Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus
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Notes de production
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Une longue histoire
Steven Shainberg a grandi à New York
environné des photos de Diane Arbus, bien
avant qu’elle ne devienne une légende.
C’était en effet une amie proche de son
oncle, l’écrivain Lawrence Shainberg, qui
achetait à l’occasion à la photographe
encore inconnue des photos et en
recevait en cadeau. A l’époque, Diane
Arbus luttait pour vivre de son art et
imposer une vision artistique
exceptionnellement originale. Ses
photos ne ressemblaient à rien de
de connu, particulièrement ses portraits de
gens que la bonne société ignorait ou
dont elle se moquait. Diane Arbus était en
effet fascinée par les marginaux, les
«monstres», des individus avec des
anomalies physiques ou psychologiques,
artistes de cirque, travestis…
Dans son enfance, Steven Shainberg
considérait ces photos simplement comme
l’oeuvre d’une amie de son oncle. «Je n’ai
jamais rencontré Diane, mais elle faisait
partie intégrante de mon univers, et c’était
quelque chose de mystérieux et
d’intrigant. Ses photos ont joué un rôle
fondamental dans mon éducation visuelle.
De la même manière que certains parents
lisent des contes de fées ou les oeuvres du
Dr Seuss à leurs enfants le soir, moi je
montais dans ma chambre en passant
devant la photo du “Géant juif” - une des
célèbres photos de Diane, représentant
Eddie Carmel, 2,43 m et 224 kg, et ses
parents.»
Steven Shainberg garde un souvenir très vif
de l’impression que lui a faite la première
photo de Diane Arbus. «Elle se trouvait en
haut des escaliers, entre le deuxième et le
t roisième étage, juste à côté de la
chambre de mes parents. Diane avait
photographié deux adolescents debout
dans la rue. Lui porte une sorte
d’imperméable sombre qui lui arrive aux
genoux, et il se tient juste à côté de sa
petite amie. Je me souviens d’être rentré
de l’école un jour, de m’être arrêté devant
cette photo, et d’avoir été incapable de
dire si les sujets étaient adolescents ou s’ils
avaient une cinquantaine d’années. J’ai
pensé - je m’en souviens très bien que
c’était très bizarre. J’étais perplexe,
dérouté par cette question très simple.
Cette photo a déclenché quelque chose,
elle m’a poussé à regarder par la suite
toutes les photos en général en me
demandant ce qui s’y passait et quel était
leur sens.»
Devenu adulte, Steven Shainberg s’est mis
à collectionner les photos de Diane
Arbus dans le cadre de son importante
collection de photographie américaine. Il
avait depuis longtemps envie de faire un
film sur elle. Et il n’était pas le seul…
En 1984 était publié le livre de Patricia
Bosworth, «Diane Arbus: A Biography».
C’était la première biographie, et la seule
à ce jour, consacrée à cette artiste. Bonnie
Timmermann, qui était alors au début de
sa carrière et allait devenir une directrice
de casting réputée, a lu le livre et a été
fascinée par Arbus et son travail. Elle
raconte : «J’ai commencé à regarder ses photos et à les étudier avec attention
avant même de savoir que je
produirais un film un jour. J’ai toujours eu
avec ses photos une relation très
personnelle, comme si j’avais quelque part
un lien avec Diane. Et je connais
beaucoup de gens qui éprouvent la
même chose.»
Bonnie Timmermann s’est renseignée sur
les droits d’adaptation du livre, mais ils
étaient alors indisponibles. Depuis 1984, ils
ont appartenu successivement à MGM,
Lorimar et Barbra Streisand. Différents
acteurs et actrices, divers producteurs et
scénaristes avaient été pressentis puis
avaient quitté le projet. Bonnie
Timmermann, qui était une amie de
Patricia Bosworth, a suivi la situation des
droits au fil des ans jusqu’en 1997, date à
laquelle ils sont redevenus disponibles. Elle
a alors proposé le projet au producteur
Edward R. Pressman, qui a accepté de
faire équipe avec elle et d’acquérir les
droits. Ils ont ensuite passé les six années
suivantes à développer le film. Sur cette
période, trois réalisateurs différents ont été
envisagés. Pressman explique : «Chacun
avait sa propre vision, mais ils prévoyaient
tous de faire un film biographique
traditionnel.» Puis, en 2002, Timmermann et
Pressman ont vu le film de Steven
Shainberg LA SECRETAIRE, et ils ont été
impressionnés par son approche
audacieuse, sensuelle, pointue
psychologiquement et d’un humour noir,
de la relation perverse entre un avocat et
sa nouvelle secrétaire. Le film avait pour
producteur exécutif Michael Roban, qui a alors rejoint la société de Pressman,
ContentFilm, comme directeur des
affaires personnelles. Parson
intermédiaire, Pressman et Timmermann
ont contacté Shainberg. Bonnie
Timmermann raconte : «Steve nous a parlé
de sa passion pour Diane Arbus, du fait
qu’il avait envie de faire un film sur elle
et son oeuvre depuis longtemps. Il
connaissait beaucoup de choses sur elle :
sa famille, ses photos, et tout ce qu’elle a
écrit. Et il avait une idée très intéressante
sur la manière de transposer tout cela.»
Pendant quinze ans, Steven Shainberg
avait tenté à plusieurs reprises d’acquérir
les droits de la biographie de Patricia
Bosworth. «J’ai eu tout le temps de réfléchir
à la manière de faire un film sur Diane
Arbus ! confie-t-il. De mon point de vue,
ce qui rend ses photos si inhabituelles et si
émouvantes, c’est qu’elles naissent d’une
relation longue et complexe avec le sujet.
Pour la photo du Géant juif par exemple,
on ne connaît qu’une seule photo, celle
du géant avec ses parents debout à ses
côtés, sa mère qui lève les yeux vers lui.
Mais la vérité est que Diane connaissait
Eddie Carmel depuis dix ans et qu’elle a
pris des centaines et des centaines de
photos de lui en d’innombrables
occasions. Et elle n’en a publié qu’une ! Et
cette photo qu’elle a créée, qu’elle a
“découverte”, est née de cette longue
relation qu’elle avait avec le sujet. C’est
vrai d’un grand nombre de ses clichés.
Quand j’ai rencontré Bonnie, mon point de
vue était qu’il fallait que le film parle de
l’intimité entre Arbus et le sujet. Un film sur
Diane Arbus devait parler de la création
d’une seule photo.» Timmermann et
Pressman étant d’accord, le projet FUR :
PORTRAIT IMAGINAIRE DE DIANE ARBUS a
commencé à avancer. Erin Cressida
Wilson, scénariste de LA SECRETAIRE, a
rejoint l’équipe pour écrire le scénario.
Sur le fil entre fiction et réalité
Plutôt qu’une approche biographique
traditionnelle, Steven Shainberg et Erin
Cressida Wilson ont développé une
structure narrative qui mélange des
événements de la vraie vie de Diane Arbus
avec des éléments imaginaires sur sa
métamorphose artistique.
Erin Cressida Wilson commente :
«Mélanger les faits et la fiction prenait
particulièrement du sens pour un film sur
Diane Arbus. L’une des caractéristiques les
plus importantes de son travail est
justement le mélange d’imaginaire et de
la réalité dans ce qu’elle a de plus âpre.
C’était inhérent à sa vision du monde.»
Le réalisateur et la scénariste ont créé un
personnage qui intègre l’histoire de base
de la vraie Diane Arbus : une jeunesse
privilégiée et surprotégée dans la famille
qui possédait Russek’s, fourreur et grand
magasin new-yorkais de luxe, et une vie
adulte consacrée au mariage, à la
maternité, et à travailler avec son mari
photographe de mode et de publicité
comme assistante et styliste. Ils ont tiré
de l a biographie de Bosworth des
événements et des détails soigneusement
choisis qui se retrouvent au coeur de la
personne qu’elle va devenir par la suite, tel
le défi qu’elle s’est lancé elle-même, étant
enfant, de se tenir sur la corniche à
l’extérieur de la fenêtre de sa chambre
pour éprouver son courage. On retrouve
aussi son intérêt précoce pour les choses et
les gens que ses parents et tuteurs lui
interdisaient de regarder, comme les
sans-abri vivant dans Central Park à
l’époque de la Dépression. Le film
s’éloigne cependant des événements réels
de la vie de l’artiste pour inventer une
histoire et relation qui n'ont
jamais existé. En cherchant à imaginer
ce qu'Arbus a dû traverser
psychologiquement et émotionnellement
dans les semaines qui ont précédé la
création de son premier portrait, Steven
Shainberg et Erin Cressida Wilson sont
arrivés à un nouveau genre d’approche
cinématique de l a biographie. En
sculptant l’histoire du voyage intérieur de
« leur » Diane, i l s ont incorporé de
judicieuses références à «Alice au pays
des merveilles» de Lewis Carro l l , un
élément qui parle aussi bien à l’expérience
du personnage du film qu’à la vraie
femme qui l’a inspiré. Ce livre était en effet
l’un des préférés de Diane Arbus, et il a
exercé sur elle une influence esthétique :
elle a même illustré une photo pour
Harper’s Bazaar en 1963 par une énigme
tirée du livre. Steven Shainberg commente :
«L’expérience que vit le personnage de
Diane, qui passe de son travail d’assistante
de son mari, d’épouse modèle et de mère
à la Diane Arbus que l’on connaît, est
comparable à un passage à travers le
miroir… C’est ce moment dans une vie où,
parce que vous devenez conscient de
certaines choses nouvelles, vous vivez une
sorte d'odyssée, d'experience
psychédélique. “Alice au pays des
merveilles” était idéal pour répondre à
cette expérience psychologique, mais
cette référence est aussi venue
directement du travail de la photographe
et de ses propres mots. » Le catalyseur de
la transformation de Diane est l’arrivée de
son nouveau voisin, Lionel, un personnage
mystérieux qui semble tout droit sorti d’un
rêve. Lionel a été inspiré par une vraie
personne, découverte par le réalisateur et
la scénariste durant leurs recherches. Selon eux,Lionel devait posséder une
caractéristique qui aurait pu donner envie
à la vraie Diane de le photographier, mais
ils ne voulaient rien d’aussi évident qu’un
nain, un géant ou un travesti. Steven
Shainberg raconte : «Nous étions en train
d’étudier des livres sur des gens inhabituels,
et il était question d’un homme de la fin du
siècle dernier nommé Lionel, qui était couvert de poils. Il y avait là un lien
mystérieux, inconscient, presque tactile
avec le fait que le père de Diane était
fourreur.» La scénariste ajoute : «Outre le
lien avec la profession du père de Diane,
cela fonctionnait aussi parce que sous
la fourrure, Lionel se révèle davantage à
Diane.» Steven Shainberg précise : «Le vrai
Lionel ne correspondait pas du tout au
stéréotype de la bête hideuse. Bien qu’il
soit couvert de fourrure sur la totalité du
corps, Lionel est incroyablement séduisant.
Et cela conjure l’idée de “La Belle et la
Bête” qui je crois, est cruciale dans la vie
d’Arbus. Elle voulait découvrir les Bêtes
dans le monde, suivre leurs traces et
apprendre. La première phrase qu’elle a
écrite dans l’introduction de son livre de
photos est “Ce que je préfère, c’est aller là
où je ne suis jamais allée.” Pour moi, cela
résume toute son histoire.» Dans sa relation
avec Lionel, Diane va en effet là où elle ne
s’est jamais aventurée, elle développe sa
curiosité envers les autres, ceux qui sont
différents, le genre de personnes qu’on lui
a toujours dit de ne pas regarder, de ne
pas voir. Lionel n’a pas peur d’être
regardé, il ne craint pas non plus de
regarder Diane. Ce n’est pas un hasard si
Diane ne proteste pas lorsque Lionel lui
demande de poser son appareil lors de sa
première visite chez lui. Steven Shainberg
remarque : «Lorsque Lionel lui dit
de poser son appareil, il la défie de
faire l’expérience de lui-même, de la vie,
des autres, de ce monde qu’il va lui ouvrir,
d’une manière qu’elle n’aurait jamais
imaginée. C’est un défi auquel i l est
impossible de résister, si vous en avez le
cran . » Bonnie T immermann a été
ébloui par le scénario. « Je ne
m’attendais absolument pas à ça. C’était
magnifique et absolument unique. J’ai
demandé à Ed de le lire, et il a eu
la même réaction que moi. Nous savions
que nous tenions un scénario très
spécial.» Timmermann avait souvent
discuté avec son amie Laura Bickford,
productrice de TRAFFIC, de la possibilité de
faire un film ensemble. Elle a pensé que
FUR : PORTRAIT IMAGINAIRE DE DIANE
ARBUS pourrait être ce projet, et lui a
donné à lire le scénario achevé. Laura
Bickford raconte : «Ce personnage est une
véritable rencontre. C’est une histoire qui
peut toucher n’importe qui, celle de la
transformation d’une femme qui devient
elle-même et se libère des contraintes de
la vie des années 50 pour devenir une
artiste absolue. C’est aussi un conte de
fées, avec des allusions à “Alice au pays
des merveilles” et à “La Belle et la Bête”. Et
c’est en plus une magnifique histoire
d’amour.» Laura Bickford travaillait à
l’époque avec le producteur Bill Pohlad et
lui a fait lire le scénario. Pohlad, qui avait
été producteur exécutif du SECRET DE
BROKEBACK MOUNTAIN, a été lui aussi
fasciné par le script. «La “naissance”
de Diane Arbus en tant qu’artiste est
passionnante, mais l’histoire ne s’arrête pas
à elle. C’est l’histoire de n’importe quelle
femme, n’importe quelle personne qui
trouve sa vocation d’artiste.» Bill Pohlad et
Laura Bickford ont accepté de produire le
film aux côtés de Bonnie Timmermann, et
c’est la société de Pohlad, River Road
Entertainment, qui a financé le film. Le
producteur Andrew Fierberg, associé de
Shainberg à la production, est venu
compléter l’équipe. Patricia Bosworth était
ravie de voir son livre donner naissance à
un film près de 20 ans après sa publication,
mais plus important encore, elle était
heureuse de savoir qui allait le créer.
«Steven et Erin sont tous deux merveilleux,
ce sont des gens d’une grande créativité
et d’une réelle intelligence. Le film entier se
reflète dans l’image de la petite fille sur la
corniche… Diane est morte de peur quand
elle grimpe à l’appartement de Lionel,
mais elle est déterminée à entrer, et à le
photographier.»
Les acteurs
Le premier choix de Steven Shainberg pour
incarner Diane Arbus a été Nicole Kidman.
«J’adore Nicole, confie-t-il, et je crois que
je penserais à elle quel que soit le film... Il
est vrai que la choisir n’était pas une
évidence au départ parce qu’elle ne
ressemble pas à Diane Arbus physiquement, mais ce qui m'a
guidé, c’est ce qu’elle ressentait envers
elle. Est-ce quelle pouvait effectuer le
voyage émotionnel du personnage que
nous avons créé ? Nicole possédait toute
la subtilité, la disponibilité émotionnelle, le mystère et la tendresse dont le
personnage avait besoin.» Bonnie
Timmermann a remis le scénario à une
amie, Susan Batson, coach d’acteurs, qui
se rendait justement en Australie pour travailler
avec Nicole Kidman. Nicole Kidman
raconte : «Je n’avais jamais rien lu de
pareil, et bien entendu, rien que cela
m’attirait déjà. Ensuite, mes recherches sur
Diane Arbus ont encore attisé ma curiosité.
L’histoire est une métaphore pour bien
d’autres choses, à travers l’évolution d’une
femme qui découvre sa créativité, la
manière dont elle est attirée par
l’inconnu. C’est une histoire d’amour, belle
et tragique, mais c’est aussi une histoire
dans laquelle Lionel libère des choses chez
Diane et l’aide à se révéler. Jamais rien ne
serait arrivé si elle le n'avait pas
rencontré. C’est miraculeux qu’il habite
justement au-dessus… On se demande s’il
n’aurait pas vraiment existé.
«J’avais vu LA SECRETAIRE, et je l’avais
trouvé original, dérangeant et sexy. J’avais
très envie de travailler avec Steven
Shainberg, et avec Robert Downey Jr.»
C’est l’acteur nommé à l’Oscar Robert
Downey Jr. qui incarne Lionel, le mentor de
Diane. Il confie : «J’avais moi aussi vu LA
SECRETAIRE, et j’étais impatient de
rencontrer Steven. La première rencontre
m’a donné très envie de travailler avec lui.
Et puis Nicole a rejoint le projet, et j’ai su
que ce serait un film vraiment hors du
commun !» Le réalisateur explique : «Pour
moi, Robert Downey Jr. était l’acteur idéal
pour faire de Lionel un homme sophistiqué,
sûr de lui et charismatique. Cela ne
m’intéressait pas de représenter ce
personnage comme un monstre
malheureux, solitaire, apeuré, isolé, qui a
été tellement maltraité par le monde qu’il
est terrifié par le contact. De mon point de
vue, il n’était pas du tout ainsi. C’est un
homme attirant, fort, et je voulais que la
relation entre lui et Diane soit vraiment très
belle. Il fallait donc qu'il y ait une
certaine beauté chez ce personnage. Je
ne souhaitais pas quelqu’un de sombre qui
rumine ses malheurs, parce que Diane
découvre en lui une personnalité riche qui
a plusieurs aspects, notamment une
certaine espièglerie. «Je désirais que l’on
t rouve chez Lionel de la tendresse,
de la sensibilité, un côté imprévisible et
surprenant, une ouverture d’esprit… et
l’amour. Et il y a tout cela chez Robert. Il
suff i t de le regarder pour qu’il vous
émeuve. La profondeur de son regard,
l’élégance de ses mouvements et son
inventivité faisaient de lui un interprète
parfait pour ce personnage.» Robert
Downey Jr. explique : «Aussi loin qu’il s’en
souvienne, Lionel a toujours été un monstre
de foire, mais il s’est retiré. Il est arrivé à un
point où il est en paix, à l’automne de sa
vie. Il choisit de transmettre une certaine
part de mystère et de créativité à cette
jeune femme, dont il est tombé amoureux
dès l e premier regard . » Ty B u r r e l l ,
comédien réputé qui a joué récemment dans FRIENDS WITH MONEY, incarne Allan
Arbus, le mari de Diane. «C’est un rôle
difficile, remarque le réalisateur. Allan est
un homme normal, c’est le personnage le
moins exceptionnel, le plus ordinaire. Et
pourtant, il est très important parce que
Diane s’écarte peu à peu de lui. Choisir le
bon acteur était vital. Ty a fait un travail
remarquable face à Nicole et Robert.» Ty
Burrell confie : «Pour moi, FUR est une
histoire d’héroïsme. Je vois Diane comme
une héroïne, d’une curieuse sorte, mais du
genre qui fait les sacrifices nécessaires
pour devenir elle-même. Il y a aussi un
certain héroïsme chez Allan Arbus, en ce
sens qu’il veut ce qui est le mieux pour sa
femme, et qu’il ira jusqu’au bout pour
qu’elle s’accomplisse. Nous disons tous
vouloir le meilleur pour ceux que nous
aimons, mais parfois nous ne les soutenons
pas forcément jusqu'au bout,
surtout quand on a l’impression qu’on va
les perdre au cours du processus.»
Jane Alexander et Harris Yulin incarnent
Gertrude et David Nemerov, les parents de
Diane, de riches fourreurs. Steven Shainberg
explique : «Jane Alexander a été directrice
du National Endowment for the Arts et a
travaillé avec la Maison Blanche pendant
plusieurs années. Elle connaît très
exactement le genre de personne qu’est
Gertrude Nemerov, et il était évident
qu’elle la jouerait brillamment. Harris Yulin
est lui aussi un acteur chevronné, et il suffit
de vous entretenir avec eux deux pendant
une demi-heure pour être certain qu’ils
seront fantastiques.» Jane Alexander a
connu personnellement les Arbus. «J’étais
d’abord une amie d’Allan. A l’époque où
j’ai rencontré Diane, elle venait juste de
cesser de faire de la photo de mode avec
lui. Je ne savais pas ce qu’elle faisait, mais
je savais qu’elle s’intéressait à la rue et
qu’elle y passait beaucoup de temps, un
appareil photo autour du cou. Pour
moi, FUR ne retrace pas sa vie comme une
biographie l’aurait fait ; c’est encore mieux
parce qu’on y trouve une dimension
fantastique qui était caractéristique de son
travail, et qui je crois, faisait partie d’elle.
L’approche du film a su rendre tout cela. Si
vous voulez parler de l’esprit de créativité
d’une personne, quel meilleur moyen que
de plonger dans le royaume fantastique,
magique de son esprit ?» Harris Yulin
a lui aussi admiré le style particulier
du film . « C'est une approche
inhabituelle, qui s’appuie sur certains
éléments de la vraie vie de Diane – son
mari, son père et sa mère, ses enfants, sa
situation – pour mettre en scène un
personnage imaginaire unique qui
représente ce monde autre qui l’attire et
dans lequel elle finit par entrer.» L’acteur
ajoute : «Jane et moi avons travaillé
ensemble à plusieurs reprises, nous avons
notamment joué un mari et sa femme
quatre fois, et c’est une amie très chère
et une formidable actrice.» Pour le cercle
des amis de Lionel, la production a
organisé plusieurs castings libres dans
l'univers des gens inhabituels et
exceptionnels. Steven Shainberg cherchait
des gens qui n’avaient pas été vus au
cinéma ou à la télévision, et il ne voulait
pas faire appel aux effets spéciaux. Le rôle
le plus difficile à t rouver a été celui
d’Althea, la femme sans bras. Ce
personnage est incarné par une Irlandaise
sans bras nommée Mary Duff y . Le
réalisateur raconte : «Mary n’avait jamais
joué dans un film, mais elle nous a envoyé
une cassette époustouflante. Nous l’avons
fait venir, je l’ai rencontrée et nous avons
parlé de ce que signifiait se retrouver dans
un film. C’était important que ces gens
soient authentiques, que nous ne fassions
pas appel à une actrice dont nous aurions
supprimé les bras à l’image grâce aux
trucages numériques. Je voulais que Nicole,
son personnage et le public sachent que
ces gens dans le film sont vrais, qu’il n’y a
pas de trucage.»
Le tournage
Le tournage de F U R : PORT R A I T
IMAGINAIRE DE DIANE ARBUS s’est déroulé
durant 57 jours à New York, de début mai à
début août 2005. Un certain nombre d’extérieurs
et d’intérieurs ont été filmés dans
New York, mais la plus grande partie des
intérieurs ont été tournés sur des décors
construits aux Steiner Studios à Brooklyn.
Steven Shainberg a travaillé avec son
équipe de création, dont le directeur de la
photo Bill Pope, la chef décoratrice Amy
Danger et l e chef costumier Mark
Bridges , pour créer un paysage
cinématographique dans lequel la réalité
coexiste avec la fiction de façon crédible.
L’appartement de Lionel est semé de
références subtiles à “Alice au pays des
merveilles”, comme la tasse de thé qui
attend Diane à son arrivée, ou le lapin
blanc de Lionel. L’équipe a cependant
veillé à ne pas trop appuyer sur les
références.
Le réalisateur précise : «Si nous en avions
trop fait, nous aurions perdu l’idée que
Lionel est quelqu’un de réel et qu’il a
vraiment emménagé dans l’immeuble de
Diane. Il fallait que l’on sente que quelque
chose de vital est en jeu dans ce qui se
déroule. Diane peut vraiment quitter sa
famille pour cet homme. En même temps,
je crois que ce personnage que nous
appelons Diane Arbus ressent un sentiment
très enfantin d’exaltation en quittant un
monde connu pour un monde inconnu.
Cet émerveillement, cette expérience
intérieure, conduisent à la dimension
conte de fées qui est rééquilibrée en
permanence par la réalité.»
La scène où Lionel révèle sa particularité
physique à Diane recèle un hommage
subtil au film de Jean Cocteau LA BELLE ET
LA BETE. Steven Shainberg cite d’ailleurs ce
film comme l'une de ses sources
d’inspiration : le portrait que dressait ce film
d'une Bête superbe malgré sa
différence a nourri le personnage de
Lionel.
Pour le réalisateur, la crédibilité du
personnage était aussi importante que sa
beauté. Les cinéastes ont donc fait appel
à l’un des plus grands magiciens du
maquillage, Stan Winston, et à ses équipes.
Le producteur Andrew Fierberg explique :
«Pour la conception de la fourrure et de
l’aspect physique global de Lionel, nous
avons dit à Stan que nous ne voulions pas
une caricature d’un homme recouvert de
fourrure, mais que c’était une vraie
personne, un être humain avec son
individualité. Lorsque nous avons vu Robert
dans son maquillage complet, l e s
maquilleurs avaient réussi à conserver ses
traits, son regard, son humanité sous la
fourrure. C’était très impressionnant.»
Pour les trois mondes représentés dans le
film, la chef décoratrice Amy Danger a
créé trois styles visuels différents. Steven
Shainberg explique : «Pour l’appartement
des Arbus, celui de Lionel, et le monde
extérieur qu’explorent Diane et Lionel, la
couleur, la lumière et la texture jouent
chacun un rôle précis. Les murs de
l’appartement des Arbus ont une sorte de
reflet, de poli, i l s semblent f roids et
recouverts comme si l’appartement luimême
portait un masque. Chez Lionel, la
peinture a été enlevée, les couches
successives sont exposées. Cela donne
l’impression d’une expérience plus brute.
Les longues tuniques qu’il porte dans son
appartement sont couvertes de motifs, ce
qui donne le sentiment que lui, ainsi que
le monde dans lequel il entraîne Diane,
ont une complexité, une dimension
labyrinthique, dont sont dépourvus les
vêtements et les surfaces plus simples de
l’appartement du dessous.» Les deux
mondes finissent par se rencontrer lorsque
Lionel insiste pour faire la connaissance de
l’homme qui est marié depuis quinze ans à
la femme qu’il adore. Nicole Kidman
commente : «Il y a de superbes scènes où
Diane se trouve entre son mari d’un côté,
et de l’autre cet homme, qu’elle espère
voir tenir un rôle très important dans sa vie.
J’aime beaucoup la manière dont Steven
a structuré ces scènes, il y a de l’esprit et
de l’humour, et j’ai aussi aimé la manière
dont il dépeint comment elle est tiraillée
entre eux.»
Pour le réalisateur, voir Nicole Kidman et
Robert Downey Jr. jouer ensemble a été
inoubliable. Il se souvient : «Je crois qu’ils
s’adoraient tout simplement l’un l’autre !
Ils ont énormément de talent, ils sont
remarquablement vivants et ouverts. C’est
le rôle d’une vie pour Robert, et il l’a joué
magistralement. Nicole s’est totalement
impliquée, elle a joué dans la vérité, en
s’appuyant sur ce qui comptait le plus
pour elle chez ce personnage.»
Robert Downey Jr. commente : «J’ai
toujours admiré le jeu et le talent de
Nicole, mais à un certain moment du tournage, je me suis rendu compte que je
travaillais avec l’une des actrices les plus
intelligentes, les plus intuitives et possédant
la technique la plus maîtrisée de toute
l’histoire du cinéma.» Nicole Kidman a été
elle aussi impressionnée par son partenaire.
«Robert était parfait pour ce film parce
qu’il est très séduisant et imprévisible. Et il a
des yeux magnifiques ! Il n’a pas besoin
de dialogues, il parvient à s’exprimer
merveilleusement par le regard – c’est
assez inhabituel de le voir ainsi parce que
souvent, ses rôles s’accompagnent de
beaucoup de dialogues. Il a un esprit vif et
il peut créer un personnage d’une grande
complexité. Ici, il a peu à dire, il s’exprime
surtout par le coeur et sa présence. Il était
très ouvert envers moi, ce qui était
absolument nécessaire pour un film tel que
celui-ci. C’était pour moi une grande
chance de travailler avec lui, parce que
c’est quelqu’un de singulier. Quant à
Steven, nous avons longuement parlé au
téléphone avant mon arrivée à New York, il
y avait donc déjà une intimité entre nous
avant le tournage. C’est quelqu’un de
chaleureux, de gentil, et de très stimulant. Il
a une vision très forte de ce qu’il veut mais
il sait vous permettre de vous épanouir à
l’intérieur de cette vision.» Robert Downey
Jr. ajoute : «Steven est quelqu’un qu’on
aime forcément – il est passionné, très
préparé, original et amusant. Il a le don de
gagner votre confiance. FUR était un
projet ambitieux et risqué, et je n’imagine
pas l’avoir fait avec d’autres que lui et
Nicole. Notre collaboration a été intense,
facile, fraternelle.» Steven Shainberg
conclut : «Ce film comptait beaucoup
pour nous tous. Nous avions tous envie de
rendre hommage à l’artiste que nous
aimons, à notre manière.»
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