Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l'amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années soixante. Le père Manolo, directeur de l'institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes.
Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980. Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l'un d'entre eux.
Hommage au cinéma en nous montrant ses multiples possibilités artistiques, et en les utilisant au mieux. Almodovar joue sur le temps, sur le mélange constant entre réalité et fiction, sur le dédoublement et le travestissement de ses personnages.
Une fois n’est pas coûtume, pedro almodovar délaisse les femmes (même si elles ont toujours un rôle important) au profit de ses homologues masculins. Le réalisateur arrive encore à suprendre et à fasciner, gael garcia bernal n’étant pas étranger à ce nouveau succès. Ne pas se fier aux polémiques engendrées par ce très beau film dans certains pays.
La mauvaise éducation commence par un kaléidoscope de photos, d’images, de signes religieux et autres collages, sur des fonds aux couleurs sombres. La musique pesante d'Alberto Iglesias souligne un générique foisonnant où le titre s’insère brutalement en lettres rouge sang. Prémices à une œuvre noire.
Enrique (Fele Martinez vu dans Les amants du Cercle polaire de Julio Medem), metteur en scène à succès, mais en panne d’inspiration, reçoit la visite d’Ignacio (Gael Garcia Bernal étonnant, qui interprète ici pas moins de trois rôles !), son premier amour, perdu de vue depuis seize ans, acteur débutant. Il n’est pas venu les mains vides puisqu’il a écrit une nouvelle La visite inspirée de leur enfance commune qu’il souhaiterait qu’Enrique réalise. La visite est d’ailleurs le titre qu’aurait pu prendre le film tant il s’agit ici d’intrusions, de rendez-vous, d’immersions dans la vie des personnages avec, en contrepoint, un hommage omnipotent à un septième Art que Pedro Almodovar ne cesse de sublimer. Au sens propre, à travers une séance de cinéma où La bête humaine de Jean Renoir permet d’attendre la mort mais aussi au sens figuré, dans la composition psychologique de son héros bien plus fourbe et cruel que la première heure le laissait présager. Le scénario, fruit d’un travail de dix années, se déroule en une succession de flashbacks, de protagonistes fictifs ou réels, de films dans le film, à l’instar de Parle avec elle mais en poussant le procédé encore plus loin ! La littérature et les mots sont les pivots de scènes parfaitement maîtrisées où l’on retrouve les thèmes chers au réalisateur : homosexualité, religion, movida et son univers si particulier fait d’un décorum coloré, de travestis chantants et d’évasions dans des paradis artificiels… Sur la mécanique parfaitement huilée vient se greffer un nouveau moteur, l’enfance, ici, malmenée, qui se heurte à la pédophilie religieuse ou là, honteuse de ne pas assumer la place d’un frère un peu trop débridé et talentueux. Les stigmates inextinguibles des douleurs et frustrations passées ne cesse de hanter le présent d’êtres manipulateurs et cruels.
La Mauvaise éducation s’achève sur un dernier mot : passion, qui tombe comme un couperet…L’homme est perdu, corrompu par le pêché et la cupidité, reste le cinéma qui continue à vivre dans Enrique, double de Pedro Almodovar.