Lors d'une croisière en Méditerranée, un jeune homme engagé comme guide touristique est intrigué par la beauté d'une femme interprète cachée derrière ses lunettes de soleil. Il lui fait des avances de plus en plus prononcées.
D'abord en retrait, celle-ci se décide enfin à réagir en lançant un défi au guide : "Racontez-moi quelque chose de beau..."
Le jeune homme s'aventure alors dans une suite d'histoires étranges.
Eblouie, la demoiselle veut en savoir plus, devient loquace. Chemin faisant, elle se découvre et répond aux sollicitations du jeune homme.
LA PRESSE A L’ÉPOQUE... Michel Perez dans COMBAT le 30 mars 1973 : Le lent travail de la mort
Une réflexion sur la fragilité de la beauté que mine sournoisement le lent travail de la mort. Un regard lucide et désenchanté qui erre longuement sur le apparences dont nous avons le culte avant de les confronter avec une cruauté délibérée à ses ruines qu'elles vont devenir, cette pourriture et cette horreur qu'elles sont déjà. Le culte de la beauté et de l'harmonie participent à un idéal d'ordre qui n'est qu'orgueil dérisoire et qui ne fait qu'accuser notre faiblesse. Et le seul espoir que nous ayons d'échapper à cette dérision n'existe que dans le renoncement, l'abandon de nos ambitions contre nature, la grandeur d'homme n'étant peut-être que dans l'inachevé, le livre impromptu, la cathédrale dont l'architecte ne verra jamais la consécration.
Ce qui me paraît être le fil conducteur du «Journal d'un suicidé» n'en est peut-être qu'une des ficelles tant cette œuvre est riche d'intentions. Il serait exagéré d'affirmer qu'elle est d'un abord facile, mais on y entre sans forcer la porte, presque sans s'en rendre compte et dès lors notre curiosité et notre sympathie demeurent sans cesse en éveil. Stanojevic n'a d'ailleurs rien d'un cinéaste solennel et il sait colorer son propos d'un humour impitoyable dont les dissonances nous avertissent à chaque instant qu'il serait insensé de le suivre avec la gravité de l'exégète convaincu d'être le gardien des plus grandes vérités d'art. Il n'inscrit point son film dans la pierre, pour une «éternité» hypothétique, il y laisse la part de l'inachevé, de l'imparfait et se sert de son humour subtil comme d'un garde-fou.
On peut éprouver au demeurant, un plaisir épidermique à suivre les très nombreuses petite histoires qu'il nous conte, autant de brefs apologues dont le sens nous échappe ou devient d'une aveuglante clarté selon que nous nous sentons ou non d'humeur à les confronter, à faire machine arrière, à remonter le mécanisme que le déroulement des images a patiemment démonté sous nos yeux. A l'opposé de toutes les conventions du cinéma dramatique, «Le journal d'un suicidé» nous propose une expérience qui s'inscrit dans le courant des recherches confidentielles du jeune cinéma contemporain, c'est un fait indéniable, mais qui n'est pars moins pure de toute austérité prétentieuse et qui ne sombre pas dans le galimatias où s'embourbent tant de jeunes âmes piquées de la mouche sémiologique, pour ne citer que celles-là. Ajoutons que la présence de Delphine Seyrig dans le rôle d'une interprète engagée pour une croisière culturelle est un atout majeur dont Stanojevic sait jouer, sans pour autant sacrifier aux complai-sances du «star-system».