Critiques :
Le petit Poucet
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Critiques des visiteurs sur Le petit Poucet (1 au total)
  Par : (n°18744) | Le : 15/12/2004 à 15:00:19 Critique :
| Nouveauté à l'affiche, Le Petit Poucet d'Olivier Daran est un film plutôt époustouflant d'une durée de 90 minutes qui reprend avec fidélité la version originelle du conte de Charles Perrault.
Adapté donc de l'écrivain Perrault, ce film retrace l'histoire de Poucet et de ses aventures parmis ses frères et ses compagnons de route. Poucet est l'un des cinq garçons issus de parents paysans, et apparaît comme un cadet mal vu, rejeté par les siens et sert de souffre douleur à maintes égards. L'histoire se situe dans un contexte de guerre, et les parents qui n'ont pour revenus que leur terre et leur travail acharné vont souffrir de cruauté guerrière, et notamment de famine.
Pour ne pas voir leurs enfants mourir de faim, les parents décident avec un profond goût amer d'abandonner leur progéniture en pleine forêt, décision difficile mais cependant nécessaire.
Le reste du film n'a rien d'exceptionnel et suit la trace du conte de Perrault : Poucet entend le complot des parents et sème des petits cailloux blancs pour pouvoir retrouver son chemin. Ensuite vient l'épisode de l'éparpillement des miettes de pain mangées par les corbeaux avant de tomber dans une kyrielle d'aventures propres aux garçons et aux autres personnages en présence.
Aux vues de ce film palpitant, on entre rigoureusement dans le domaine du merveilleux avec une suite de sensations qui suscitent des réactions de jubilation, mêlées de crainte et cette profusion d'émotions qui atteint le spectateur permet de synthétiser l'effet produit par la merveille du scénario en un récit homogène.
J'ai été pris dans ce film et dans ce merveilleux qui consiste à évoquer un monde, une nature vivante et animée qui met les protagonistes au centre du récit et qui rétablit l'ordre du bien, du juste. L'univers est rendu conforme aux voux du héros principal, Poucet, et cette conformité apaise les esprits et fait naître le réconfort et le sourire sur le visage des plus petits, comme des plus grands. Ce conte montré en film montre l'accès à une perception, un mode de connaissance, un univers radicalement vôtre, celui de l'aventure, du courage, de la bravoure et de la noblesse du cour.
Même si ce film comporte une dose certaine de féerique qui amène l'intervention du surnaturel - je pense notamment au personnage cruel et vorace de l'Ogre, aux bottes de sept Lieux, à Rose, cette petite fille qui ne désire pas être une ogresse et qui me fait penser à un ange-, le Petit Poucet s'inscrit dans un univers où tout devient possible sans porter atteinte au monde réel ni en détruire la cohérence. Il existe toujours ce coté un peu " fantastique" qui maintient l'ambiguïté entre surnaturel et réel dans la mesure où les personnages s'interroge toujours sur la nature de ce qu'il voit.
En outre, dans la narration linéaire du scénario, le prodige qu'est Poucet traduit non seulement une attitude héroïque, mais également des souhaits et désirs simples, dont le nombre est limité et ces limites justement correspondent à la condition humaine d'où l'importance pour le héros d'avoir le don de réussir toute situation catastrophe et de vaincre le mal avec honneur et fierté.
Ainsi avons nous la vision d'aller jusqu'au bout de soi-même et de sentir en soi des ailes inconnues pour aller toujours plus loin, ailleurs, encore plus loin.
Pour continuer, ce film ne serait rien sans les décors de grande ampleur. Réalisé dans les studios d'Arpagon qui ont accueilli les décors de " la cité des Enfants Perdus", le Petit Poucet met en évidence la dimension inquiétante d'un monde donné, celui de l'ogre, de la forêt tortueuse et l'ensemble demeure un univers angoissant qui prend une dimension spécifique. Angoisse du temps et des gros orages, terreur des loups affamés qui poursuivent les cinq garçons, sensations oppressantes de la musique composée par Joe Hisaishi et qui prend une importance capitale quant à sa tonalité forte, lugubre, glauque et sombre, tension entre suspense et suite du récit incertain et nous pouvons penser à la fontaine de Jouvence qui traduit une réalité : celle du rêve humain de s'affranchir du temps et de l'espace.
Pour en arriver sur mes ressentis, après bien du recul, je reconnais avoir apprécié ce film d'une richesse non pas incommensurable, mais plutôt appréciable. J'aime beaucoup la progression du récit : nous partons d'un début quotidien et réaliste, un début où Poucet n'est pas vraiment prédestiné à devenir un héros, mais qui demeure un personnage banal marqué à la naissance par aucun signe particulier. Ensuite arrive la mise en marche de la mécanique du conte, l'enchaînement des dangers, le reniement des parents, le courage de Poucet qui sauve ses frères, qui gagne l'héroïsme et répand la vérité sur son être. Ceci rejoint la logique du conte, reprise d'une même variante ô combien captivante et enrichissante.
Enfin, la qualité des comédiens est peut être le point le moins subtil de l'ensemble de ce film. Les actrices féminines, alias Romane Borhinger la paysanne et Elodie Bouchez dans le rôle de l'épouse soumise s'en sortent très bien dans leur rôle, sont pleines de sensibilité, de tristesse et sont touchées d'une grâce qui les rendent belles et crédibles. Catherine Deneuve qui fait un court passage vers la fin dans le rôle de la reine resplendit de grâce et de lumière céleste. Le ton de sa voix, ses regards et ses gestes restent très convaincants et cette femme possède un talent monstrueux qui lui fait mériter sa notoriété et son titre de très bonne actrice.
En revanche, en dépit d'un petit bonhomme qui répond au nom de Nils Hugon et que j'ai franchement apprécié, le reste de la gente masculine ne brille pas par leur interprétation - autant Samy Nacéri qui " essaie" de jouer un soldat méchant et sans pitié, que le paysan Pierre Berriau ou bien encore les deux acteurs des Robins des Bois, Jean Paul Rouve et Maurice Barthelemy.
Mis à part Poucet, je n'ai pas le nom des quatre autres petits garçons, mais je les trouve ressemblants dans ce film, d'un point de vue intérieur et cela permet mieux la distinction entre le vaillant et chaleureux petit Poucet et ses frères.
La narration, quant à elle, est dictée par Monsieur Michel Duchaussoy et la voix ainsi que le débit des paroles prononcées donne un effet supplémentaire à la qualité du film et accompagne bien l'entrée en matière et la fin du Petit Poucet.
Somme toute, parsemé de décors qui nous berce, d'un imaginaire frappant qui se substitue à des toiles préparées à la main et à des images de qualité numérique, le Petit Poucet est une réussite dans le plan artistique, architectural et dans son art de faire rêver le spectateur en établissant un univers riche, récréatif des yeux et d'une richesse infinie.
L'histoire est quasiment fidèle à Charles Perrault, originale dans sa mise en scène et sa construction, et l'ensemble est réellement captivant et intéressant. On regrettera la prestance de certains acteurs qui ne sont pas ancrés dans leur personnage, tout comme nous apprécierons la qualité des autres protagonistes en vigueur.
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