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Fais-moi des vacances


  Fais-moi des vacances

  Didier Bivel

  1 h 26

  France

  16 janvier 2002

pas d'affiche disponible pour ce film

Note des membres :
  Ibrahim Koma, Aymen Saïdi, Rochelle Redfield, ...

  Didier Bivel, Djamila Djabri, Marc Syrigas, Philippe Lasry

  

  Mars Distribution

  En pleine période de migrations estivales, deux enfants de dix ans, Adama et Lucien, contraints de rester dans leur cité, décident d'un commun accord de partir eux aussi en vacances. Et pour y parvenir, tous les moyens sont bons et tous les coups sont permis.

Critiques des visiteurs (1 au total)
  • Ajoutez votre critique

       Par : secretdenfance (n°18604)
    Le : 15/12/2004 à 14:40:29
    Critique :
    Je suis hautement surpris d'être le tout premier à écrire sur ce film...Aucun avis, aucune réaction de cinéphile... étrange...!
    Je suis d'autant plus étonné que je suis parti le voir très récemment , et il était projeté dans la petite salle, prêt à disparaître de l'affiche.

    Revenons à nos moutons. « Fais moi des vacances » est un film d'une heure quarante de Didier Bivel qui thématise la vision de deux pré-adolescents d'une cité en proie à l'ennui des vacances d'été à venir. Adama d'origine africaine et Lucien, jeune beur de dix ans sont deux jeunes copains qui habitent le même quartier et qui ont pour désir quasi unique de s'évader et d'aller à l'aventure à l'approche des prochaines vacances. Désireux de ne pas rester dans leur modeste condition et de fuir le milieu familial pénible ainsi que la mentalité de la zone, nos deux énergumènes vont vivre un parcours picaresque en allant d'aventures en aventures par une sorte de débrouillardise et d'actes pas toujours très louables ?

    Ce film n'est pas à négliger et l'ensemble dépeint demeure plutôt bien convaincant. Il suffit d'observer les jeunes enfants vivre pour constater qu'ils se servent de leur force et de leur agressivité pour se distinguer et survivre dans leur « misère », afin d'imposer leur propre supériorité. Toute frustration entraîne nécessairement un déséquilibre qui se traduit par des tensions intérieures et la violence morale ( et même physique) dans ce film se veut prenante et montrée de façon sobre, dépouillée, sans excès ni exagération véritable.
    Il ne faut pas juger les actes dans ce film, en pensant que trop d'agressivité et de délinquance sont un obstacle à la vie humaine en société car elle nuit au respect que les individus doivent avoir entre eux dans une société civile. Ne pas juger donc, mais dégager différentes attitudes selon nos propres points de vue : condamner la violence au nom de la morale, justifier la nécessité de la violence et y participer ou encore, s'opposer à la violence par la violence.

    Lucien et Adama sont quelque peu défavorisés et leur violence est négative, car elle relève de l'immédiat, elle est le plus souvent spontanée, non réfléchie. On ne compte plus les violences verbales sorties, les vols, les intrusions par effraction, les mensonges, les nombreuses menaces où la violence semble être un moyen nécessaire pour combattre l'oppression.
    Le scénario de ce film est également très intéressant sur le plan de la liberté intérieure concernant les deux jeunes garçons. La liberté pour eux repose d'abord sur l'expérience que chacun peut faire de sa volonté et aucune limite ne s'oppose à ce pouvoir de la volonté : ils n'hésiteront pas à prendre la route d'une façon peu scrupuleuse pour une bonne petite tournée en Province, avant de se retrouver dans un camping, une ferme, une maison laissée vacante par les propriétaires en déplacement, un village ? Néanmoins, les parents des deux protagonistes, fous d'inquiétude et d'agitations finiront bien par retrouver leur progéniture et le thème de l'adolescence et de l'autorité familiale sont primordial au fil du scénario.

    Au travers du regard de Lucien et Adama, nous observons l'âge du changement et l'âge des paradoxes : ils désirent leur indépendance, se montrent distants, froids avec leur famille et à d'autres moments très susceptibles, vulnérables, et sont vraiment en pleine phase charnière pour la constitution de la personnalité. Cette recherche de soi-même est marquée par cette crise juvénile et des changements particulièrement marquants avec l'entourage plus ou moins proche vis à vis duquel apparaissent des conduites d'oppositions variées : bouderie, enfermement, agressivité, à l'extrême fugue ou errance.
    En même temps avons nous dans « fais moi des vacances » le regard des parents et de l'autorité parental : les parents sont très inquiets devant tout ce qui menace leur enfant, et ils ont eux aussi à travail pour aider leur adolescent à devenir responsable et des adultes dignes de ce nom. Les parents connaissent le monde, en redoutent les violences et ils traversent eux mêmes la crise du milieu de vie. L'autorité rigoureuse du père de Lucien s'explique clairement : il doit absolument poser des limites à son enfant car tout être humain ? enfant, jeune ou adulte ? a toujours besoin de savoir quelles sont ses propres limites et ses capacités.
    Mais ces limites sont à poser par une personne qui, elle-même, sait des repères. Le jeune adolescent qu'est Lucien a autant besoin de se restructurer et de se réassurer ce qui provoque le père, et il se cogne contre l'adulte. Par ces heurts, le garçon vérifié que l'adulte est solide et c'est bien la fonction de l'adulte de poser des limites à son enfant, et si un travail de réflexion commune aboutit à une impasse, de lui expliquer qu'il refuse, qu'il y'a un danger ? La famille permet de remarquer pleinement le changement du garçon rebelle : il va de la modification de la tenue vestimentaire à l'affrontement physique, aux bris d'objets dans des attitudes de provocation et si le milieu familial est équilibré, sûr de ses valeurs, mais sachant être tolérant, le jeune pourra y trouver une sécurité certaine.
    Au niveau de la mise en scène, les critiques ne couleront pas à flot. L'ensemble est filmé avec une grande sobriété très respectable, suffisante à souhait, et les caméras montrent vraiment à tout moment ce qui se doit d'être montré à son paroxysme : un regard livide ou ténébreux d'un protagoniste, un acte de vandalisme précis, un lieu caractéristique et bien d'autres subtilités. Les séquences s'enchaînent les unes aux autres par des liens plutôt soignées et logiques, mais la fin est très saccadée, brusque, et ô combien décevante. Je ne puis vous la raconter, mais le scénario est précipité par une ellipse sûrement trop indigeste, sans transition souhaité véritable et la véracité des faits en prend un sacré coup ! Cette fin bien trop inconcevable et quasi utopique casse une très bonne partie de la valeur du film : on regrettera donc un film très soigné qui débouche sur une fin loupée, et un excipit resté sans suite qui aurait mérité d'être plus travailler et de soulager des questions d'ordres éducatives en rapport avec la plénitude du film.
    Pour dire un petit mot sur les deux acteurs principaux ? Aywen Saidi dans le rôle de Lucien et Ibrahim Koma pour le petit Adama- , je suis resté très enthousiaste devant leur prestation prometteuse. Tout deux interprète leur rôle avec c'ur, conviction et rien ne manque : la gestuelle des expressions du visage est très présente, la dureté de leur personnage également et les intonations de voix dans les échanges verbaux houilleux demeurent puissamment satisfaisantes et audibles à souhait. Les personnages secondaires qui se comptent par dizaine sont tout autant convaincant et chacun mérite sa reconnaissance attendue.
    Somme toute, je conseille ce film pour sa portée existentielle envers les gros soucis de délinquance dû à énormément de facteurs qui peuvent être d'ordre familial, éducatif, individuel, social ou autres. Il faut mieux voir ce film seul, afin de se concentrer sur certaines séquences difficiles et durs et y réfléchir pleinement afin d'en tirer la quintessence. Il faut ajouter que la sobriété de la réalisation, et l'intérêt du scénario ne vous laisseront pas de marbre, et j'espère par la suite pouvoir lire d'autres réactions de membre sur un film qui mérite d'être vu, senti et commenté rigoureusement.

    Merci pour votre attention .




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