L'outil chirurgical est utilisé à des fins réparatrices ou d'embellissement du corps humain, sans que personne en soit indigné. Au contraire. Ceci est plutôt la marque d'une réussite d'intégration dans l'économie de marché définissant les critères du "beau".
Orlan a décidé d'utiliser bien autrement l'outil médical. Pour l'Art. Les yeux grands ouverts, sa voix porte, son corps opéré conscient est connecté aux réseaux de transmissions interactifs, mariage de la cybernétique et de la biologie.
L'exercice de style extrêmement risqué est ce grandiose programme de mutation que l'artiste a mis en oeuvre sur sa propre personne, dans les blocs-opératoires devenus ateliers d'artistes.
Axé sur cette morphologie en évolution, en révolution dans cette chronique des performances et des oeuvres exposées qui en résultent, ce film nous dévoile les sensations originales de la pensée de l'artiste.
Un film étonnant, déroutant et fascinant.
Si l'on peut être un peu perdu au départ, on saisit vite les enjeux du réalisateur.
A partir de là, on profite pleinement de "orlan, canal art", une expérience résolument à part.
Orlan crée ses premières performances dès l'age de dix-sept ans à Saint-Etienne, sa ville natale. En 1977, elle offre ses fameux baisers contre des pièces de cinq francs. Elle déclenche le scandale et se fait renvoyer de son poste de formatrice et d'animatrice socioculturelle. En 1983, le ministère de la Culture charge Orlan d'un rapport sur “l'Art-Performance”. En 1993, elle se fait implanter deux bosses de silicone de chaque côté du front. La performance est transmise par satellite et par Internet au Centre Pompidou à Paris et au Centre Mac Luhan de Toronto.
Orlan a décidé d'utiliser bien autrement l'outil médical et les blocs-opératoires deviennent ateliers d'artiste. Certaines scènes d'opérations chirurgicales peuvent néanmoins choquer la sensibilité des spectateurs. Un film hors du commun.