Notes de production
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De la page à l’écran
Lorsqu’il découvrit la nouvelle de Steven Millhauser “Eisenheim
l’Illusionniste”, le scénariste/réalisateur Neil Burger en admira les
qualités d’écriture, mais s’interrogea d’emblée sur son potentiel
cinématographique : “Ce texte est un pur joyau, une merveille de
lyrisme et de raffinement. Ses images et sa tonalité générale sont
proches du cinéma, mais sa trame est d’une extrême minceur. Je
n’ai pas tout de suite vu comment résoudre ce problème narratif.”
Durant le montage de son premier film, INTERVIEW WITH THE
ASSASSIN, Burger eut l’occasion de s’entretenir avec les
producteurs Brian Koppelman et David Levien de la difficulté
de représenter la magie à l’écran.
Neil Burger :
“Je leur ai dit que je connaissais une nouvelle traitant de ce
thème, que je rêvais depuis longtemps d’adapter. Ils ne me
laissèrent pas finir ma phrase : “Ne serait-ce pas Eisenheim
l’Illusionnistepar hasard?” Ils connaissaient très bien ce récit…
et étaient aussi perplexes que moi quant à sa transposition. Je
me risquai alors à les bluffer, en prétendant avoir la solution.
”Koppelman et Levien décidèrent alors de prendre une option
sur le texte de Millhauser.”
David Levien :
“La bonne nouvelle, c’est que les droits étaient disponibles. La
mauvaise, c’est qu’il faudrait se hâter et boucler le script en six
mois.” Le challenge, pour Neil Burger, consistait à préserver la
beauté et le mystère du texte de Steven Millhauser tout en
développant une action dramatique. Il créa à cette fin deux
personnages clés : le Prince héritier Leopold et sa fiancée Sophie
von Teschen, et développa considérablement le personnage de
l’inspecteur Uhl, qui n’était qu’une silhouette dans l’original.
Neil Burger :
“La grande question était : comment traiter cette énigme
ambulante qu’est Eisenheim ? La solution : adopter le point de
vue de l’inspecteur, ne montrer que ce qu’il a vu ou qui lui a été
rapporté par l’un de ses agents, à partir de quoi il élabore sa
propre légende de l’Illusionniste. Ce n’était pas l’approche la
plus facile, mais elle avait l’avantage d’être cohérente.”
Burger se lança alors dans une enquête minutieuse sur la magie et
le Vienne de la fin du 19ème siècle.
Neil Burger :
“J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur les Habsbourg, la
Sécession, les tours de magie, le monde dans lequel évoluaient
les illusionnistes de l’époque. La plupart des numéros décrits
dans le film s’inspirent de la réalité, de même que les
personnages que j’ai inventés. J’ai tenu à ce que tout cela soit
aussi véridique que possible, d’autant que l’histoire se plaît à
brouiller les frontières entre illusion et réalité. Désirant conférer
une touche surréaliste, onirique, fantastique à certaines scènes,
je tenais à ancrer solidement le film dans son époque.”
La magie de L’ILLUSIONNISTE est un défi aux lois de la nature et de
l’univers, une remise en question de tout ce que son public
considère être la réalité.
Neil Burger :
“Il nous arrive d’être confrontés à des phénomènes
incompréhensibles qui affectent durablement notre perception du monde. Ce film ne cherche aucunement à décortiquer les
astuces d’un magicien, mais plutôt à semer le trouble dans
l’esprit du spectateur, en lui rappelant que les apparences
peuvent être trompeuses, que rien n’est exactement conforme à
l’idée que nous nous en faisons.
“Il est dit dans la nouvelle Les romans et les tours de magie ont
été inventés parce que l’Histoire n’est pas à la mesure de nos
rêves. Cela vaut aussi pour le cinéma, et pour ce film en
particulier, qui s’inscrit résolument dans le domaine du rêve et
du mystère.”
Le script en place, Koppelman et Levien prirent contact avec le
producteur Michael London (SIDEWAYS, HOUSE OF SAND AND
FOG). Davantage porté sur les sujets contemporains, celui-ci avait
apprécié le premier film de Burger et fut sensible à “la dimension
intemporelle, universelle de L’ILLUSIONNISTE”.
Neil Burger :
“Je tenais effectivement à montrer les réalités de l’époque, mais
sans en être esclave. L’ILLUSIONNISTE n’est pas une étude de
moeurs ou une peinture des us et coutumes viennois de la fin du
19ème siècle, mais une exploration de ces thèmes intemporels que
sont le pouvoir, la perception, la vérité et l’illusion.”
La structure de production se boucla avec l’arrivée de Bob Yari,
président fondateur du très actif Yari Film Group, auquel on doit
notamment COLLISION de Paul Haggis.
Un magicien, un inspecteur, une comtesse, un prince : le casting
Neil Burger :
“Lorsque j’écris, je ne me soucie généralement pas du casting.
Je savais, dans ce cas précis, qu’il me fallait un acteur capable
d’incarner à la fois le mystère et la dimension romantique
d’Eisenheim. Edward Norton exerce son métier avec la même
intelligence, la même passion que l’Illusionniste. Il en a le
charisme et les appétits. On ne l’a pas souvent vu dans des rôles
romantiques, et jamais dans un film d’époque. J’ai eu envie de
lui proposer cet emploi inédit, qu’il ne manquerait pas d’aborder
sous un angle personnel. Le choix, de toute manière, était aisé :
je savais qu’Edward serait bon – il l’est toujours !”
Koppelman et Levien, qui connaissent depuis longtemps Norton (et
ont notamment écrit son film LES JOUEURS), lui montrèrent une
première mouture du script. “Sa présence est magique”, souligne
Koppelman. “À l’écran, il semble toujours cacher quelque secret,
quelque mystère dont lui seul serait informé. Notre plus
grande contribution à ce film aura finalement été de l’y associer
après avoir développé l’histoire avec Neil.”
Neil Burger :
“Edward Norton s’est totalement investi dans ce rôle et s’est
lancé dans l’étude de la magie et des pratiques illusionnistes de
l’époque, qu’il a reproduites à l’identique. C’est vraiment lui qui
interprète tous les numéros que vous voyez à l’écran.”
Edward Norton :
“Beaucoup d’éléments m’attiraient dans cette histoire
intensément romantique, à commencer par le caractère
énigmatique, ténébreux de ce grand homme de spectacle. Dans
le privé, Eisenheim est un personnage impénétrable. C’est sur
scène qu’il prend vie et irradie cette présence étonnante. J’ai
trouvé le contraste intéressant. Par ailleurs, je suis fan de magie,
et je me faisais un plaisir d’apprendre toutes sortes d’astuces.
Enfin, L’ILLUSIONNISTE est une histoire d’amour, et aucun de mes films précédents ne se rattachait directement à ce genre.
Eisenheim, tel le Fils Prodigue, s’est absenté durant une
longue période, en quête de secrets et de savoirs, et est revenu
nanti de pouvoirs et de dons incroyables. Pendant une bonne
partie du film, le spectateur ignore qui il est, d’où il vient, ce qu’il
a fait. J’aime particulièrement la façon dont il sera amené à se
dévoiler.”
Edward Norton :
“L’inspecteur se flatte de garder son quant-à-soi et de ne jamais
s’impliquer personnellement dans une enquête, mais, à la fin du
film, Eisenheim triomphera de ses défenses et l’amènera à
partager son point de vue. Les deux hommes se respectent
mutuellement et ont même une certaine complicité, liée à une
communauté d’origines. Ils voudraient éviter d’être ennemis,
mais y seront contraints.”
Neil Burger :
“Je voulais, pour ce policier, un interprète légèrement décaléet
inattendu. Il m’a semblé que Paul Giamatti offrirait une
lecture originale d’un personnage qu’on a souvent vu à l’écran.
Il n’avait jamais tenu un tel rôle, mais la force placide qu’il
dégage convenait au rôle. L’inspecteur Uhl a une bonne âme,
passablement usée par des années de compromissions et de
décadence. Il n’était pas besoin de s’étendre longuement sur sa
personnalité : l’expression de Paul nous dit tout sur ses conflits
et ses tourments.”
Edward Norton :
“Paul a toujours été l’un de mes acteurs favoris. À Yale, où je le
suivais d’une année, il nous étonnait déjà en jouant des
personnages bien plus âgés. C’est un intellectuel passionné,
débordant de vitalité, dont je n’oublierai jamais la prestation
dans VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU. Je retrouve cette
même qualité dans son inspecteur.”
Michael London :
“Confronter deux acteurs aussi intenses qu’Edward et Paul, qui
se connaissent, se stimulent et se défient l’un l’autre, c’est un
rêve. Un producteur pourrait attendre des années pour assister à
une telle rencontre.”
Paul Giamatti :
“J’ai trouvé le script remarquable, et l’époque et le contexte
aussi passionnants que l’antagonisme de ces deux personnages.
Chargé de démasquer Eisenheim, Uhl ne tarde pas à être
captivé par sa personnalité et ses tours de magie (un art qu’il
pratique lui-même en amateur). Les deux hommes sont
d’origines modestes, et l’inspecteur observe avec commisération
les efforts d’Eisenheim pour séduire l’aristocratie et les
humiliantes concessions qu’il s’impose. Il lui envie aussi sa
liberté, lui qui habite un univers si secret et si confiné.”
Neil Burger sut dès sa première rencontre avec le comédien anglais
Rufus Sewell qu’il venait de trouver son Prince héritier.
Neil Burger :
“Le film repose essentiellement sur l’antagonisme du Prince
Leopold et de l’Illusionniste, lesquels s’efforcent tous deux
d’exploiter l’inspecteur Uhl à des fins personnelles. Leopold est
un rationaliste pur et dur, allergique à toute forme de
superstition ou de magie. C’est un adversaire redoutable pour
Eisenheim, tant par son intelligence que par sa cruauté.”
Eisenheim représente en effet une double menace pour le Prince —
par la “magie” qu’on lui prête et par les relations qu’il noue avec
Sophie.
Edward Norton :
“Tant de forces s’opposaient alors en Europe Centrale à cette
époque : une aristocratie décadente d’un côté, la montée de
l’esprit républicain et les prémices du socialisme de l’autre, et,
face à la résurgence du spiritualisme, les progrès de l’esprit
scientifique et de la rationalité. Leopold est au coeur de ces
contradictions. Il convoite le pouvoir, il aspire à monter sur le
trône, mais pour appliquer ses idées réformistes. C’est dans ce
contexte délicat que l’Illusionniste entre en scène et réussit à
faire la conquête de Vienne. Une animosité tenace oppose très
vite les deux hommes, et la grande question, pour le Prince
— et pour nous autres spectateurs — est de savoir si Eisenheim
possède réellement des dons surnaturels, ou s’il est d’une
habileté hors pair.”
Rufus Sewell :
“Aux yeux de Leopold, Eisenheim personnifie tout ce que le
vieux monde devrait laisser derrière lui pour entrer dans la
modernité. Quant à la famille royale, figée dans ses habitudes et
incapable d’évoluer, elle semble vouée à s’éteindre, comme les
dinosaures. Mais le plus grave, pour Leopold, c’est la popularité
croissante que l’Illusionniste est en train d’acquérir au détriment
de la sienne propre. Plus Eisenheim devient influent, plus le
Prince voit son pouvoir se réduire.”
Bob Yari :
“Dans l’interprétation de Rufus, Leopold est un fascinant
mélange de charme et de cruauté. Quant à Jessica Biel, c’est la
vivante incarnation d’une jeune noble viennoise. Elle n’en a pas
seulement l’allure et les manières, mais l’âme, la force intérieure
— toutes les choses qui font de Sophie bien davantage qu’une
héroïne romantique traditionnelle.”
Neil Burger recherchait une actrice d’une beauté classique, encore
peu connue, et donc peu “marquée” par ses personnages
antérieurs.
Neil Burger :
“Jessica possède une beauté intemporelle, mais le plus
important c’est qu’elle est prête en tant qu’actrice à toutes les aventures. J’ai vu en Sophie une jeune femme qui a reçu une
éducation très stricte et qui évolue dans un monde extrêmement
raffiné dont elle aspire à s’échapper à la première occasion.”
Michael London :
“Le premier essai que Jessica a passé avec Edward a eu lieu un
samedi soir, à Los Angeles. Nous étions tous épuisés, anxieux à
l’idée de n’avoir pas encore trouvé notre jeune première,
lorsqu’elle entra dans le bureau, vêtue d’une superbe robe
d’époque de couleur crème. On aurait dit qu’elle sortait d’un
tableau ancien. Balayant d’un coup nos préjugés, elle a révélé
des dons, une persistance et une passion qui faisaient d’elle
l’interprète idéale de ce rôle.”
Jessica Biel :
“C’est évidemment un emploi totalement inédit pour moi, dont
j’ai découvert chaque jour de nouvelles facettes — une femme
à part, profondément originale, aussi moderne et indépendante
qu’une Alma Mahler.”
Le tournage
Pour recréer le Vienne des années 1900, les producteurs choisirent
la ville qui en est aujourd’hui la plus fidèle réplique : Prague.
Neil Burger :
“On ne peut rêver mieux. La plupart des rues sont encore pavées
et éclairées au gaz. La ville et ses environs regorgent de décors
exceptionnels, comme cette résidence de l’Archiduc Ferdinand
où nous avons tourné les scènes du pavillon de chasse.”
Bob Yari :
“À Prague, des siècles d’histoire vous contemplent à chaque
coin de rue. Un choix de décors judicieux nous a permis de
recréer une ambiance 1900 féerique et ténébreuse, où les
apparences, comme dans un numéro de magie, se révèlent
fréquemment trompeuses.”
Neil Burger :
“J’aurais volontiers tourné ce film avec une caméra à manivelle!
C’est en tout cas le genre de feeling que je visais pour entraîner
le spectateur dans un monde de rêve et de mystère. Tout ce
qu’on voit à l’écran est réel, identifiable, mais légèrement
magnifié, paré d’une beauté dérangeante et un rien sinistre.
“En matière de couleur, ma principale référence fut ce vieux
procédé : l’autochrome, qui se caractérise par une palette
originale, d’une grande délicatesse. “Ce choix a eu une incidence directe sur les décors et costumes,
du fait que nous travaillions essentiellement sur des nuances de
jaune et de vert”, révèle le chef opérateur, Dick Pope (SECRETS
ET MENSONGES, NICHOLAS NICKLEBY, AU COEUR DE LA
TOURMENTE).
“Après en avoir longuement discuté, Dick et moi avons choisi
une gamme allant du pastel à des teintes un peu plus soutenues,
qui seraient estompées au tirage”, explique pour sa part la chef
costumière, Ngila Dickson (LE DERNIER SAMOURAÏ, la Trilogie
du SEIGNEUR DES ANNEAUX).
Neil Burger :
“Ngila a fait un travail remarquable. Elle a parfaitement capté
l’ambiance de mystère et de magie dans laquelle baigne ce film
et est allée bien au-delà de mes propositions, avec des
inventions et créations toutes personnelles.”
Ngila Dickson :
“Dans un premier temps, je me suis documentée sur la famille
impériale et me suis imprégnée de l’ambiance rigide de cette
société. J’ai traité Leopold en conséquence, en lui donnant une
allure quasi militaire qui contraste avec ses idées modernistes.
Sa fiancée, Sophie, aspire, elle aussi à un changement social. Elle
préférerait fréquenter des penseurs, artistes et écrivains plutôt
que des aristocrates. Elle voudrait rompre avec son monde, ses
pesantes traditions familiales, sa propre histoire. Eisenheim est
l’instrument de sa libération.
“Avec Edward Norton, nous avons longuement étudié les tenues
qui conviendraient le mieux à Eisenheim. Aucun de nous ne
voulait l’habiller en magicien classique, avec smoking et
chapeau claque, car c’est avant tout un artiste, un inventeur et
un intellectuel peu soucieux de sa propre apparence. D’où une
garde-robe d’une grande sobriété, qui met en valeur son
spectacle et le rend encore plus intéressant.
“Sophie arbore initialement les tenues assez rigides de sa classe.
Sa rencontre avec l’Illusionniste amène un changement notable.
Elle ose alors des choses plutôt hardies, comme par exemple
de dégrafer son col, ce qu’aucune honnête femme n’aurait
risqué !”
Illusion…ou réalité
Neil Burger :
“Le rôle du magicien est de nous rappeler les mystères de la vie
et de susciter en nous un sentiment d'émerveillement, teinté
d'un léger effroi. Un grand numéro de magie vous donne le
frisson et vous amène à penser que certaines personnes
détiennent, peut-être, des pouvoirs surnaturels. Nous ne saurons
jamais si c'est le cas d'Eisenheim, car sa magie est présentée de
façon suffisamment ambiguë pour que la question reste ouverte.
Il nous fallait un conseiller hors pair. Le premier auquel j'ai pensé
en écrivant le scénario fut Ricky Jay. Ce n'est pas
seulement un merveilleux magicien, mais un fin lettré,
un excellent connaisseur de l'histoire de la magie, tout
particulièrement celle de la fin du 19ème siècle.” Grâce à Jay, Neil
Burger s'initia en quelques semaines à toutes les pratiques des
illusionnistes de l' âge d'or de la magie et put régler en détail
tous les numéros qui figuraient dans son script. Durant le
tournage, James Freedman, alias “The Man of Steal”,
membre du très exclusif Magic Circle et inégalable pickpocket
de scène, assura le rôle de conseiller technique et poursuivit le
coaching de Norton et de l'interprète du jeune Eisenheim, Aaron
Johnson.
James Freedman :
“L'un des numéros présentés dans le film s'inspire du légendaire
Jean Eugène Robert-Houdin, père de la magie moderne. Après
avoir emprunté son mouchoir à une spectatrice, Robert-Houdin
l'escamotait et faisait surgir un oranger en fleurs, d'où deux
papillons s'envolaient, emportant dans les airs le fameux
mouchoir. L'effet était spectaculaire ! La version que nous en
présentons va encore plus loin, et frise même l'impossible. Mais
n'est-ce pas le propre d'un bon tour de magie?”
Et Neil Burger de conclure : “En cours de tournage, nous avons
tous été captivés par ces numéros. Durant la première semaine,
nous avons assisté avec quelque 350 figurants costumés à un
tour d'Edward, qui nous bluffa tous autant que nous étions. Ce
n'était pas un simple coup de chance, car une semaine, plus
tard, il réussit, pour notre plus grand plaisir, à faire surgir du néant un objet. Même Jessica et Rufus sont allés le voir à la fin
de ce numéro pour connaître son secret ! Il y a encore et
toujours en nous le désir de croire en la magie ; c'est cela qui lui
confère ce pouvoir et cette séduction si rares.”
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