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Critiques : La Bande du drugstore



Critiques des visiteurs sur La Bande du drugstore (1 au total)
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       Par : secretdenfance (n°18664)
    Le : 15/12/2004 à 13:55:32
    Critique :
    En terme de désir amoureux et d'état fougueux, l'emprise procurée nous pousse à rechercher une personne censée capable de partager notre vie, notre bonheur et des moments très complices. Au premier abord, il n'y a pas d'attirance forte sans un objet du désir et souvent, l'obtention de ce que l'on recherche n'aboutit pas nécessairement à une satisfaction durable et constructive. Mais l'inverse est également vraie. Un véritable état amoureux se caractérise par une obsession de la personne, qui va du simple mal-être dans des contextes compliqués à des angoisses où la culpabilité n'est jamais totalement étrangère. Car cette fameuse emprise ne cesse jamais de ne manifester, comme si nous étions toujours mus par une force qui nous dépasse : sitôt une pensée apaisée, voilà qu'une autre surgit aussitôt, pour nous tirer de notre béatitude et il demeure à chacun de nous de prendre sur soi de bonnes décisions, de savoir relativiser les choses et de ressentir puissamment ce déclic intérieur qui sait si bien faire la différence et qui nous dit « c'est elle/lui et aucun(e) autre ».

    Ce petit préambule m'amène à vous présenter le premier film de François Armanet « La bande du Drugstore », tiré tout droit de son propre roman, et qui nous présente une histoire aussi intéressante que récurrente.
    En effet, le contexte se déroule dans les années soixante, en plein c'ur de Paris et la présentation des personnages arrivent de façon succincte : Philippe Challes, réputé « beau gosse » et son meilleur ami Marc « dom Juan en puissance » font partis de la bande du Drugstore et tout deux n'hésitent pas à montrer leur goût prononcé pour le snobisme et pour leurs propres valeurs. Mais là ne se situe pas l'intrigue.
    Philippe n'a pas encore perdu sa virginité et est en proie aux racontars méprisants et tournés en dérision de son ami Marc qui lui, apparaît tel un parfait vantard qui accumule les relations sexuelles avec les filles et qui privilégie la quantité à la qualité.
    Un beau jour, lors d'une soirée dansante, la meilleure amie de Philippe qu'est Nathalie lui présente Charlotte, une fille à son tour vierge et qui tombe sous le charme du lycéen. Les regards se croisent, deviennent incisifs et l'appel du baiser est proche ?

    Tout d'abord, la tonalité romantique et sentimental du film va de pair avec le scénario bien pensé et bien reconstitué. Nous sommes dans les périodes d'après guerre et rien ne manque dans la présentation du décor de l'époque : les voitures sont fidèles et conformes à l'image de ces années, la musique également avec l'écoute d'Otis Redding et des Animals, les costumes à tendance « bourgeoisie » interpellent le dandysme de l'époque et chaque scène possède son importance capitale pour replacer le climat voulu et instauré. Il faut également plonger dans le thème récurrent du film et remarquer les quelques décalages et différences du temps passé / contemporain : le virus du Sida n'avait pas encore été découvert dans les années soixante et la connaissance en matière du corps féminin ou masculin, sexuelle de surcroît, ne pouvait s'apprendre que par la pratique et le tactile. Il n'existait pas de cours ni d'ouvrages explicatifs porté sur l'apprentissage sexuel ainsi que sur les zones concernées.

    La réalisation suite à ce contexte n'en apparaît que plus solennelle. La caméra s'attarde autant sur des moments crus, bestiaux que d'autres plus tendres, plus doux et le jeu de l'amour est criant selon les personnages. Marc serait pleinement le prototype du Don Juan pour qui la constance n'est bonne que pour des ridicules : autrement dit, il désire charmer toutes les « belles » et la beauté le ravit partout où il la trouve. Il cède facilement à cette violence dont elle l'entraîne et tout le plaisir de l'amour, pour ne pas dire de la « baise », est dans le changement. Ce garçon qui ne sait faire que raconter ses aventures et mettre ses conquêtes au premier plan cède à toute tentation possible et met en ? uvre par un instinct de séduction une stratégie de conquête pour posséder l'objet désiré et ensuite, tout se termine. L'amour est vu ainsi d'un point de vue désir possessif et la possession de l'objet suffit à tuer l'amour et dès lors, tout le beau de la passion est fini.
    J'associe Marc au personnage de Don Juan car il associe à sa vision des choses le plaisir d'être charmé par la beauté, plaisir de la conquête, plaisir de la jouissance et enfin, plaisir du changement. Avare en amour, avide de sensations, mais pas de sentiments, n'attendant rien d'autre d'une femme que l'occasion d'un nouveau plaisir, tel un désir de la liberté. C'est à la fois un plaisir de consommation et un plaisir de domination. Et c'est dans cette perspective que la réalisation reste très efficace et suffisante à souhait : on pourrait croire que certaines scènes sont choquantes ? je pense tout particulièrement à des baisers voraces et sans amour, à une défloration sans réciprocité, à des désirs assouvis sans sentiments, réduit à l'état animal, mais le « tout » demeure bien sobre et nullement grotesque.

    Le personnage de Philippe pour continuer est primordial pour se rendre compte une fois de plus de la réalisation réussie et pleine. Ce garçon commet quelques erreurs de passage, des infidélités affectives et sexuelles ( autant pour Charlotte d'ailleurs ) , mais il sait cependant capter ses ressentis intrinsèques et il est lié par un sentiment amoureux très fort à cette demoiselle . Devant tant d'émois amoureux et du feu dans les regards « la terrible lueur de l'amour », on a vraiment l'impression que les personnages finiront par se retrouver tôt ou tard. Et ce film montre bien au passage que la dignité d'une chose ou d'une situation vient exclusivement de son intention de durer, de son désir de vaincre le temps et la rencontre elle aussi porte en elle le désir de durer. Est authentique ce qui n'a pas besoin de justification, ce qui est bien en soi et il faut s'en remettre puissamment à la lucidité non seulement de la raison, mais surtout du c'ur. C'est la fidélité qui sauve le choix dans toute relation et choisir d'être fidèle, c'est choisir de rendre le choix bon. Il se déroule deux niveaux d'engagement amoureux dans ce film : le premier involontaire, qui consiste à choisir telle personne ; l'autre, dépendant de la liberté qui consiste à faire grandir cet amour par la fidélité. Une fois qu'un amour se montre, il dépend à chacun de le mener à bonne fin et seul le « bon vouloir » peut l'aider à devenir grand et beau. Nous avons le pouvoir de rendre nos choix bons par la persévérance et la fidélité et ce n'est certainement pas parce que nos choix sont souvent involontaires dès le départ que nous ne pouvons pas les rendre bons par la fidélité. Aimer se résume à tout donner, tout miser sur la personne, en espérant qu'elle soit digne de notre amour. Et le personnage de Philippe est vraiment rigoureux quant à ces quelques réflexions. Il rend jaloux à plusieurs reprises Charlotte pour la faire réagir, susciter en elle une réaction passionnée, violente et on suit avec beaucoup d'attention ce jeu « malsain » de l'amour et de toutes ses dérives. On se sent vraiment pris par ce côté solennel dans la réalisation : on assiste à des situations chaudes, corrosives, explosives, enivrantes et la encore, en toute sobriété. Le réalisateur ne cherche pas à juger mais à montrer ce qui se doit d'être souligné et visionné. Pas d'exagérations, ni de fioritures : chaque scène est indispensable ainsi que chaque mouvement de caméra et de prises de vue.

    D'ailleurs, autant la concentration d'images sur un seul et même personnage ou encore les péripéties de chacun sont riches dans la mesure où nous rentrons dans les barrières de la personnalité. En regardant par exemple le personnage de Philippe ou de Charlotte, les mots semblent impuissants à exprimer et leurs sentiments paraissent appartenir au monde éternel, comme les étoiles ? même si l'existence au sens stricte du terme est éphémère !


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