"Qu'est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ?" demande Marc à Agnès. "Je ne sais pas. Je t'aime avec mais je t'ai jamais connu sans." Elle sort un moment faire des courses, le laissant devant le miroir de la salle de bain. Et il le fait. Comme ça : par jeu, pour voir la tête qu'elle fera, pour changer un petit quelque chose dans leur vie heureuse et sans histoire. Elle rentre et ne fait aucune remarque. Le plus drôle, c'est qu'elle a vraiment l'air de ne rien remarquer. Les autres non plus.
C’est un gars banal qui décide de se raser la moustache. Mais personne dans son entourage ne se rend compte qu’il l’a fait. Pire, personne ne se souvient qu’il avait une moustache ! Mais en avait-il une, en fait ? Où est-ce une mauvaise blague ? En tout cas, cette moustache rasée est le début d’un pétage de plombs mémorable d’un personnage complètement perdu, autant que le spectateur. C’est bien simple, on ne comprend rien, même quand on croit comprendre, et pourtant c’est jubilatoire. David Lynch n’aurait pas renié cette réflexion tordue et kafkaïenne sur…une réflexion sur quoi, en fait ? On ne sait même pas ! Souligné par la superbe partition mélancolique et désincarné (comme le personnage) de Philipe Glass et porté du début à la fin par la prestation hallucinée de Vincent Lindon, ce "La moustache" n’est pas le film qu’il semble être. Comme quoi, le cinéma d’auteur français (ou le « cinéma intello ») peut parfois nous offrir des merveilles, comme celle-ci, réalisée par Emmanuel Carrière, auteur du roman qu’il adapte (lui seul doit détenir les réponses de ce qu’il illustre).
"La moustache" m'a laissé perplexe, sans doute à cause du suspense qui est resté entier. Bref je suis restée sur ma faim. C'est dommage car les sujets traîtés, ainsi que les acteurs étaient plus qu'intéressants.
Nous sommes allés voir le film "La moustache" avec l'étonnant Vincent Lindon dans un rôle extrèmement difficile et la très douée Emmanuelle Devos, qui mérite amplement le césar reçu pour "Sur mes lèvres". Un film troublant, déroutant, parfois angoissant sur la folie, mais qui ne laissera personne indifférent. Pour un public averti malgré tout. Le jeu des acteurs est époustouflant.