Que pourrait-il y avoir de mieux pour le village qu'une ligne de chemin de fer touristique ? Et que pourrait-il y avoir de pire pour le tourisme que la guerre ?
Luka construit sa voie ferrée et ferme les yeux sur la guerre, davantage préoccupé par un âne qui bloque les rails. Mais sa femme, Jadranka, le quitte pour un musicien qui promet de relancer sa carrière de chanteuse d'opéra, et son fils, Milos, est appelé à l'armée. La vie de Luka devient une zone de guerre jusqu'au jour où il rencontre Sabaho.
A vrai dire, il y a tellement de vie et d'amour dans ce film que l'on se demande comment le réalisateur est arrivé à les mettre dans le cadre de sa caméra. Cette générosité déborde à chaque image.
Alors n'écoutez pas les détracteurs essayant de comprendre la position politique de Kusturica. Là n'est pas le propos si c'est un film engagé, c'est un film engagé pour la vie. Arriver à faire une telle œuvre sur le contexte d'une guerre relève totalement du miracle.
Les fans de kusturica se régaleront avec La vie est un miracle. Les autres risquent d’êtres déconcertés par l’univers si particulier et la folie douce du réalisateur. C’est un film qui captive ou ennuie (2h34 quand même...) mais dont on se souvient dans tous les cas.
La vie est un miracle est un concentré des œuvres précédentes de Emir Kusturica. On y retrouve avec un sempiternel bonheur tous les thèmes chers au cinéaste bosniaque : l’évocation de la guerre d’Underground, la joyeuse artillerie d’animaux de Chat noir chat blanc, la musique tzigane de La vie des gitans, les amoureux passionnés d’Arizona Dream… la tragédie en moins. Car comme l’annonce le titre, la vie est un miracle, et de fait, l’amour est un cadeau inattendu, une seconde chance pour échapper à une famille étouffante, une sortie de secours dans un pays en ruine.
Bosnie 1992. Luka (Slavko Stimac), Serbe au faciès de pierrot lunaire, construit une voie ferrée, sa maison jouxte cette dernière. Jadrenka (Vesna Trivalic), sa femme, ancienne chanteuse légèrement siphonnée, nécessite une attention constante que lui apporte également leur fils, Milos (Vuk Kostic). Mais un jour la guerre est déclarée et la famille se disperse. C’est alors, que Luka se voit confier la garde de Sabaha (Natasa Solak), otage Musulman, à la rondeur opaline des toiles vénitiennes, qui doit lui servire d’échange pour récupérer Milos prisonnier. Mais comme toujours chez Kusturica, les événements ne se déroulent pas comme prévu, et surtout pas selon une morale politiquement correcte. Le réalisateur prend son temps avant de s’attaquer à un film et au regard du résultat, l’attention apportée à chaque détail est sans contexte, justifiée. Il s’attache ici, à présenter tous les personnages, mêmes les plus secondaires, dans une première heure en forme d’envolées de scènes loufoques (les industriels snifants des rails de cocaïne sur les rails de chemins de fer), fourmillante d’invention (un lit qui survole le pays tel un tapis volant), baignant dans un onirisme cher au réalisateur (l’âne omnipotent comme un ange gardien qui veille sur Luka). Ensuite, l’histoire d’amour prend le dessus, monte crescendo jusqu’à un final rempli d’émotion et nous vaut quelques plans magnifiques (les amants nus dans l’eau de la rivière mangeant un morceau de pastèque) sublimés par la somptueuse lumière dorée de Michel Amathieu.
La vie est un miracle est un poème visuel à lire et à relire sans modération, comme un nouveau chapitre d’un livre sur l’humanité qu’Emir Kusturica, ne cesse de réécrire à l’infini.