parents lisent des contes de fées ou les oeuvres du Dr Seuss à leurs enfants le soir, moi je montais dans ma chambre en passant devant la photo du “Géant juif” - une des célèbres photos de Diane, représentant Eddie Carmel, 2,43 m et 224 kg, et ses parents.»
Steven Shainberg garde un souvenir très vif de l’impression que lui a faite la première photo de Diane Arbus. «Elle se trouvait en haut des escaliers, entre le deuxième et le t roisième étage, juste à côté de la chambre de mes parents. Diane avait photographié deux adolescents debout dans la rue. Lui porte une sorte d’imperméable sombre qui lui arrive aux genoux, et il se tient juste à côté de sa petite amie. Je me souviens d’être rentré de l’école un jour, de m’être arrêté devant cette photo, et d’avoir été incapable de dire si les sujets étaient adolescents ou s’ils avaient une cinquantaine d’années. J’ai pensé - je m’en souviens très bien que c’était très bizarre. J’étais perplexe, dérouté par cette question très simple. Cette photo a déclenché quelque chose, elle m’a poussé à regarder par la suite toutes les photos en général en me demandant ce qui s’y passait et quel était leur sens.»
Devenu adulte, Steven Shainberg s’est mis à collectionner les photos de Diane Arbus dans le cadre de son importante collection de photographie américaine. Il avait depuis longtemps envie de faire un film sur elle. Et il n’était pas le seul…
En 1984 était publié le livre de Patricia Bosworth, «Diane Arbus: A Biography».
C’était la première biographie, et la seule à ce jour, consacrée à cette artiste. Bonnie Timmermann, qui était alors au début de sa carrière et allait devenir une directrice de casting réputée, a lu le livre et a été fascinée par Arbus et son travail. Elle raconte : «J’ai commencé à regarder ses photos et à les étudier avec attention avant même de savoir que je produirais un film un jour. J’ai toujours eu avec ses photos une relation très personnelle, comme si j’avais quelque part un lien avec Diane. Et je connais beaucoup de gens qui éprouvent la même chose.»
Bonnie Timmermann s’est renseignée sur les droits d’adaptation du livre, mais ils étaient alors indisponibles. Depuis 1984, ils ont appartenu successivement à MGM, Lorimar et Barbra Streisand. Différents acteurs et actrices, divers producteurs et scénaristes avaient été pressentis puis avaient quitté le projet. Bonnie Timmermann, qui était une amie de Patricia Bosworth, a suivi la situation des droits au fil des ans jusqu’en 1997, date à laquelle ils sont redevenus disponibles. Elle a alors proposé le projet au producteur Edward R. Pressman, qui a accepté de faire équipe avec elle et d’acquérir les droits. Ils ont ensuite passé les six années suivantes à développer le film. Sur cette période, trois réalisateurs différents ont été envisagés. Pressman explique : «Chacun avait sa propre vision, mais ils prévoyaient tous de faire un film biographique traditionnel.» Puis, en 2002, Timmermann et Pressman ont vu le film de Steven Shainberg LA SECRETAIRE, et ils ont été impressionnés par son approche audacieuse, sensuelle, pointue psychologiquement et d’un humour noir, de la relation perverse entre un avocat et sa nouvelle secrétaire. Le film avait pour producteur exécutif Michael Roban, qui a alors rejoint la société de Pressman, ContentFilm, comme directeur des affaires personnelles. Parson intermédiaire, Pressman et Timmermann ont contacté Shainberg. Bonnie Timmermann raconte : «Steve nous a parlé de sa passion pour Diane Arbus, du fait qu’il avait envie de faire un film sur elle et son oeuvre depuis longtemps. Il connaissait beaucoup de choses sur elle : sa famille, ses photos, et tout ce qu’elle a écrit. Et il avait une idée très intéressante sur la manière de transposer tout cela.»
Pendant quinze ans, Steven Shainberg avait tenté à plusieurs reprises d’acquérir les droits de la biographie de Patricia Bosworth. «J’ai eu tout le temps de réfléchir à la manière de faire un film sur Diane Arbus ! confie-t-il. De mon point de vue, ce qui rend ses photos si inhabituelles et si émouvantes, c’est qu’elles naissent d’une relation longue et complexe avec le sujet. Pour la photo du Géant juif par exemple, on ne connaît qu’une seule photo, celle du géant avec ses parents debout à ses côtés, sa mère qui lève les yeux vers lui. Mais la vérité est que Diane connaissait Eddie Carmel depuis dix ans et qu’elle a pris des centaines et des centaines de photos de lui en d’innombrables occasions. Et elle n’en a publié qu’une ! Et cette photo qu’elle a créée, qu’elle a “découverte”, est née de cette longue relation qu’elle avait avec le sujet. C’est vrai d’un grand nombre de ses clichés. Quand j’ai rencontré Bonnie, mon point de vue était qu’il fallait que le film parle de l’intimité entre Arbus et le sujet. Un film sur Diane Arbus devait parler de la création d’une seule photo.» Timmermann et Pressman étant d’accord, le projet FUR : PORTRAIT IMAGINAIRE DE DIANE ARBUS a commencé à avancer. Erin Cressida Wilson, scénariste de LA SECRETAIRE, a rejoint l’équipe pour écrire le scénario.


Sur le fil entre fiction et réalité
  Plutôt qu’une approche biographique traditionnelle, Steven Shainberg et Erin Cressida Wilson ont développé une structure narrative qui mélange des événements de la vraie vie de Diane Arbus avec des éléments imaginaires sur sa métamorphose artistique.
Erin Cressida Wilson commente :
«Mélanger les faits et la fiction prenait particulièrement du sens pour un film sur Diane Arbus. L’une des caractéristiques les plus importantes de son travail est justement le mélange d’imaginaire et de la réalité dans ce qu’elle a de plus âpre. C’était inhérent à sa vision du monde.»
Le réalisateur et la scénariste ont créé un personnage qui intègre l’histoire de base de la vraie Diane Arbus : une jeunesse privilégiée et surprotégée dans la famille qui possédait Russek’s, fourreur et grand magasin new-yorkais de luxe, et une vie adulte consacrée au mariage, à la maternité, et à travailler avec son mari photographe de mode et de publicité comme assistante et styliste. Ils ont tiré de l a biographie de Bosworth des événements et des détails soigneusement choisis qui se retrouvent au coeur de la personne qu’elle va devenir par la suite, tel le défi qu’elle s’est lancé elle-même, étant enfant, de se tenir sur la corniche à l’extérieur de la fenêtre de sa chambre pour éprouver son courage. On retrouve aussi son intérêt précoce pour les choses et les gens que ses parents et tuteurs lui interdisaient de regarder, comme les sans-abri vivant dans Central Park à l’époque de la Dépression. Le film s’éloigne cependant des événements réels de la vie de l’artiste pour inventer une histoire et relation qui n'ont jamais existé. En cherchant à imaginer ce qu'Arbus a dû traverser psychologiquement et émotionnellement dans les semaines qui ont précédé la création de son premier portrait, Steven Shainberg et Erin Cressida Wilson sont arrivés à un nouveau genre d’approche cinématique de l a biographie. En sculptant l’histoire du voyage intérieur de « leur » Diane, i l s ont incorporé de judicieuses références à «Alice au pays des merveilles» de Lewis Carro l l , un élément qui parle aussi bien à l’expérience du personnage du film qu’à la vraie femme qui l’a inspiré. Ce livre était en effet l’un des préférés de Diane Arbus, et il a exercé sur elle une influence esthétique : elle a même illustré une photo pour Harper’s Bazaar en 1963 par une énigme tirée du livre. Steven Shainberg commente : «L’expérience que vit le personnage de Diane, qui passe de son travail d’assistante de son mari, d’épouse modèle et de mère à la Diane Arbus que l’on connaît, est comparable à un passage à travers le miroir… C’est ce moment dans une vie où, parce que vous devenez conscient de certaines choses nouvelles, vous vivez une sorte d'odyssée, d'experience psychédélique. “Alice au pays des merveilles” était idéal pour répondre à cette expérience psychologique, mais cette référence est aussi venue directement du travail de la photographe et de ses propres mots. » Le catalyseur de la transformation de Diane est l’arrivée de son nouveau voisin, Lionel, un personnage mystérieux qui semble tout droit sorti d’un rêve. Lionel a été inspiré par une vraie personne, découverte par le réalisateur et la scénariste durant leurs recherches. Selon eux,Lionel devait posséder une caractéristique qui aurait pu donner envie à la vraie Diane de le photographier, mais ils ne voulaient rien d’aussi évident qu’un nain, un géant ou un travesti. Steven Shainberg raconte : «Nous étions en train d’étudier des livres sur des gens inhabituels, et il était question d’un homme de la fin du siècle dernier nommé Lionel, qui était couvert de poils. Il y avait là un lien mystérieux, inconscient, presque tactile avec le fait que le père de Diane était fourreur.» La scénariste ajoute : «Outre le lien avec la profession du père de Diane, cela fonctionnait aussi parce que sous la fourrure, Lionel se révèle davantage à Diane.» Steven Shainberg précise : «Le vrai Lionel ne correspondait pas du tout au stéréotype de la bête hideuse. Bien qu’il soit couvert de fourrure sur la totalité du corps, Lionel est incroyablement séduisant. Et cela conjure l’idée de “La Belle et la Bête” qui je crois, est cruciale dans la vie d’Arbus. Elle voulait découvrir les Bêtes dans le monde, suivre leurs traces et apprendre. La première phrase qu’elle a écrite dans l’introduction de son livre de photos est “Ce que je préfère, c’est aller là où je ne suis jamais allée.” Pour moi, cela résume toute son histoire.» Dans sa relation avec Lionel, Diane va en effet là où elle ne s’est jamais aventurée, elle développe sa curiosité envers les autres, ceux qui sont différents, le genre de personnes qu’on lui a toujours dit de ne pas regarder, de ne pas voir. Lionel n’a pas peur d’être regardé, il ne craint pas non plus de regarder Diane. Ce n’est pas un hasard si Diane ne proteste pas lorsque Lionel lui demande de poser son appareil lors de sa première visite chez lui. Steven Shainberg remarque : «Lorsque Lionel lui dit de poser son appareil, il la défie de faire l’expérience de lui-même, de la vie, des autres, de ce monde qu’il va lui ouvrir, d’une manière qu’elle n’aurait jamais imaginée. C’est un défi auquel i l est impossible de résister, si vous en avez le cran . » Bonnie T immermann a été ébloui par le scénario. « Je ne m’attendais absolument pas à ça. C’était magnifique et absolument unique. J’ai demandé à Ed de le lire, et il a eu la même réaction que moi. Nous savions que nous tenions un scénario très spécial.» Timmermann avait souvent discuté avec son amie Laura Bickford, productrice de TRAFFIC, de la possibilité de faire un film ensemble. Elle a pensé que FUR : PORTRAIT IMAGINAIRE DE DIANE ARBUS pourrait être ce projet, et lui a donné à lire le scénario achevé. Laura Bickford raconte : «Ce personnage est une véritable rencontre. C’est une histoire qui peut toucher n’importe qui, celle de la transformation d’une femme qui devient elle-même et se libère des contraintes de la vie des années 50 pour devenir une artiste absolue. C’est aussi un conte de fées, avec des allusions à “Alice au pays des merveilles” et à “La Belle et la Bête”. Et c’est en plus une magnifique histoire d’amour.» Laura Bickford travaillait à l’époque avec le producteur Bill Pohlad et lui a fait lire le scénario. Pohlad, qui avait été producteur exécutif du SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN, a été lui aussi fasciné par le script. «La “naissance” de Diane Arbus en tant qu’artiste est passionnante, mais l’histoire ne s’arrête pas à elle. C’est l’histoire de n’importe quelle femme, n’importe quelle personne qui trouve sa vocation d’artiste.» Bill Pohlad et Laura Bickford ont accepté de produire le film aux côtés de Bonnie Timmermann, et c’est la société de Pohlad, River Road Entertainment, qui a financé le film. Le producteur Andrew Fierberg, associé de Shainberg à la production, est venu compléter l’équipe. Patricia Bosworth était ravie de voir son livre donner naissance à un film près de 20 ans après sa publication, mais plus important encore, elle était heureuse de savoir qui allait le créer. «Steven et Erin sont tous deux merveilleux, ce sont des gens d’une grande créativité et d’une réelle intelligence. Le film entier se reflète dans l’image de la petite fille sur la corniche… Diane est morte de peur quand elle grimpe à l’appartement de Lionel, mais elle est déterminée à entrer, et à le photographier.»


Les acteurs
  Le premier choix de Steven Shainberg pour incarner Diane Arbus a été Nicole Kidman. «J’adore Nicole, confie-t-il, et je crois que je penserais à elle quel que soit le film... Il est vrai que la choisir n’était pas une évidence au départ parce qu’elle ne ressemble pas à Diane Arbus physiquement, mais ce qui m'a guidé, c’est ce qu’elle ressentait envers elle. Est-ce quelle pouvait effectuer le voyage émotionnel du personnage que nous avons créé ? Nicole possédait toute la subtilité, la disponibilité émotionnelle, le mystère et la tendresse dont le personnage avait besoin.» Bonnie Timmermann a remis le scénario à une amie, Susan Batson, coach d’acteurs, qui se rendait justement en Australie pour travailler avec Nicole Kidman. Nicole Kidman raconte : «Je n’avais jamais rien lu de pareil, et bien entendu, rien que cela m’attirait déjà. Ensuite, mes recherches sur Diane Arbus ont encore attisé ma curiosité. L’histoire est une métaphore pour bien d’autres choses, à travers l’évolution d’une femme qui découvre sa créativité, la manière dont elle est attirée par l’inconnu. C’est une histoire d’amour, belle et tragique, mais c’est aussi une histoire dans laquelle Lionel libère des choses chez Diane et l’aide à se révéler. Jamais rien ne serait arrivé si elle le n'avait pas rencontré. C’est miraculeux qu’il habite justement au-dessus… On se demande s’il n’aurait pas vraiment existé.
«J’avais vu LA SECRETAIRE, et je l’avais trouvé original, dérangeant et sexy. J’avais très envie de travailler avec Steven Shainberg, et avec Robert Downey Jr.»
C’est l’acteur nommé à l’Oscar Robert Downey Jr. qui incarne Lionel, le mentor de Diane. Il confie : «J’avais moi aussi vu LA SECRETAIRE, et j’étais impatient de rencontrer Steven. La première rencontre m’a donné très envie de travailler avec lui. Et puis Nicole a rejoint le projet, et j’ai su que ce serait un film vraiment hors du commun !» Le réalisateur explique : «Pour moi, Robert Downey Jr. était l’acteur idéal pour faire de Lionel un homme sophistiqué, sûr de lui et charismatique. Cela ne m’intéressait pas de représenter ce personnage comme un monstre malheureux, solitaire, apeuré, isolé, qui a été tellement maltraité par le monde qu’il est terrifié par le contact. De mon point de vue, il n’était pas du tout ainsi. C’est un homme attirant, fort, et je voulais que la relation entre lui et Diane soit vraiment très belle. Il fallait donc qu'il y ait une certaine beauté chez ce personnage. Je ne souhaitais pas quelqu’un de sombre qui rumine ses malheurs, parce que Diane découvre en lui une personnalité riche qui a plusieurs aspects, notamment une certaine espièglerie. «Je désirais que l’on t rouve chez Lionel de la tendresse, de la sensibilité, un côté imprévisible et surprenant, une ouverture d’esprit… et l’amour. Et il y a tout cela chez Robert. Il suff i t de le regarder pour qu’il vous émeuve. La profondeur de son regard, l’élégance de ses mouvements et son inventivité faisaient de lui un interprète parfait pour ce personnage.» Robert Downey Jr. explique : «Aussi loin qu’il s’en souvienne, Lionel a toujours été un monstre de foire, mais il s’est retiré. Il est arrivé à un point où il est en paix, à l’automne de sa vie. Il choisit de transmettre une certaine part de mystère et de créativité à cette jeune femme, dont il est tombé amoureux dès l e premier regard . » Ty B u r r e l l , comédien réputé qui a joué récemment dans FRIENDS WITH MONEY, incarne Allan Arbus, le mari de Diane. «C’est un rôle difficile, remarque le réalisateur. Allan est un homme normal, c’est le personnage le moins exceptionnel, le plus ordinaire. Et pourtant, il est très important parce que Diane s’écarte peu à peu de lui. Choisir le bon acteur était vital. Ty a fait un travail remarquable face à Nicole et Robert.» Ty Burrell confie : «Pour moi, FUR est une histoire d’héroïsme. Je vois Diane comme une héroïne, d’une curieuse sorte, mais du genre qui fait les sacrifices nécessaires pour devenir elle-même. Il y a aussi un certain héroïsme chez Allan Arbus, en ce sens qu’il veut ce qui est le mieux pour sa femme, et qu’il ira jusqu’au bout pour qu’elle s’accomplisse. Nous disons tous vouloir le meilleur pour ceux que nous aimons, mais parfois nous ne les soutenons pas forcément jusqu'au bout, surtout quand on a l’impression qu’on va les perdre au cours du processus.»
Jane Alexander et Harris Yulin incarnent Gertrude et David Nemerov, les parents de Diane, de riches fourreurs. Steven Shainberg explique : «Jane Alexander a été directrice du National Endowment for the Arts et a travaillé avec la Maison Blanche pendant plusieurs années. Elle connaît très exactement le genre de personne qu’est Gertrude Nemerov, et il était évident qu’elle la jouerait brillamment. Harris Yulin est lui aussi un acteur chevronné, et il suffit de vous entretenir avec eux deux pendant une demi-heure pour être certain qu’ils seront fantastiques.» Jane Alexander a connu personnellement les Arbus. «J’étais d’abord une amie d’Allan. A l’époque où j’ai rencontré Diane, elle venait juste de cesser de faire de la photo de mode avec lui. Je ne savais pas ce qu’elle faisait, mais je savais qu’elle s’intéressait à la rue et qu’elle y passait beaucoup de temps, un appareil photo autour du cou. Pour moi, FUR ne retrace pas sa vie comme une biographie l’aurait fait ; c’est encore mieux parce qu’on y trouve une dimension fantastique qui était caractéristique de son travail, et qui je crois, faisait partie d’elle. L’approche du film a su rendre tout cela. Si vous voulez parler de l’esprit de créativité d’une personne, quel meilleur moyen que de plonger dans le royaume fantastique, magique de son esprit ?» Harris Yulin a lui aussi admiré le style particulier du film . « C'est une approche inhabituelle, qui s’appuie sur certains éléments de la vraie vie de Diane – son mari, son père et sa mère, ses enfants, sa situation – pour mettre en scène un personnage imaginaire unique qui représente ce monde autre qui l’attire et dans lequel elle finit par entrer.» L’acteur ajoute : «Jane et moi avons travaillé ensemble à plusieurs reprises, nous avons notamment joué un mari et sa femme quatre fois, et c’est une amie très chère et une formidable actrice.» Pour le cercle des amis de Lionel, la production a organisé plusieurs castings libres dans l'univers des gens inhabituels et exceptionnels. Steven Shainberg cherchait des gens qui n’avaient pas été vus au cinéma ou à la télévision, et il ne voulait pas faire appel aux effets spéciaux. Le rôle le plus difficile à t rouver a été celui d’Althea, la femme sans bras. Ce personnage est incarné par une Irlandaise sans bras nommée Mary Duff y . Le réalisateur raconte : «Mary n’avait jamais joué dans un film, mais elle nous a envoyé une cassette époustouflante. Nous l’avons fait venir, je l’ai rencontrée et nous avons parlé de ce que signifiait se retrouver dans un film. C’était important que ces gens soient authentiques, que nous ne fassions pas appel à une actrice dont nous aurions supprimé les bras à l’image grâce aux trucages numériques. Je voulais que Nicole, son personnage et le public sachent que ces gens dans le film sont vrais, qu’il n’y a pas de trucage.»


Le tournage
  Le tournage de F U R : PORT R A I T IMAGINAIRE DE DIANE ARBUS s’est déroulé durant 57 jours à New York, de début mai à début août 2005. Un certain nombre d’extérieurs et d’intérieurs ont été filmés dans New York, mais la plus grande partie des intérieurs ont été tournés sur des décors construits aux Steiner Studios à Brooklyn. Steven Shainberg a travaillé avec son équipe de création, dont le directeur de la photo Bill Pope, la chef décoratrice Amy Danger et l e chef costumier Mark Bridges , pour créer un paysage cinématographique dans lequel la réalité coexiste avec la fiction de façon crédible.
L’appartement de Lionel est semé de références subtiles à “Alice au pays des merveilles”, comme la tasse de thé qui attend Diane à son arrivée, ou le lapin blanc de Lionel. L’équipe a cependant veillé à ne pas trop appuyer sur les références.
Le réalisateur précise : «Si nous en avions trop fait, nous aurions perdu l’idée que Lionel est quelqu’un de réel et qu’il a vraiment emménagé dans l’immeuble de Diane. Il fallait que l’on sente que quelque chose de vital est en jeu dans ce qui se déroule. Diane peut vraiment quitter sa famille pour cet homme. En même temps, je crois que ce personnage que nous appelons Diane Arbus ressent un sentiment très enfantin d’exaltation en quittant un monde connu pour un monde inconnu. Cet émerveillement, cette expérience intérieure, conduisent à la dimension conte de fées qui est rééquilibrée en permanence par la réalité.»
La scène où Lionel révèle sa particularité physique à Diane recèle un hommage subtil au film de Jean Cocteau LA BELLE ET LA BETE. Steven Shainberg cite d’ailleurs ce film comme l'une de ses sources d’inspiration : le portrait que dressait ce film d'une Bête superbe malgré sa différence a nourri le personnage de Lionel.
Pour le réalisateur, la crédibilité du personnage était aussi importante que sa beauté. Les cinéastes ont donc fait appel à l’un des plus grands magiciens du maquillage, Stan Winston, et à ses équipes. Le producteur Andrew Fierberg explique : «Pour la conception de la fourrure et de l’aspect physique global de Lionel, nous avons dit à Stan que nous ne voulions pas une caricature d’un homme recouvert de fourrure, mais que c’était une vraie personne, un être humain avec son individualité. Lorsque nous avons vu Robert dans son maquillage complet, l e s maquilleurs avaient réussi à conserver ses traits, son regard, son humanité sous la fourrure. C’était très impressionnant.»
Pour les trois mondes représentés dans le film, la chef décoratrice Amy Danger a créé trois styles visuels différents. Steven Shainberg explique : «Pour l’appartement des Arbus, celui de Lionel, et le monde extérieur qu’explorent Diane et Lionel, la couleur, la lumière et la texture jouent chacun un rôle précis. Les murs de l’appartement des Arbus ont une sorte de reflet, de poli, i l s semblent f roids et recouverts comme si l’appartement luimême portait un masque. Chez Lionel, la peinture a été enlevée, les couches successives sont exposées. Cela donne l’impression d’une expérience plus brute. Les longues tuniques qu’il porte dans son appartement sont couvertes de motifs, ce qui donne le sentiment que lui, ainsi que le monde dans lequel il entraîne Diane, ont une complexité, une dimension labyrinthique, dont sont dépourvus les vêtements et les surfaces plus simples de l’appartement du dessous.» Les deux mondes finissent par se rencontrer lorsque Lionel insiste pour faire la connaissance de l’homme qui est marié depuis quinze ans à la femme qu’il adore. Nicole Kidman commente : «Il y a de superbes scènes où Diane se trouve entre son mari d’un côté, et de l’autre cet homme, qu’elle espère voir tenir un rôle très important dans sa vie. J’aime beaucoup la manière dont Steven a structuré ces scènes, il y a de l’esprit et de l’humour, et j’ai aussi aimé la manière dont il dépeint comment elle est tiraillée entre eux.»
Pour le réalisateur, voir Nicole Kidman et Robert Downey Jr. jouer ensemble a été inoubliable. Il se souvient : «Je crois qu’ils s’adoraient tout simplement l’un l’autre ! Ils ont énormément de talent, ils sont remarquablement vivants et ouverts. C’est le rôle d’une vie pour Robert, et il l’a joué magistralement. Nicole s’est totalement impliquée, elle a joué dans la vérité, en s’appuyant sur ce qui comptait le plus pour elle chez ce personnage.»
Robert Downey Jr. commente : «J’ai toujours admiré le jeu et le talent de Nicole, mais à un certain moment du tournage, je me suis rendu compte que je travaillais avec l’une des actrices les plus intelligentes, les plus intuitives et possédant la technique la plus maîtrisée de toute l’histoire du cinéma.» Nicole Kidman a été elle aussi impressionnée par son partenaire. «Robert était parfait pour ce film parce qu’il est très séduisant et imprévisible. Et il a des yeux magnifiques ! Il n’a pas besoin de dialogues, il parvient à s’exprimer merveilleusement par le regard – c’est assez inhabituel de le voir ainsi parce que souvent, ses rôles s’accompagnent de beaucoup de dialogues. Il a un esprit vif et il peut créer un personnage d’une grande complexité. Ici, il a peu à dire, il s’exprime surtout par le coeur et sa présence. Il était très ouvert envers moi, ce qui était absolument nécessaire pour un film tel que celui-ci. C’était pour moi une grande chance de travailler avec lui, parce que c’est quelqu’un de singulier. Quant à Steven, nous avons longuement parlé au téléphone avant mon arrivée à New York, il y avait donc déjà une intimité entre nous avant le tournage. C’est quelqu’un de chaleureux, de gentil, et de très stimulant. Il a une vision très forte de ce qu’il veut mais il sait vous permettre de vous épanouir à l’intérieur de cette vision.» Robert Downey Jr. ajoute : «Steven est quelqu’un qu’on aime forcément – il est passionné, très préparé, original et amusant. Il a le don de gagner votre confiance. FUR était un projet ambitieux et risqué, et je n’imagine pas l’avoir fait avec d’autres que lui et Nicole. Notre collaboration a été intense, facile, fraternelle.» Steven Shainberg conclut : «Ce film comptait beaucoup pour nous tous. Nous avions tous envie de rendre hommage à l’artiste que nous aimons, à notre manière.»

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