Ruthie et Or, une mère et sa fille de 17 ans, vivent dans un petit appartement à Tel-Aviv. Ruthie se prostitue depuis une vingtaine d'années. Or a déjà essayé plusieurs fois et sans succès de lui faire quitter la rue.
Le quotidien de Or est une succession sans fin de petits boulots : faire la plonge dans un restaurant, laver des cages d'escaliers, récupérer des bouteilles consignées, tout en allant au lycée quand elle le peut.
L'état de santé de Ruthie devient critique. Alors que sa mère sort d'un énième séjour à l'hôpital, Or décide que les choses doivent changer.
Mon trésor est une belle démonstration de pessimisme. A aucun moment on ne sent une lueur d'espoir pour ses héroïnes et on ne se trompe pas puisqu'elles n'auront rien de positif tout au long du film. Ce qui n'empêche pas ronit elkabetz de réaliser une prestation remarquable.
Un très beau film, très réaliste ce qui le rend d'autant plus émouvant et dramatique. On est ému par autant de simplicité (sans que cela soit péjoratif au contraire) dans la manière dont est réalisé ce film. C'est simple, pur, lucide et poignant. Un film récompenssé à Cannes, à voir !
Keren Yedaya a remporté avec Mon Trésor son premier film, la Caméra d'Or et le grand prix de la critique au dernier festival de Cannes. Des récompenses pour le moins méritées puisque la réalisatrice signe une œuvre puissante et efficace tant dans le contexte politique difficile puisque la réalisatrice est Israélienne et que l'action se déroule à Tel-Aviv, que dans le scénario sans concession qui ne s'encombre pas de fioritures ou que dans la mise en scène épurée et naturaliste.
Or (Dana Ivgy vue dans Broken Wings) vit dans un petit appartement avec Ruthie (Ronit Elkabetz vue dans Mariage tardif) sa mère prostituée et droguée. Leurs moyens de subsistances sont maigres et l'adolescente au visage trop grave doit accumuler les emplois, entre plongeuse dans un restaurant, nettoyage de cage d'escalier et ramassage de bouteilles consignées. Pour s'évader, elle passe de bras en bras, incapable de refuser l'appel de la concupiscence même quant l'amour paraît s'infiltrer dans son existence. Amour qui se révèle bien vite chimérique. Pour Or, la longue déchéance commence.
Loin des images de guerre récurrentes dans les long-métrages se déroulant en Israël, Keren Yedaya, militante féministe engagée, traite de la descente aux enfers des femmes de son pays. Les hommes se servent de leur sexe avec mépris ou violence comme ils tiennent un fusil (tel le jeune soldat en permanence qui asservit Or), font des enfants et disparaissent (tel le père de l'adolescente), souillent les corps de leur compagne. Terrible scène ou Or nettoie l'entrecuisse de sa mère ensanglantée. De là où cette dernière lui a donné la vie, elle élimine les remugles de mort. Mort du corps et du respect de soi. La chair est un objet d'échange comme un autre. L'intimité des deux femmes dans la salle de bain révèle leur comportement, leur souffrance, leur espoir aussi que peut-être un jour, une rémission soit possible.
Le choix du plan fixe est également engagé, un désir de ne pas subir une image sans cesse en mouvement au détriment de l'histoire. La réalisatrice pose sa caméra sans plus la bouger. Les personnages évoluent à l'intérieur du cadre et le remplissent en de longs plans séquences symboles de ces femmes dont le statu social, noyé dans le culte de la guerre masculine, ne peut évoluer. Terrible plaidoyer d'une sincérité bouleversante !