Critiques des visiteurs sur She hate me (3 au total)
  Par : (n°14601) | Le : 07/01/2005 à 04:47:42 Critique :
| Spike lee n'a pas perdu sa verve ni sa capacité à provoquer.
Mais si "she hate me" partait plutôt bien et sentait bon la satire acide, on tombe vite dans les clichés et le déjà vu, ce qui est assez décevant venant d'un réalisateur de cette trempe.
| | |    Par : (n°10180) | Le : 20/12/2004 à 23:59:37 Critique :
| A la suite du suicide d’un de ses collègues scientifiques, John Henry « Jack », cadre dans une entreprise de biotechnologie qui travaille sur un éventuel remède contre le SIDA, cherche à savoir pourquoi le professeur s’est défénestré. Il découvre d’énormes magouilles financières et comprend que son patron n’est pas net du tout. Mais en voulant trop en savoir, Jack est viré. Ça c’est la première histoire, c’est le coté « boulot » et social du personnage.
Maintenant viré, Jack ne sais plus trop quoi faire pour gagner de l’argent, d’autant plus que ceux qui veulent le faire taire lui ont coupé les vivres (compte bancaire bloqué). Intervient alors son ex copine, Fatima, qui avait quitté Jack il y a quatre ans…pour une femme ! Accompagnée de sa nouvelle copine, Fatima propose à Jack qu’il les engrosse de façon à ce qu’elles soient toutes les deux enceinte, en échange d’une belle somme d’argent. Jack accepte finalement, mais cela fait, Fatima ne s’arrêtera pas en si bon chemin et va lui ramener une armée de lesbiennes désireuses d’avoir un bel enfant pour pas trop cher. Mais assez cher pour Jack. Ici, c’est la deuxième histoire, c’est le coté intime et personnel du personnage.
Deux histoires en un film, donc, on pourrait même dire deux films en un tant elles sont différentes, autant dans la forme que dans le fond. Et le gros défaut du film, commençons par là, c’est que Spike Lee se mélange les pinceaux et n’à pas le sens des priorités. Pourquoi mélanger ces deux histoires si opposées et se forcer à les réunir ? D’un coté une virulente critique sociale froide sous forme d’un enquête, d’un autre une jolie comédie au sujet grave, mais traité avec légèreté, soit l’homosexualité chez les femmes et leurs désirs de devenir mère. On pourrait mettre cela en parallèle avec la carrière du cinéaste, qui enchaîne sujets graves et plaidoyers (« Malcom X ») dans des drames puissants et directes avec des petits films plus léger (« Girl 6 ») qui cachent la gravité de leurs sujets par la comédie (« She hate me », c’est un mélange des deux). Mais jusqu’ici, Lee ne s’était jamais, ou rarement, éloigné de son sujet et avait toujours consacré à fond un sujet (avec toujours les mêmes thèmes abordés par le cinéaste militant) pour chacun de ses films, d’où la facilité qu’on avait à entrer dans ces histoires pourtant pas simples. Le problème, c’est que Spike Lee a de plus en plus de choses à dire (ça a toujours été le cas, en témoigne la durée conséquente de ses films) et se précipite un peu trop dans son dernier film, mélangeant les sujets, faisant du coup vers la fin complètement du hors sujet, après l’arrestation de Jack. S’ensuit des scènes de tribunal qui virent aux clichés, le peuple qui s’exprime et donne son avis sur la situation devant la camera (Lee l’a déjà fait) et un happy end utopiste, étonnant de la part du cinéaste et surprenant pour tout ceux qui ont vu les fins pessimistes de « La 25ème heures » ou de « Summer Of Sam ». Cela parce que Lee à voulu condenser ces deux histoires en une seule, et cette fusion se termine vraiment dans du n’importe quoi. La critique sociale s’assemble avec la petite comédie pour devenir une satire politique. C’est vraiment dommage, parce que Lee tient là un sujet en or et réussit parfaitement à l’illustrer. Je ne parle pas de l’enquête sur les malversations financières, très peu intéressante et très classique dans son sujet, dans laquelle Spike Lee plonge un peu dans la facilité, caricaturant l’entreprise, les patrons salauds ou encore les banques. Je parle de la partie « chez Jack », qui devient petit à petit un « engrosseur » très demandé.
Une partie qui nous montre le meilleur de Spike Lee en matière de petite comédie black, enchaînant des scènes hilarantes (les briefing que fait Fatima aux clientes en présence d’un Jack perdu et gêné parmi toute ces femmes, ou la première rencontre entre Fatima, sa copine et Jack, ou l’on hallucine en même tant que ce dernier lorsque les deux filles expliquent la raison de leur venue),des situations originales (avec un sujet aussi inédit, forcement ça ne peut être qu’original) et cocasses, notement parce que chaque lesbienne a une personnalité très marquée et amusante (certaines caricaturées, mais avec un ton léger ce qui donne tout son sens à la caricature, volontaire ici). Chaque personnage de cette histoire à petite échelle (sauf à la fin, ou elle finit par prendre tant d’importance que ça en devient grotesque) est intéressants et attachants, à l’exeption des persos de Monica Belluci et de son père dans le film, John Turturro, vraiment inutiles et dont les scènes qu’ils partagent ne servent vraiment à rien, d’autant plus que cela amène une vision de la Mafia très cliché malgré la volonté de ne justement pas en faire un cliché (Turturro reproduit pour Jack un dialogue de « Le parrain », dont il est fan). Mais sinon, des persos intéressants, à commencer par le couple principal joué à merveille par les discrets Anthony Mackie et Kerry Washington (vue dans « Save the last dance » et « Bad company »), deux persos aux relations pas encore stables malgré leur difficile rupture, et qui font le point sur cette liaison. Un jack qui ne sait plus ou il en est, qui perd ses repères. Une Fatima partagée entre ses deux sexualités, entre sa copine et Jack. Et d’autres personnages, qui ne font parfois que passer mais qu’on oublie pas (comme celui de Jamel, qui n’apparaît que quelques secondes en tout), comme toute ces lesbiennes qui viennent en groupe chez Jack pour être enceinte, et qui pour la plupart découvrent ou redécouvrent la sexualité hétéro. Pour ces scènes, Lee ne fait pas de vulgarité ni de porno, mais les filmes avec pudeur et sensualité, mais surtout avec humour. Des scènes d’amour aussi drôles tout en étant touchantes, j’en ai rarement vues. Faut voir le pauvre Jack complètement épuisé après tant d’effort, s’enfilant une Red Bull avec du Viagra pour continuer le calvaire (quand le plaisir devient contrainte), ou ses petits spermatozoïdes de plus en plus fatigués faire la course façon « Allô maman ici bébé »…Les scènes intimistes entre Jack et Fatima sont aussi très belles, de même celles entre Jack et la copine de Fatima (un autre personnage vraiment intéressant,) et celles entre Fatima et sa copine. Un triangle amoureux en quelque sorte, ces trois personnages étant le moteur même des sentiments du film, du coté romance de l’histoire, très réussi. Et Lee tisse aussi les liens familiaux, entre Jack et ses parents, de la même manière, entre gravité et légèreté. Se Situant presque entièrement en intérieur, et surtout chez Jack, cette histoire (composées de plusieurs petites histoires dans le même ton) contraste visuellement beaucoup avec l’autre.
En effet, Spike Lee montre la différence du milieu par l’image, les tons de couleurs et le milieu, qui donnent une ambiance chez Jack à l’opposé de celle de l’entreprise. Dans les scènes dans l’entreprise, les décors sont blanc et aseptisés, plutôt moches, les personnages sont froids (y compris Jack lorsqu’il y est, puisque l’ambiance influe sur le comportement), l’image est granulé et plutôt laide, il ne s’y passe que des drames…A l‘inverse, Lee filme le foyer comme un lieu chaleureux (couleurs chaudes et agréables) et sécurisé, y fait entrer des personnages sympathiques et des petites histoires amusantes s’y produisent. Le foyer (et notamment le foyer black, comme ça a souvent été le cas dans les précédents films de Spike Lee) est montré comme un lieu de refuge, dans une jungle urbaine sans pitié. Les problèmes, c’est dehors que Jack les « attrapes ». Pour Lee, le foyer est le reflet d’une personnalité, c’est pour cela que la société, symbolisé ici par l’entreprise, est si froide, si désagréable, parce qu’elle n’appartient à personne, elle n’a pas de personnalité. Ce sont les personnages qui donnent ces ambiances, qui créer les milieux. Jack est un personnage bon, équilibré, sain dans sa tête malgré que ce qu’il fait chez lui n’est pas très moral (mais pour Spike Lee, ça le deviendra), et son chez soi reflète bien ça. Lee traduit donc visuellement des ambiances qui en disent long sur les milieux et les personnalités, et de même la camera se fait bien plus virulente et violente dans la partie sociale, alors qu’elle est douce et chaleureuse dans la partie personnelle, effleurant les personnages avec amour. Amour (dans tout les sens du terme) et haine sont clairement les mots qui définissent les deux milieux, les deux histoires.
Le fait de mettre en parallèle ces deux histoires provoquent aussi une sorte de grand huit entre scènes fortes et comédie, soutenu par la musique du fidèle Terence Blanchard, tantôt légère et apaisante (donc surtout dans la partie comédie), tantôt grave et puissante. Ainsi, le film s’ouvre sur une scène de suicide imprévisible et estomacante par son réalisme et la situation (je vous laisse la surprise), dévoilant au passage un acteur formidable que je ne connais pas, puis à coté de ça il y a des passages légers très drôles. Mais dans l’ensemble, la partie comédie est bien plus marquante et se démarque du reste (si ce n’est de cette scène de suicide qui reste longtemps en mémoire après le film), bien qu’elle soit gâchée vers la fin (ha, cette maudite fin) et par cette accumulation de rajouts inutiles, comme ces clins d’œil concernant la re-élection de Bush, qui ont dû être rajoutés au dernier moment, y compris dans le (chouette) générique du début, de la même manière que Lee abordait discrètement (avec réussite cette fois) les attentats du 11 Septembre dans « La 25ème heure » (qui reste toujours le plus bel hommage au cinema à ce drame). Un Spike Lee jamais en panne de sujets mais qui devrait parfois moins en faire, comme dans ce « She hate me » (le titre et l’affiche se réfèrent d’ailleurs à une seule des deux histoires, la meilleure) qui aurait dû être raccourci de bien trois quart d’heure de lourdeur et d’inutilité. On aurait eu un magnifique film entièrement attachant, une jolie étude sur la sexualité des deux cotés, la féminité et la masculinité. En l’état, ça reste quand même un beau film, sincère et passionnant comme tous bons Spike Lee (d’ailleurs, y’en a-t-il de mauvais ?), ou la meilleure partie prend malgré tout le pas sur la moins bonne. Et comme toujours, le cinéaste dirige ses comédiens à la perfection, révélant des acteurs remarquables (le triangle amoureux) et réservant des rôles savoureux aux plus confirmés (Woody Harrelson en gros salaud de service, Ellen Barkin en collègue de travail stricte, John Turturro en « parrain »…). « She hate me » restera dans la partie plus discrète de la filmographie du cinéaste, mais par les thèmes habituels de Spike Lee qui reviennent encore dans son nouveau film (la différence est ici traduite par l’homosexualité, le thème du racisme est plus discret…) et par son style, le film y trouve sa place. Car malgré ses défauts, « She hate me » reste un film de Spike Lee, donc un film vivant, avec de la personnalité…
Je précise qu'un individu m'a volé ma critique, c'est un imposteur...
| | |    Par : (n°9653) | Le : 19/12/2004 à 21:03:11 Critique :
| A la suite du suicide d’un de ses collègues scientifiques, John Henry "Jack", cadre dans une entreprise de biotechnologie qui travaille sur un éventuel remède contre le SIDA, cherche à savoir pourquoi le professeur s’est défénestré. Il découvre d’énormes magouilles financières et comprend que son patron n'est pas net du tout. Mais en voulant trop en savoir, Jack est viré. Ça c’est la première histoire, c’est le côté "boulot" et social du personnage.
Maintenant viré, Jack ne sait plus trop quoi faire pour gagner de l’argent, d’autant plus que ceux qui veulent le faire taire lui ont coupé les vivres (compte bancaire bloqué). Intervient alors son ex copine, Fatima, qui avait quitté Jack il y a quatre ans… pour une femme ! Accompagnée de sa nouvelle copine, Fatima propose à Jack qu’il les engrosse de façon à ce qu’elles soient toutes les deux enceintes, en échange d’une belle somme d’argent. Jack accepte finalement, mais cela fait, Fatima ne s’arrêtera pas en si bon chemin et va lui ramener une armée de lesbiennes désireuses d’avoir un bel enfant pour pas trop cher. Mais assez cher pour Jack. Ici, c’est la deuxième histoire, c’est le côté intime et personnel du personnage.
Deux histoires en un film, donc, on pourrait même dire deux films en un, tant elles sont différentes, autant dans la forme que dans le fond. Et le gros défaut du film, commençons par là, c’est que Spike Lee se mélange les pinceaux et n’a pas le sens des priorités. Pourquoi mélanger ces deux histoires si opposées et se forcer à les réunir ? D’un côté, une virulente critique sociale, froide, sous forme d’une enquête. D’un autre, une jolie comédie au sujet grave, mais traité avec légèreté, soit l’homosexualité chez les femmes et leur désir de devenir mère. On pourrait mettre cela en parallèle avec la carrière du cinéaste, qui enchaîne sujets graves et plaidoyers (Malcom X) dans des drames puissants et directs, avec des petits films plus légers (Girl 6) qui cachent la gravité de leurs sujets par la comédie (She hate me, c’est un mélange des deux). Mais jusqu’ici, Lee ne s’était jamais, ou rarement, éloigné de son sujet et s'était toujours consacré à fond à un sujet (avec toujours les mêmes thèmes abordés par le cinéaste militant) pour chacun de ses films. D’où la facilité qu’on avait à entrer dans ces histoires pourtant pas simples. Le problème, c’est que Spike Lee a de plus en plus de choses à dire (ça a toujours été le cas, en témoigne la durée conséquente de ses films) et se précipite un peu trop dans son dernier film. Il mélange tout, faisant du coup vers la fin carrément du hors sujet, après l’arrestation de Jack. S’ensuivent des scènes de tribunal qui virent aux clichés, le peuple qui s’exprime et donne son avis sur la situation devant la camera (Lee l’a déjà fait) et un happy end utopiste, étonnant de la part du cinéaste et surprenant pour tous ceux qui ont vu les fins pessimistes de La 25ème heure ou de Summer Of Sam. Cela parce que Lee a voulu condenser ces deux histoires en une seule, et cette fusion se termine vraiment dans du n’importe quoi. La critique sociale s’assemble avec la petite comédie pour devenir une satire politique. C’est vraiment dommage, parce que Lee tient là un sujet en or et réussit parfaitement à l’illustrer. Je ne parle pas de l’enquête sur les malversations financières, très peu intéressante et très classique dans son sujet, dans laquelle Spike Lee plonge un peu dans la facilité, caricaturant l’entreprise, les patrons salauds ou encore les banques. Je parle de la partie "chez Jack", qui devient petit à petit un "engrosseur" très demandé.
Une partie qui nous montre le meilleur de Spike Lee en matière de petite comédie black, enchaînant des scènes hilarantes (les briefings que fait Fatima aux clientes en présence d’un Jack perdu et gêné parmi toutes ces femmes, ou la première rencontre entre Fatima, sa copine et Jack, où l’on hallucine en même tant que ce dernier lorsque les deux filles expliquent la raison de leur venue), des situations originales (avec un sujet aussi inédit, forcément ça ne peut être qu’original) et cocasses, notamment parce que chaque lesbienne a une personnalité très marquée et amusante (certaines caricaturées, mais avec un ton léger, ce qui donne tout son sens à la caricature, volontaire ici). Chaque personnage de cette histoire à petite échelle (sauf à la fin, où elle finit par prendre tant d’importance que ça en devient grotesque) est intéressant et attachant, à l’exception des persos de Monica Belluci et de son père, dans le film John Turturro, vraiment inutiles et dont les scènes qu’ils partagent ne servent vraiment à rien. D’autant plus que cela amène une vision de la Mafia très cliché malgré la volonté de ne justement pas en faire un cliché (Turturro reproduit pour Jack un dialogue du Parrain, dont il est fan). Mais sinon, des persos intéressants, à commencer par le couple principal, joué à merveille par les discrets Anthony Mackie et Kerry Washington (vue dans Save the last dance et Bad company). Deux persos aux relations pas encore stables malgré leur difficile rupture, et qui font le point sur cette liaison. Un Jack qui ne sait plus où il en est, qui perd ses repères. Une Fatima partagée entre ses deux sexualités, entre sa copine et Jack. Et d’autres personnages, qui ne font parfois que passer mais qu’on oublie pas (comme celui de Jamel, qui n’apparaît que quelques secondes en tout), comme toutes ces lesbiennes qui viennent en groupe chez Jack pour être enceintes, et qui pour la plupart découvrent ou redécouvrent la sexualité hétéro. Pour ces scènes, Lee ne fait pas de vulgarité ni de porno, mais les filme avec pudeur et sensualité, et surtout avec humour. Des scènes d’amour aussi drôles tout en étant touchantes, j’en ai rarement vues. Faut voir le pauvre Jack complètement épuisé après tant d’efforts, s’enfilant une Red Bull avec du Viagra pour continuer le calvaire (quand le plaisir devient contrainte), ou ses petits spermatozoïdes de plus en plus fatigués faire la course façon Allô maman ici bébé…
Les scènes intimistes entre Jack et Fatima sont aussi très belles, de même celles entre Jack et la copine de Fatima (un autre personnage vraiment intéressant) et celles entre Fatima et sa copine. Un triangle amoureux en quelque sorte, ces trois personnages étant le moteur même des sentiments du film, du côté romance de l’histoire, très réussi. Et Lee tisse aussi les liens familiaux, entre Jack et ses parents, de la même manière, entre gravité et légèreté. Se Situant presque entièrement en intérieur, et surtout chez Jack, cette histoire (composée de plusieurs petites histoires dans le même ton) contraste visuellement beaucoup avec l’autre.
En effet, Spike Lee montre la différence du milieu par l’image et les tons de couleurs, qui donnent une ambiance chez Jack à l’opposé de celle de l’entreprise. Dans les scènes dans l’entreprise, les décors sont blancs et aseptisés, plutôt moches, les personnages sont froids (y compris Jack lorsqu’il y est, puisque l’ambiance influe sur le comportement), l’image est granulée et plutôt laide, il ne s’y passe que des drames… A l‘inverse, Lee filme le foyer comme un lieu chaleureux (couleurs chaudes et agréables) et sécurisé, y fait entrer des personnages sympathiques et des petites histoires amusantes s’y produisent. Le foyer (et notamment le foyer black, comme ça a souvent été le cas dans les précédents films de Spike Lee) est montré comme un lieu de refuge, dans une jungle urbaine sans pitié. Les problèmes, c’est dehors que Jack les "attrape". Pour Lee, le foyer est le reflet d’une personnalité, c’est pour cela que la société, symbolisée ici par l’entreprise, est si froide, si désagréable, parce qu’elle n’appartient à personne, elle n’a pas de personnalité. Ce sont les personnages qui donnent ces ambiances, qui créent les milieux. Jack est un personnage bon, équilibré, sain dans sa tête même si ce qu’il fait chez lui n’est pas très moral (mais pour Spike Lee, ça le deviendra), et son chez soi reflète bien ça. Lee traduit donc visuellement des ambiances qui en disent long sur les milieux et les personnalités, et de même la camera se fait bien plus virulente et violente dans la partie sociale, alors qu’elle est douce et chaleureuse dans la partie personnelle, effleurant les personnages avec amour. Amour (dans tous les sens du terme) et haine sont clairement les mots qui définissent les deux milieux, les deux histoires.
Le fait de mettre en parallèle ces deux histoires provoque aussi une sorte de grand huit entre scènes fortes et comédie, soutenu par la musique du fidèle Terence Blanchard, tantôt légère et apaisante (donc surtout dans la partie comédie), tantôt grave et puissante. Ainsi, le film s’ouvre sur une scène de suicide imprévisible et estomacante par son réalisme et la situation (je vous laisse la surprise), dévoilant au passage un acteur formidable que je ne connais pas. Puis, à côté de ça, il y a des passages légers très drôles. Mais dans l’ensemble, la partie comédie est bien plus marquante et se démarque du reste (si ce n’est de cette scène de suicide qui reste longtemps en mémoire après le film), bien qu’elle soit gâchée par la fin (ha, cette maudite fin) et par cette accumulation de rajouts inutiles. Comme ces clins d’œil concernant la re-élection de Bush, qui ont dû être rajoutés au dernier moment, y compris dans le (chouette) générique du début, de la même manière que Lee abordait discrètement (avec réussite cette fois) les attentats du 11 Septembre dans La 25ème heure (qui reste toujours le plus bel hommage du cinéma à ce drame). Un Spike Lee jamais en panne de sujets mais qui devrait parfois moins en faire, comme dans ce She hate me (le titre et l’affiche se réfèrent d’ailleurs à une seule des deux histoires, la meilleure) qui aurait dû être raccourci de bien trois quart d’heures de lourdeur et d’inutilité. On aurait eu un magnifique film entièrement attachant, une jolie étude sur la sexualité des deux côtés, la féminité et la masculinité. En l’état, ça reste quand même un beau film, sincère et passionnant comme tout bon Spike Lee (d’ailleurs, y’en a-t-il de mauvais ?), où la meilleure partie prend malgré tout le pas sur la moins bonne. Et comme toujours, le cinéaste dirige ses comédiens à la perfection, révélant des acteurs remarquables (le triangle amoureux) et réservant des rôles savoureux aux plus confirmés (Woody Harrelson en gros salaud de service, Ellen Barkin en collègue de travail stricte, John Turturro en "parrain"…). She hate me restera dans la partie plus discrète de la filmographie du cinéaste, mais par les thèmes habituels de Spike Lee qui reviennent encore dans son nouveau film (la différence est ici traduite par l’homosexualité, le thème du racisme est plus discret…) et par son style, le film y trouve sa place. Car malgré ses défauts, She hate me reste un film de Spike Lee, donc un film vivant, avec de la personnalité…
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